‹ Œuvres de Pasteur (volume 2)Chapitre 224 sur 299 · INSTALLATION DES SUJETS D’EXPERIENCE · texte numérisé non relu

INSTALLATION DES SUJETS D’EXPERIENCE

Dix moutons pris au hasard dans le lot, et par conséquent de tout âge, de tout sexe et de toute race, furent placés en qualité de témoins dans un bâtiment contigu au hangar qui devait servir de bergerie aux 48 autres moutons, ainsi qu’aux 2 chèvres.

Les 48 moutons et les 2 chèvres sont divisés en deux lots égaux : le hangar qui sert à les loger fut pour cette raison divisé en deux compartiments, 1 un destiné aux vaccinés, l’autre aux non vaccinés.

Enfin, dans une grange située au nord du hangar et y attenant, on logea sur un premier rang 8 vaches, et sur un second rang le bœuf et le taureau.

Cette installation une fois terminée, l’un des lots de moutons et une chèvre, c’est-à-dire vingt-cinq animaux, reçoivent chacun à la face interne de la cuisse droite, dans les tissus sous-cutanés, l’injection de cinq gouttes d’un liquide de culture bactéridienne, désigné par M. Pasteur sous le nom de premier vaccin. L’injection du liquide vaccinal fut pratiquée à l’aide de la seringue Pravaz ; vous la connaissez tous, Messieurs, cette seringue : c’est elle que les médecins emploient journellement pour les injections hypodermiques de morphine; la finesse de sa canule, qui égale celle d’une aiguille, lui permet de pénétrer avec la plus grande facilité dans les tissus soincutanés. Cet instrument est appelé, sans contredit, à servir, dans un temps très rapproché, à toutes les inoculations ou vaccinations.

Parmi les 8 vaches, cinq d’entre elles furent vaccinées de la même façon, ainsi que le bœuf ; chez ces animaux, la dose du liquide vaccinal fut doublée et la vaccination eut lieu dans le tissu cellulaire sous-cutané, situé en haut et en arrière de l’épaule droite.

Afin de pouvoir reconnaître les vaccinés et d’empêcher toute erreur, les marques suivantes furent adoptées :

Douze moutons furentmarqués a l’oreille droite à l’aide d’un emporte-pièce.

Les douze autres moutons reçurent la même marque à l’oreille gauche.

Enfin, pour distinguer l’un de l’autre les moutons de chaque série, on eut recours à l’emploi de fils rouges qui furent appliqués soit aux membres antérieurs, soit aux membres postérieurs de chaque animal.

Pour les chèvres, aucune marque ne fut adoptée : l’une d’elles était sans cornes, tandis que l’autre en portait; avec elles toute confusion était donc impossible.

Les bœufs et les vaches vaccinés furent marqués à la corne droite, à l’aide de numéros appliqués au moyen du fer rouge; ils reçurent les nos 1, 2, 8, 4, 5 et 6.

MALADIES VIRULENTES

Toutes les marques furent appliquées au moment même où la vaccination était pratiquée sur chaque sujet ; clans ce même instant, l’un des collaborateurs de M. Pasteur, M. Thuillier, prenait la température de chaque opéré.

Comme ces températures furent prises pendant plusieurs jours consécutifs, il serait puéril de les signaler, jour par jour, pour chaque animal ; le mieux, à mon avis, est de les faire figurer dans un tableau : le seul examen du tableau en question, qui sera annexé à ce Rapport, permettra de saisir, d’une façon beaucoup plus compréhensible, les variations de température qui auront pu se produire sur les sujets d’expérience.

Cette opération terminée, M. Pasteur s’empressa de déférer au désir exprimé par un grand nombre d’assistants en faisant, dans la grande salle de la ferme de Pouilly, une conférence sur le charbon, sa contagion, la bactéridie et la transformation qu'il est parvenu à faire subir à cette dernière pour obtenir le vaccin qui est appelé à rendre des services si signalés à tous les éleveurs. Cette conférence eut le plus grand succès : le ton familier, qu’emploie volontiers M. Pasteur pour faire ses démonstrations, la clarté de son exposition, permirent immédiatement à chaque auditeur de comprendre l’illustre membre de l’Institut, et de saisir les avantages qui devront résulter de la vaccination.

L’assemblée fut tenue pendant près d’une heure sous le charme de la parole de M. Pasteur. Cette conférence terminée, M. le baron deLaRochette, se faisant l’interprète de toute l’assistance, remercia chaleureusement M. Pasteur d’avoir bien voulu terminer la première journée des expériences mémorables de Pouilly par une conférence qui portera ses fruits et dont le souvenir restera impérissable dans T arrondissement de Melun.

Chacun se retira en se donnant rendez-vous pour le 17 mai, jour fixé pour la seconde vaccination.

Les jours suivants, c’est-à-dire les 6, 7, 8 et 9 mai, MM. Chamberland et *

Roux vinrent prendre les températures de tous les animaux vaccinés. Mon confrère et ami M. Garrouste, du 1er chasseurs, qui a bien voulu me prêter son concours pendant toute la durée des expériences, prit de son côté les températures de quelques sujets non vaccinés : ce sont ces températures qui figurent aux tableaux A et R (voir ces tableaux).

Cette première vaccination n’a été suivie d’aucun accident; tous les sujets ont conservé leur gaieté et leur appétit ; chez aucun d’eux on n’a pu constater le moindre symptôme fébrile ; du reste, il suffit de jeter un coup d’œil sur les tableaux nos 1 et 2 pour s’en assurer.

Tableau A. - Température de quelques moutons non vaccinés.

j AGE

SIGNALEMENT

20 mois . .

Métis-mérinos.

3 ans . .

Métis-mérinos.

7 mois . . .

Métis-mérinos.

7 mois .

Southdown.

14 mois . .

Métis-mérinos.

Chèvre (non vaccinée).

Moutons vaccinés. — lre vaccination.

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