‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 2)Chapitre 88 sur 155 · AU CHANT XXX 11 DE L AR108TË · texte numérisé non relu

AU CHANT XXX 11 DE L AR108TË

Doncques seia-l-il \Tay qu*il faille que je suive Une, helas! qui me fuit et se cache de moy? Doncque sera-t-il vray qu'il faille que je vive Tousijours désespéré sous l'amoureuse loy? Souffriray-je tousjours l'orgueil, qui me maistrise, Riant lors que mon œil plus de larmes espand? Me faut-il estimer celle qui me desprise? Me faut-il reclamer celle qui ne m'entand?

Las ! que mon esperance-est douteuse et petite! Celle dont l'œil divin de mon ame est vainqueur, Reconnoist les mortels si peu pour son mérite Qu'il^e faut moins qu'un dieu pour vaincre un si beau cœii r Encor si quelque dieu, poingt d'amour et de gloire, A si digne combat hazardoit son pouvoir, Je suis aussi certain qu'elle auroit la victoire, Comme je suis douteux qu'il la peust esmouvoir.

Elle sçait, la rebelle ingratement hautaine, Si mon cœur, s«n esclave, est ferme à l'adorer, Et, pour le nom d'amant que mérite ma paiiip, hu seul tiltre de serf ne me daigne honorer. Son œil cruel et beau voit le mal qui me presse. Et ne s'avance point pour me donner confort ;

.vu fOMPLAlNTE.

Elle voit quA jfi meurs implorant sa rudeMe, Et diffère à m' aider lors que je seray mort 1

Arreste, Amour cruel, arreste un peu la belle : * Il semble qu'elle voile, et je ne puis marcher; Ou fay que je retourne en ma saison nouvelle, Quand ses yeux ny tes traits ne m'avoient sceu toucher. Mais, ah 1 que mon attente est folle et misérable, De prier un tyran qui s'^sgaye aux douleurs! Car plus il est prié, moins il est exorable, Et ne vit que de cris, de sanglots et de pleurs.

Mais dequoy, las ! chetiri dequoy me doy-je plaindre, Fors que de mon désir qui m'élève trop haut * Et, me poussant en l'air, jusqu'au ciel veut attaindre, Où il se brûle l'aile et lombe d'un grand saut? Lors un vain espérer des plumes me rattache; Je revole et retombe ainsi que j'avoy fait. Voilà comme en souffrant je n'ay point de relasche, Et ce qu'un jour avance un autre le desfait.

J'accuse joion désir, mais de meilleure sorte, En me plaignant de moy, je me dois accuser; Car seul de ma raison je luy trahy la porte. Tant il sceut finement ma simplesse abuser ! Et depuis, à clos yeux, comme il veut il me guide, Et n'y puy résister; car il s'est fait trop fort, Joint que pour l'arrester je n'ay ny frein ny brid»; Et si suis tout certain qu'il m'emporte à la mort.

Mais je me plains de moy, qui n'ay point fait de faute Que de voua aimer trop. M'en puis-je repentir? Certes non. Et, qui plus, ma jeunesse peu caule Des traits de vos regars n'eust sceu se garantir. Devoy-je user de force ou d'un art seeourable, Pour ne voir vostre teint à l'aurore pareil, Vos yeux et vostre bouche? « H est trop misérable, Qui refuse de voir la clarté du soleil. »

Cesse, 6 chant mortuaire 1 et trouvant l'inbumaioe, ' Qai met toute sa gloire A meurtrir et blesser, Dy-luy qu'elle peut vivre et contente et hautaine, Puis qu'en la mort des siens gist son plus doux penser. Si tu vois au retour que, de fureur contrainie, Ma pauvre ame affligée ait ce corps délaissé, Honore mon trespas d'une petite plainte, Et fay voir que l'Amour m'a mal recempeoaé.

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