‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 30 sur 155 · LIVRE II. fn · texte numérisé non relu

LIVRE II. fn

Aillettrs on ne la eognoigt pas.

Car quel ordre et quelle conduite De voir en tenel»*e8 réduite Une beauté digne des cieux?

Et qu'ainsi soit vive enterrée Celle qui deuat estre adorée De td&8 ceux qui portent des yeux?

Aux ours et aux tigres sauvages, Il ftut des treillis et des cages Pour les garder d'estre nuisàns :

Mais la rigueur est trop extrême, Qui traite une beauté de mesme Que les animaux mal faisans.

Que n'ay-je tes guides fldelles.

Tes passes et tes colombelles, Et ton char, divine Gypris, Afin qu'en despit de l'envif»

Je peusse voiler à ma vie Et au lieu qui clôt mes espris !

Mais sans fruit j'invoque en ma paine Des amours la mère inhumaine, Recours peu fidèle aux amans :

Le ciel est sourd A mes complaintes.

Et toutes ses deitez saintes Ne sont que vains amusemens.

La Parque, aux traits inévitables, Seule est pr(^Nre aux maux incurables : Vien donc, ô palle deSté !

Tu n'as autels ni sacrifloas :

Mais, si tes dars me sont propices.

Mourant, je loûray ta Ironie.

Mary jaloux, qui me defens la vue De la beauté si bien peinte en mon cœur,. De tes fUreurs m<m désir prend vigueur, , Et mon amour plus forte (tontinuê.

Plus une place est chèrement tenue.

Plus elle acqui«^ de louange au vainqueur : Plus tu seras vens moy plain de rigueur, Plus je rendray ma constance connue.

Quand on no peut un cœur froid allumer, Il faut sans plus luy defendi'e d'aimer : Tout aussi-tost le Toila plaiii de flamme.

Donc, si tu veux vivre bien asseuré,

Ferme les yeux» ne garde point ta femme : Le bien permis est le moins désiré.

J'excuse le mary de celle qui m'a pris D'estre si défiant, de n'aller point sans elle : ie voudroy deux cens yeux, de peur d'estre surpris, Si festoy possesseur d'une ehose si belle.

Le gouverneur d'un fort, vigilant et fldelle. Jamais d'un long sommeil n'assoupit ses espris : Il s'éveille ai sursaut, change de sentinelle. Et craint toujours qu'on ait sur sa place entrepris.

Le maudit usurier, qui sa richesse adore. Sent, dés qu'il en est loin, qu'un soucy le dévore Et que mille glaçons le transissent de peur.

Hé 1 qu'est-ce qu'un trésor, ou qu'une forteresse, Auprès de la beauté qui fait vivre mon coeur ? Son mary fait donc bien gardant telle richesse.

D'où vient qu'une beauté, qui m'est toujours présente Au cœur et en l'esprit, n'est présente à mes yeux? Et comment fait le ciel, de mon aise envieux. Que sans vous, ma douleur, tant d'angoisses je sente?

Plus je sais loin du feu, plus ma flamme est cuisante, Et mes bouillans désirs plus chauds et furieux : Et n'y a bois, rocher, ny distance de lieux, •

Qui serve à me sauver d'ardeur si violante.

Tu peux luire à ton gré, soleil du firmament. Pour les autres mortels, mais pour moy nullement : Ha nuict dure tousjours loin de l'œil que j'adore.

Je voudroy que le ciel me permist sommeiller. Durant si longues nuicts qui cachent mon aurore, Puis qu'après son retour il me flst reveiller.

Junon, royne des dieux, de courroux toute plaine, Ainsi que le despit la faisoit enrager. Alla jusqu'aux enfers les Fureurs déloger. Allumant leurs brandons contre inon la Thebaine.

Une déesse, helas I beaucoup plus inhumaine. Sans descendre aux enfers pour de moi se vanger. Me poursuit, me tourmente, et mon ame mal saine

Par cent et cent fureurs elle ftiit outrager.

La misérable Inon, d'Athamas pourchassée, Portant son fils d'un bras, esperduë, insensée, S'âança dans la mer et noya ses douleurs :

Et moy, de vos courroux fuyant la violance, Et portant sous le bras ma débile espérance, Troublé, je me submerge eu la mer de mes plevrs.

Puis que, pour mon malheur, ceste unique beauté, Que j'aime uniquement, fait aimer tout le monde, II ne faut pas penser que l'angoisse profonde, Qui s'ancre en mon esprit, perde sa cruauté.

Je suis transi de froid au plus chaud de l'esté. Tant la crainte en mon cœur d'un pié-ferme se fonde, Le soleil me fait peur, le ciel, la terre et l'onde, Les vens, les fleurs, les bois, l'ombrage et la clarté.

Las! si pour la voir telle, une aspre jalousie Doit posséder mon cœur comblé de frenaisie, Faites pour mon salut (ô pitoyables dieux!)

Afin que la fureur de ce mal diminué, Que ceux qui l'osent voir soient privés de la veuê, Ou, pour ne les voir point, que je perde les yeux.

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