‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 27 sur 155 · LIVRE II. M · texte numérisé non relu

LIVRE II. M

Mon teint palle et ma voix, mon œil pleurant sans cesse, N'ont sçeu donter un cœur qui se disoit forcé :

Espoir, que tant de fois loin de moy j^ay chass«\ Comme une idole feinte, et vaine, et tromperesse. Vers quelque autre abusé désormais trouve adresse, Je ne puis en tes rets estre plus enlacé.

Les cieux ny les enfers n'ont de toy connoissance, Les humains seulement font joug sous ta puissance. Qui desseins sur desseins ne cessent d'enflUer.

Tu n'es qu'un songe faux des veillans misérables, Tu repais les esprits de chansons et de fables. Et, te cuidant tenir» on te voit envoller.

Je ne suis point jaloux ny ne le veux point estre, Quand un plus fortuné sera de vous reçeu ; M'appercevant trop tard que je me suis deçeu, Je cesser ay de suivre un enfant pour mon maistre.

Bien que 'vostre beauté mon désir ait fait naistre, 11 fbst mort teutesfois aussi-tost que conçeu, Sans l'espoir tout riant qu'en vos yeux j'apperçeu, Qui ma flamme a nourrie et l'a fait ainsi crotstre.

J'ay sur vostre constance assis mou bastiment : Cest une éternité, s'il a bon fondement ; Sinon, au premier vent, adieu l'architecture. *

Si ce malheur m'advient, saintement je pitmiets Qu'aux sennens et aux pleurs je ne croiray jamais, Ny qu'au cœur d'une femme une seule amour dure.

Belle et guerrière main apprise à la victoire ', Jamais de l'arc d'Amour un seul trait ne perdant Main qui de son beau char les resnes va guidant, Quand il retourne en Gypre, orgueilleux de ta gloire

Main dont le blanc esclat obscurcist tout yvoire, Qui fais de ta froideur naistre un désir arda Qui le sceptre et Testât des amours va garda Qui m'escris en l'esprit la loy que je veux croir

* Tlraduction d i sonnet italien qui débote ainsi :

0 bella man, che'l fren del carro lieni, Quando Amor col trionpho à Cipri toma.

Min bianca, man leggiadra, mano adomi, Cb« r rfureo scettro suo reggi « mantieni.

8t DIAME.

Main qu sur tes beautés as tatii l'œil envieux, Main qui sçais triompher des plus audacieux, Et qui peas de mon cœur les tempestes sereines :

Lasl ne t'oppose peii^, 6 belle et blanche main, Quand je cherche, embrasé, le secours de mes peines, Qu'une ingrate me cache en la bouche et au sein. *

Chassez de votre cœur l'ii^uste cruauté Qui vous rend contre Amour fièrement obstinée, Et^'estimez jamais qu'une dame bien-née Puisse avoir sans aimer quelque félicité.

Mais que vous servira ceste fleur de beauté, De jeunesse et d'amour richement couronnée, Si, sans estre cueillie, eHe devient fénnée Et perd sa désirable et chère nouveauté?

Il ne suifist d'avoir un champ gras et fertile, Car, s'il n'est labouré, «'e&t un friche inutil ; La terre en devient dure et ne rapporte rien.

Celle qui ne se sert de sa belle jeunesse Fait comme un usurier, qui cache sa richesse Et se laisse mourir sans user de son bien.

XXYII

SI vous m'aimes, madame, bêlas! si vous m'aimes. Et si le trait d'Amour comme moy vous entame, Donc ainsi comme moy vous sentez dedans Famé, Aux esprits et au cœur, cent fourneaux allumez.

Hé ! pourquoy souffrez-vous que soyons consumez, Servans de nourriture à l'amoureuse flame? N'est-ce une grand' rigueur, si vous pouvez, madame, Modérer cette ardeur qui nous tient enflamez?

Nous sentons bien tous deux une égale souffrance. Mais de nous en sortir seule avez la puissance ; Encor vous ne voulez nos Iwigueurs secourir !

C'est estre en mesme tans cruelle et misérable, De nourrir un tourment dont on se peut guarir. Et. pour n'sâder autruy, ne s'estrc secourable.

Hé! que n'est-il permis, aussi bien qu'à mes yeux, A tous mes autres sens d'exercer leur puissance? L'accez qui m'affoiblit perdroit sa violence,

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