LIVRE II. 5iri
licars soupirs, leurs regards, leurs doux ravissemens,
Et ces petits refus suivis d'embrassÈmens,
Ces propos endainmez, ces agréables plaintes,
Ces désirables morts et ces colères faintes.
Tu les peux bien conter, car tu y fus tousjours,
Ayant avecque toy mille petits Amours,
Les uns forgeans des traits, les autres de leurs ailes
Esventant doucement leurs flammes immortelles;
Les autres, voletans, tout autour s'amassoient,
Et les autres de fleurs ton carquois remplissoient,
Dont couvrois ces amans comme d'un grand nuage,
Puis voloient dans leurs yeux et baisoient leur visage,
Chacun à qui mieux mieux se monstrant désireux
De les rendre en ce lieu contans et bien-heureux.
Helas! pourquoy si tost finit cette journée? Pourquoy n*east-elle au moins la longueur d'une année? Certes le clair Phebus, cessant de luire aux cieux, Monstra bien qu'il estoit sur leur aise envieux, Et flst haster la nuit plus tost que de coustume, Remplissant leurs esprits d'angoisseuse amertume, Et leur faisant connoistre, à ce dur parlement. Combien l'heur des mortels s'enfuit légèrement.