‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 104 sur 163 · IMITATION · texte numérisé non relu

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COMPLAINTE DE BRADAMANT

AU CHANT XXXil DK L AR108TK

Doncques sera-l-il vray qu'il faille que je suive Une, helas ! qui me fuit et se cache de moy ? Doncque sera-t-il vray qu*il faille que je vive TouEijours désespéré sous l'amoureuse loy? Sou£b*iray-je tousjours l'orgueil qui me maistrise, Riant lors que mon œil plus de larmes espand ? Me faut-il estimer celle qui me desprise? Me faut-il reclamer celle qui ne menland?

Las! que mon espérance est douteuse et petite! Celle dont l'œil divin de mon ame est vainqueur» tleconnoist les mortels si peu pour son mérite Qu'il ne faut moins qu'un dieu pour vaincre un si beau cœur. Encor si quelque dieu, poingt d'amour et de gloire, A si digne combat hazardoit son pouvoir, Je suis aussi certain qu'elle auroit la victoire, Comme je suis douteux qu'il la peust esmouvoir.

Elle sçait, la rebelle ingratement hautaine, Si mon cœur, son esclave, est ferme à l'adorer, Rt, pour le nom d'amant que mérite ma paine, Du seul tiltre de serf ne me daigne honorer. Son œil cruel et beau voit le mal qui me presse, Et ne s'avance point pour me donner confort ;

i COMPLAINTE.

Elle voit qup Je meurs implorant sa rudesse, Et diffère à m'aider lors que je seray mort!

Arresle, Amour cruel, arreste un peu la belle: 11 semble qu'elle voile, et je ne puis marcher; Ou fay que je retourne en ma saison nouvelle, Quand ses yeux ny tes traits ne m'avoient sceu toucher. Mais, ah ( que mon attente est folle et misérable, De prier un tyran qui 8'<*8gaye aux douleurs! Car plus il est prié, moins il est exorable. Et ne vit que de cris, de sanglots et de pleurs.

Mais dequoy, las 1 chetifl dequoy me doy-je plaindre, Fors que de mon désir qui m'élève trop haut Et, me poussant en l'air, jusqu'au del veut attaindre, Où il se brûle l'aile et tombe d'un yrand saut? Lors un vain espérer des plumes me rattache; Je revole et retombe ainsi que j'avoy fait. Voilà comme en souffrant je n'ay point de relasche, Et ce qu'un jour avance un autre le desfait.

J'accuse mon désir, mais de meilleure sorte, En nae plaignant de moy, je me dois accuser; Car seul de ma raison je luy trahy la porte. Tant il sceut finement ma simplesse abuser ! Et depuis, à clos yeux, comme il veut il me guide. Et n'y puy résister; car il s'est fait trop fort. Joint que pour Tarrester je n'ay ny ft^in ny bride; Et si suis tout certain qu'il m'emporte é la mort.

Mais je me plains de moy, qui n'ay point fait de feute Que de vous aimer trop. M'en puis- je repentir? Certes non. Et, qui plus, ma jeunesse peu caule Des traits de vos regars n'eust sceu se garanlir. Devoy-je user de force ou d'un art secourable.

Vos yeux et vostre bouche? « U est trop misérable. Qui redise de voir la clarté du soleil. »

Cesse, ô chant mortuaire! et trouvant l'inhuroaine. Qui met toute sa gloire à meurtrir et blesser, Dy-luy qu'elle peut vivre et contente et hautaine, Puis qu'en la mort des siens gist son plus doux penser. Si tu vois au retour que, de fureur contrainte, Ma pauvre ame afiligée ait ce corps délaissé. Honore mon trespas d'une petite plainte, Et fay voir que l'Amour m'a mal recompensé.

Pour ne voir vostre teint à l'aurore pareil, |

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