A MADEMOISELLE DE LA CHASTAIGNERAYE
r HEI.IETTE DE VIVONNB
0 beaux cheveux châtains d'une qui ce nom pcHie, Ondez, crespes et longs, où les Jeux inconstans Et les petits Amours, comme oiseaux voletans, S'emprisonnent l'un l'autre en mainte et mainte sorte,
6 bel œil, qui d'Amour rend la majesté forte. Clair, brun, flei: et piteux, seul soleil de ce tans, Le bois sec reverdit au retour du printans, Et le tien fait fleuriic mon espérance morte !
Il faudroit estre roche, acier ou diamant, Pour ne devenir flamme et mourir doucemant Auprès d'une beauté de beautez si pourVeuê.
0 célestes rayons, qui me donnez la )oy. Je voudrois estre Argus alors que je vous voy Et, ne vous voyant point, estre privé de veuë * !
* Pour les trois dernières personnes, voyez l'inlroduclion placée en têie (lu volume.
CHANSON
0 bien-heureux qui peut passer sa vie Entre les siens, Tranc de haine et d'envie, Parmy les champs, les forests et les bois, Loin du tumulte et du bruit populaire, Et qui ne vend sa liberté pour plaire Aux passions des princes et des rois !
Il n'a soucy d'une chose incertaine, Il ne se paist d'une espérance vaine, Nulle faveur ne le va décevant.
De cent fureurs il n'a l'ame embrasée.
Et ne maudit sa jeunesse abusée, Quand il ne trouve à la fin que du vant.
11 ne fremist, quand la mer coun'oucée Enfle ses flots, contrairement poussée Des yens e8meus,soufllans horriblement; Et quand la nuict à son aise il sommeille, Une trompette en sursaut ne l'éveille, Pour l'envoyer du lict au monument.
L'ambition son courage n'attise; D'un fard trompeur son ame il ne déguibe, 11 ne se plaist à violer sa foy; Des grands seigneurs l'oreille il n'importune, Mais en vivant contant de sa fortune, 11 est sa cour, sa faveur et son roy.
Je vous rens grâce, ô deitez sacrées Des monts, des eaux« des forests et des prées^
Qui me privez de pensers soucieux, Et qui rendez ma volonté contente, Chassant bien loin ma misérable attente Et les désirs des cœurs ambitieux^
Dedans mes champs ma pensée est enclose ; Si mon corps dort, mon esprit se repose, Un soin cruel ne le va dévorant.
Au plus matin la fraischeur me soulage ; S'il fait trop chaud, je me mets à l'ombrage, Et, s'il fait froid, je m'échauffe en courant.
Si je ne loge en ces maisons dorées, Au front superbe, aux voûtes peinturîées D'azur, d'esmail et de mille couleurs, Von œil se paist des thresors de la plaine, Riche d*œillets, d^lis, de marjolaine, Et du beau teint des printanieres fleurs.
Dans les palais enflez de vaine pomije, L'ambition, la faveur qui nous trompe.
Et les soncys logent communément; Dedans nos champs se retirent les fées, Roines des bois à tresses décoiffées, Les jeux, l'amour et le contentement.
Ainsi vivant, rien n'est qui ne m'agrée : J'oy des oiseaux la musique sacrée.
Quand au matin ils bénissent les cieux. Et le doux son des bruyantes fontaines, Qui vont coulant de ces roches hautaines, Pour aiTouser nos prez délicieux.
Que de plaisir de voir deux colombelles. Bec contre bec, en trémoussant des ailes, Mille baisers se donner tour à tour, Puis, tout ravy de leur grâce naïve, Dormir au frais d*une source d'eau vive. Dont le doux bruit semble parler d'amour !
Que de plaisir de voir sous la nuict brune. Quand le soleil a fait place à la lune. Au fond des bois les nymphes s'assembler, llonstrer au vent leur gorge découverte. Danser, sauter, se donner cotte-verte.
Et sous leurs pas tout l'herbage trembler !
Le bal finy, je dresse en haut la veuë. Pour voir le teint de la lune cornue, Glaire, argentée, et me mets à penser ^ Au sort heureux du pasteur de Latmie; Lors je souhaite une aussi belle amie.
