Annales de l’Institut Pasteur, I, 1887, p
3. Voir, p. 172-188 du présent volume : Charbon et septicémie. ( Notes de l' Edition.)
MALADIES VIRULENTES
a 100°. La mort pour cette espèce animale arrive souvent douze et dixliuit heures après l’inoculation du bacille (*).
Le beau Mémoire de MM. Roux et Chamberland, contenu dans le numéro de décembre 1887 des Annales de M. Duclaux, démontre avec une rigueur parfaite que la vie du vibrion septique développe des produits chimiques solubles qui agissent peu à peu sur lui comme ferait un antiseptique. Introduits en quantité suffisante dans le corps des cobayes, ces produits confèrent à ces derniers l’immunité pour la maladie mortelle que provoque ce vibrion.
La preuve est faite, dès lors, que l’immunité, contre une maladie si grave et si rapidement mortelle, peut être obtenue par l’injection de substances chimiques dosables, et que ces substances résultent elles-memes de la vie des microbes mortels.
Ce fait est d’une importance capitale. Il jette une nouvelle lumière sur les études microbiennes dans leurs relations avec les maladies virulentes. Il est rare que de tels résultats, joints aux preuves expérimentales qui les établissent, se présentent d’emblée aux recherches d’un observateur, quelle que soit sa sagacité. Et, en effet, l’idée de cette découverte faisait, depuis longtemps déjà, l’objet des préoccupations de plusieurs laboratoires. M. Chauveau l’a adoptée et soutenue. De jeunes docteurs, MM. Charrin, Chantemesse et Widal, se sont efforces de la suivre expérimentalement. Dans mon laboratoire nous en parlions souvent, toujours émus à la pensée que les preuves d’une telle decouverte constitueraient un progrès de premier ordre et donneraient a la microbiologie les plus fécondes applications thérapeutiques.
Des le commencement de 1884, mes expériences sur la prophylaxie de la rage m’avaient persuadé que le virus rabique devait être accompagne de la présence de matières chimiques, non vivantes, pouvant déterminer l’immunité contre la rage. J’ai exposé avec quelques détails les laits qui militent en faveur de cette assertion dans ma Lettre à M. Duclaux insérée dans le premier fascicule de ces Annales (janvier 1887) [2].
1. La septicémie aiguë a été étudiée après nous par MM. Koch (*) et Gaffky (**) sous le nom
1 æClP:me mahn et MM. Chauveau!”') et WoP) sous le nom de gangrène a azeuTe Ces travaux ont agrandi l’importance de l’étude de cette terrible affection °
l. oit, p, 637-652 du présent volume: Lettre sur la rage. ( Xote de l’Édition.)
1881. pOC4H9-79<:)' Z“r Aeti0l0gie des Milzbrandes. Miltheilungen aus dem kaiserl. Gesundheitsamle, I.
Z ü Oh t ung^Ibi i!(p . 1 3 4P 1 8 7" 6 n 1 * * 1 6 Septlcamle mit Rücksicht auf progressive Virulenz und accomodative
de pntréfacUon^uuè’ passent 'dans^l’orefni^m ÉtU-dB ®xPérimeatale sur les phénomènes de mortification et LXXVI, 187.3, p. 1092-1096. ‘ gamsme animal vivant. Comptes rendus de l’Académie des sciences,
mentxles^ rapjmrts^de ïrnSoMoLVverîe^ffets^t8^"? I'°rgani,sme aux microbes Pathogènes, notam- (Notet de l’Édition.) d® Certalns microbes. Ibid., CVII, 1888, p. 1167-1169.
N’en serait-il pas ainsi pour d’autres maladies virulentes ?
Le premier, parmi les observateurs qui se sont occupés de ce sujet, j’avais cherché à produire l’immunité dans les poules au moyen des produits solubles formés dans un bouillon de culture par la vie du microbe du choléra des poules. Je vis apparaître les symptômes de la maladie, mais non l’immunité ; ce qui n’était peut-être, ainsi que l’ont fait remarquer MM. Roux et Chamberlain!, qu’une question de quantité de produits solubles employés dans mon expérience. Quoi qu’il en soit, je crus que l’immunité, en général, devait résider dans la disparition de quelque substance consommée dans la vie du microbe. Mais mes études ultérieures sur la prophylaxie de la rage me firent bientôt revenir à l’opinion qui avait motivé le travail que je rappelle, relatif à la cause de l’immunité dans le choléra des poules. Je fus surtout frappé de ce fait, que les plus grandes quantités de virus rabique, et de la nature de ce virus la plus active, inoculées à un chien, non seulement ne le rendent pas enragé, mais, tout au contraire, lui donnent fréquemment et d’emblée l’immunité contre la rage.
Je m’empressai donc d’appliquer la recherche de substances solubles vaccinales dans la maladie charbonneuse, tant étudiée autrefois dans mon laboratoire.
