‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 70 sur 155 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

KLEGIË 1

Que serviroit nier chose si reconnue?

Je l'advouë, il est vray, mon amour diminua, Non pour objet nouveau qui me donne la loy, Mais c'est que vos façons sont trop froides pour moy. Voujs avez trop d'égard, de conseil, de sagesse; Mon humeur n'est pas propre à si tiède maistresse. Je suis impatient, aveugle et furieux.

l*our airaei' comme moy trop clairs sont vos beaux yeux. Toute chose vous trouble et vous rend esperduê, Une vaine rumeur sans sujet espanduê, Le regard d'un passant, le caquet d'un voisin. Quelque parent de loin, un beau frère, un cousin. De mille estonnemens laissent vostre ame atlainte. Vos femmes seulement vous font pallir de crainte ;

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Et quand de mes travaux j'attens quelque oyer, Le tans en ces frayeurs se voit tout employer.

D'une 'flèche trop mousse Amour vous a blessée. Il faut à mes fureurs quelque amante insensée. Qui, mourant chacun jour, me livre cent trespas. Qui m'oste la raison, le somme et le repas. Qui craigne de me perdre et qui me fasse craindre, Qui tousjours se complaigne ou qui m'escouste plaindre^ Qui se jette aux dangers et qui m'y jette aussi. Qui transisse en l'absence et que j'en sois ainsi, Qui m'occupe du tout et que je la retienne, Kt qu'un mesme penser nostre esprit entretienne; Voilà les passetans que je cherche en aimant. J*aime mieux n'aimer point que d'aimer tiedenïenl. L'extrémité me plaisl. Desirez-vous que j'aime? Soyez en vos ardeurs comme en beautez extrême, Perdez tous ces respects qui nous ont abusez, Aveuglons les jaloux, trompons les plus rusez, Et courons les hazards. La princesse d'Eryce, Amoureuse de Mars, aux hardis est propice, El l'esprit que la peur devant ftist tenaillant, Dès qu'il sent son ardeur devient chaud et vaillant.

Cette mère d'Amour, que tout estre révère, Apprend la simple fille à tromper une mère, .Une tante, une garde, et doucement la nuit Se couler d'auprès d'elle, aller sans faire bruit, A tastons, à la porte et, sous l'obscur silence, Ouviir à son amant, qui boult d'impatience ; Aux gestes et aux yeux elle apprend à parler, Et par chi£fre inconnu son secret déceler ; Elle fait que la femme et jeune, et peu rusée. Le soin d'un vieil jaloux convertist en risée. Et que le cœur loyal, d'amour bien embrasé, Ne trouve jamais rien qui luy soit mal-aisé. Mais il faut que son trait profondement le touche. Ce n'est pas pour tous ceux qui l'amour ont en bouche, Que la coustuiiic ou l'art fait paroistre angoisseux, Uu qu'une humeur pesante a rendus paresseux ; Seulement ces amans l'esprouvent favorable. Qui nourrissent au cœur un ulcère incurable, Qui bien loin ont chassé tout discours de raison, Et qu'un sage respect n'enferme en la maison. Mais comme la fureur à clos yeux les transporte, Passent cent et cent fois par devant une porte, Itudent toute la nuict, sans profit bien souvent, El ne craignent voleurs, froid, orage, ny vent.

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