Nais je voudrois en veillant l'embrasser.
Ainsi la nuict je contente mon ame, Puis, quand Phebus de ses rays nous enllaiiie, J'essaye encor mille autres Jeux nouveaux; Diversement mes plaisirs j'entrelasse, Ores je pesche, or' je vay à la chasse, Et or* je dresse embuscade aux oyseaux. . Je fày l'amour, mais c'est de telle sorte Que seulement du plaisir j'en rapporte, N'engageant point ma chère liberté; Et quelques laqs que ce dieu puisse faire Pour m'attraper, quand je m'en veux distiaiie, J'ay le pouvoir comme la volonté.
Douces brebis, mes fidelles Compagnes, Uayes, buissons, forests, prez et montagnes, Soyeï témoins de mon contentement !
Etirons, ô dieux! faites, je vous supplie, Que cependant que durera ma vie.
Je ne connoisse un autre changement.
Recherche qui voudra les apparens honneurs, Les pompes, les tluresors, les faveurs variables. Les lieux hauts élevez, les palais remarquables, Retraites de pensers, d'ennuis et de douleurs ;
J'aime mieux voir un pré bien tapissé de fleurs, Arrousé de ruisseaux au vif argent semblables. Et tout encourtiné de buissons délectables, Pour l'ombre et pour la soif durant les grand's chaleurs.
Là, franc d'ambition, je voy couler ma vie Sans envier aucun, sans qu'on me porte envie, Roy de tous mes désirs, contant de mon parti.
Je ne m'appaste point d'une vaine espérance. Fortune ne peut rien contre mon asseurance. Et mon repos d'esprit n'est jamais diverti.
Quel destin favorable, ennuyé de mes paines. Rompra les forts liens dont mon col est pressé? Par quel vent reviendray-je au port que j'ay laissé, Suivant trop follement des espérances vaines?
Verray-je plus le tans qu'au doux bruit des fontaincf , Dans un bocage espais mollement tapissé, Nous recitions nos vers, moi, d'Amour oficncé. Toi, bruyant de nos rois les victoires hautaines?
Oà BEBGERIKS.
Si j'eschappe d'icy, Douit ', je te promets Qu'Apollon et Cypris je suivray désormais. Sans que l'ambition mon repos importune;
Les venteuses faveurs ne pourront me tenter, Et de peu je sçauray mes désirs contenter, Prenant congé de vous, espérance et fortune!
d'uxe fontaine
Cette fontaine est froide, et son eau doux-coulante. A la couleur d'argent, semble parler d'Amour; Un herbage mollet reverdit tout autour.
Et les aunes font ombre à la chaleur brûlante.
Le (îieillage obeyt à Zepliyr qui rêvante, Soupirant, amoureux, en ce plaisant séjour; * Le soleil clair de flame est au milieu du jour, Et la terre se fend de l'ardeur violante.
Passant, par le travail du long chemin lassé, Brûlé de la chaleur et de la soif pressé, ' Arreste en cette place où ton bon-heur te maiiie;
L'agréable repos ton corps délassera, L'ombrage et le vent frais ton ardeur chassera, Et ta soif se perdra dans l'eau de la fontaine.
SUH LA UBfteËMB D£ REUY UELLEAU ^
Quand je ly, tout ravy, ce discours qui soupire Les ardeurs des bergers, je t'appelle menteur, (Pardonne-moy) Belleac, de t'en dire l'autheur; Car un homme mortel ne sçauroit si bien dire^
Amour, qui tient les dieux au joug de son empire^ A derechef contraint Phebus d'eslre pasteur. Qui, pour charmer sa peine et l'œil son enchanteur, Doit avoir fait ces vers, témoins de son taartirc;
0 Phebus I à grand dieu des poètes invoqué ! Parmy nos champs françois si tu as remarqué Quelque heacbe, ou quelque fleur, qui les cœurs peut contraindre^
Change cil d'Hippolyte et le rend enflammé! Ou bien, s'il faut que j'aime et ne sois point aitné, Fay qu'en si beaux regrets mon mal je puisse plaindre.
< Voyez la noie de la page t.
* Voyez la note de la page SI.
BEKtiEKIES. 455