Avec l’aide de M. Perdrix, attaché à mon laboratoire en qualité d’agrégé préparateur de l’Ecole Normale, nous fîmes les expériences suivantes, que je donne ici tout à fait brutes, sans y rien ajouter, sans y rien retrancher et sans en omettre aucune. Leur lecture attentive ne saurait laisser aucun doute que le parasite du charbon, lui aussi, est associé, dans le sang charbonneux, à une matière chimique vaccinale.
Première expérience. — Le Ie1' mars 1880, deux lapins reçoivent chacun 0 cc. 5 de sang charbonneux chauffé pendant deux jours à 44°50. Le 3 mars, on renouvelle l’injection de 0 cc. 5 de sang charbonneux frais, après chauffage pendant quatre jours à cette même température. On s’assure, par l’ensemencement de 0 cc. 5 de ce sang chauffé, qu’il ne donne lieu à la production d’aucune culture bactéridienne.
Le 8 mars, un de ces lapins est inoculé avec le deuxième vaccin, en même temps qu’un autre lapin témoin. Le premier meurt le sixième jour, le témoin meurt le quatrième .
Le second lapin du 1("' mars est inoculé également le 8 mars avec du charbon virulent, eu même temps qu’un lapin témoin. Il n’a pas été malade et a continué de se bien porter. Plusieurs fois ensuite il a été inoculé avec du charbon virulent sans en souffrir. Le témoin est mort le deuxième jour.
M A LADIES VIRIL E X T E S
Deuxième expérience. — Deux lapins ont reçu, le 4 mars 1886, chacun une demi-seringue de sang charbonneux frais, chauffé pendant quatre jours à 44°5. Une demi-seringue de ce même sang chauffé n’a donné lieu a aucune culture. Le 13 mars, ces deux lapins sont inoculés avec le charbon virulent. Tous deux meurent; le premier, le cinquième jour; le second, le huitième. Les deux témoins sont morts le quatrième jour.
Troisième expérience . — Deux lapins reçoivent trois inoculations chacun, les 5, 8 et 12 avril 1886, par 0 cc. 5 de sang chauffé pendant neuf jours à 45°. 0 ce. 5 de ce sang, ensemencé dans du bouillon, n’a donné aucune culture.
Le 22 avril, un des lapins qui ont reçu le sang chauffé est inoculé par du deuxième vaccin, en même temps qu’un lapin témoin. Le premier n’est pas malade, le témoin meurt le cinquième jour.
Le 15 avril, le second lapin au sang chauffé est inoculé directement par du charbon virulent. Il meurt le cinquième jour. Son témoin meurt le troisième jour.
Quatrième expérience. — Quatre lapins reçoivent quatre inoculations chacun, les 11, 13, 15 et 17 mai, chaque fois 0 cc. 5 de sang chauffé trois jours et demi à 45".
On vérifie, par l’ensemencement de 0 cc. 5 de sang chauffé, que la bactéridie y est morte, parce qu’il ne donne aucune culture de ce microbe.
Les quatre lapins sont inoculés avec le deuxième vaccin, en même temps que quatre témoins. Trois de ces lapins sur quatre ont résisté. Les quatre témoins sont morts du quatrième au sixième jour.
Cinquième expérience. ■ — Deux lapins reçoivent trois inoculations de J cc., les Ie1', 5 et 8 avril, de sang chauffé cinq jours à 41°-42°.
Comme tous les autres sangs chauffés, celui-ci ne renfermait plus de bactéridies vivantes, pouvant se cultiver.
Le 21 avril, un des deux lapins est inoculé avec le deuxième vaccin, en même temps qu’un lapin témoin. 11 est très malade, avec un fort oedème au point d’inoculation. Mais peu à peu l’œclème se résorbe, eL le dixième jour sa santé semble parfaite.
Un mois après, il résiste au charbon virulent. Le lapin témoin est mort le quatrième jour.
Le 15 avril, le second lapin, inoculé avec le sang chauffé, reçoit du charbon virulent et il meurt le quatrième jour, tandis que son témoin meurt le deuxième jour.
A la fin de l'année 1886, je dus interrompre ces expériences et
MALADIES VIRULENTES
celles que je nie proposais de faire ultérieurement dans le même ordre d’idées. Mon état de santé m’obligea d’aller passer l’hiver dans le Midi.
Malgré de tels faits, si inductifs en ce qui concerne le charbon, malgré les résultats des expériences de ma Lettre à M. Duclaux sur la rage, il restait à donner la preuve sans réplique d’une immunité complète produite par des substances privées de vie, incapables de se reproduire et nées de la présence des microbes mortels. Ce fut une inspiration des plus heureuses de rechercher cette preuve dans une maladie autre que le charbon et la rage et de s’adresser à la maladie septicémique du cobaye, maladie qui, par toutes les conditions de sa nature, devait conduire celte fois à la preuve indiscutable que nous cherchions.
Ma joie est grande d’avoir pu être témoin de ce nouveau progrès réalisé dans mon laboratoire.
RAPPORTS DE LA VACCINE ET DE LA VARIOLE