SUR DES ÉTUDES RELATIVES A LA RAGE
Le nombre des chiens enragés est, d’ailleurs, ajoute M. Pasteur, effrayant en ce moment; depuis le il décembre, il a vu cinq cas de mort produits par des chiens enragés qui, tous, lui ont été signalés par un vétérinaire de Paris.
1. Il existe une autre septicémie, septicémie très putride, développant une grande quantité de gaz infects, amenant des décollements de la peau avec grande production de pus, pro duite par un autre vibrion que la précédente. Cette septicémie diffère encore plus de la maladie nouvelle que celle qui précède.
2. Dans la séance du 18 janvier 1881. Voir p. 558 du présent volume. (Note de l'Édition.)
8. Bulletin de la Société nationale d'agriculture de France, séance du 23 février 1881
XIJ, p. 116-117. Suite et discussion, à cette Société, de la Communication qui précède
MALADIES VIRULENTES
Le 27 novembre dernier, un petit chien entrait dans une usine à Saint- Denis, en se faufilant avec une voiture qui amenait des matériaux pour le service de 1 établissement; ce petit chien, inconnu à tout le monde, va caresser un ouvrier qui meurt un mois après avec tous les symptômes de la rage. 11 faut prendre garde, dit M. Pasteur, aux caresses des chiens, car, d’après notre confrère, M. Bouley, la rage commence par la manifestation de qualités affectives. L’ouvrier étant mort le 23 décembre, INI . Pasteur inocula un peu de sa salive à des lapins qui moururent avec les mêmes symptômes que les autres.
Dans une Note à l’Académie de médecine, M. Galtier (') a dit qu’il avait lait développer plusieurs fois la rage par l’inoculation du produit obtenu en raclant la muqueuse bucco-pharyngienne, mais qu’il avait inoculé plus de dix lois, et toujours avec le même insuccès, le produit obtenu en exprimant la substance cérébrale. 11 y avait donc intérêt à faire de nouvelles expériences sur ce point; or, MM. Pasteur, Roux et Chamberlain! ont pris, dans des lapins morts, le liquide de 1 encéphale et l’ont inoculé à des lapins qui sont morts, comme les premiers. Cette expérience a été renouvelée plusieurs fois, et tend à prouver que le cerveau est le siège de la rage.
En résumé, M. Pasteur et ses collaborateurs espèrent que si la rage pouvait être attribuée à la présence d’un organisme microscopique, il ne serait peut-être pas au-dessus des ressources actuelles delà science de trouver le moyen d atténuer 1 action du virus de la terrifiante maladie, pour le faire servir ensuite à en préserver les chiens et, par suite, l’homme qui jamais ne contracte ce mal affreux que par les caresses ou la morsure d’un chien enragé.
[DISCUSSION
M. Milne-Edwards demande à M. Pasteur s'il a examiné comparativement les résultats qui peuvent être obtenus avec l’inoculation d’autres liquides de l’économie.
M. Pasteur répond que, jusqu’à présent, il n’a rien trouvé dans les autres liquides organiques qui permette de supposer que ces liquides soient le siège de la maladie. Il a constaté que les reins et les testicules sont quelquefois atteints ; les reins sont jaunâtres, blafards, et les testicules sont à l’état de bouillie. En ce qui touche la période d’incubation, quelquefois assez longue, de la rage, voici comment M. Pasteur l’explique : au moment de la morsure, le virus introduit dans le corps ne trouverait un milieu convenable à sa culture qu’en arrivant à l’encéphale; M. Pasteur fait des recherches à ce sujet.
M. Pasteur ajoute qu’on peut laver la morsure avec de l’eau et même avec de l’urine ; il n’est pas nécessaire, d’ailleurs, d’aller jusqu’à la partie où le croc du chien s’est arrêté.
1. Galtier. Sur la transmissibilité de la rage du chien au lapin. Bulletin de l'Académie de médecine, séance du 25 janvier 1881, 2e sér., X, p. 90-94. [Note de l'Édition.)
Il insiste encore sur le nombre de cas de rage qui lui ont été signalés dans ses études. Depuis le mois de décembre, dit-il, il y a eu cinq morts d’homme, et un seul vétérinaire a reçu quinze chiens enragés. Un enfant a encore été tout récemment mordu à Montmartre.