‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 149 sur 163 · DE CLAUDE DE L'AUBESPI.XE · texte numérisé non relu

DE CLAUDE DE L'AUBESPI.XE

SECRETAIRE DKf. COMMANDEMRNS *

Tout ce que la nature et le ciel favorable Pouvoient pourrendreun homme heureux parfaitement,

* Vovez llntrodiiclion.

\ eriTArHcs.

L'âiK^ns ravoil, F AciK»riKc, ornemeol De et nede mandit, iofrat et misenble.

11 estoit grand et bean, dispos, jeune, amiable. Riche en iMens, aux hmineim avancé justemeDl. Pur, sans ambition, qui marcboit droitement, Tra4ldelle à son prince et aux bons seooorable.

Le del, qui FaToit bit, craignant de roffenser, Icy-bas longuement ne l*a touIu laisser Dans un pays de sang, de meurtres et de guerre;

Hais, amoureux de lay comme un père tres-donx, En l'avril de sa vie il Fa cueilly de terre. Et en a fait un dieu qui aura soin de nous.

DE LUT-MESMR *

Si les dieux par pitié se fussent peu fléchir, Ils n'eussent de ce corps si-4ost l'ame enlevée; Mais le ciel ne poovoit de Fesprit s'enrichir, Sans que l'indipip terre en demeurast privée.

DE LUY-lfESME

L'AcBR-HPiiiE, mourant aux beaux jours de son âge, * F.t le bandeau fatal couvrant ses yeux estaints, La France en soupiroit, Fair resonnoit de plaints Et la mort despitoit son malheureux ouvrage.

Comme il est arrivé jusqu'au dernier passage, L'esprit sain départant de ses membres mal-sains, Joyeux, il levé au ciel et la veuê et les mains, Et flst ouïr ces mots avec un doux langage :

« Seigneur, lu me prens jeune, et je meurs nonobstant Sans regretter le monde, heureusement contant, Yen les longues erreurs et l'abus qu'il enserre.

« Louange à ta bonté, qui prend de moy soucy. Donnant cesse à ma peine. » Et finissant ainsi, Rendit son ame au del et son corps à la terre.

Autour de mon esprit, qui jamais ne repose. Jour et nuit vont errant effroyables tombeaux. Convois, habits de dueil, mortuaires flambeaux ; la porte de mes sens ne reçoit autre chose.

Helas I que le destin injustement dispose Bes ouvrages mortels plus parfaits et plus beaux ! Tnanl les rossignols, il laisse les corbeaux; Kspargnant les buissons, il moissonne la rose.

KPITAPHES. m

Entre tant de. \.\ iiers son coup malicieux A bien sceu reiii»t(|iier ce chef-d'œuvre des cieus, Et ravir tout I honneur de ce monde où nous sommes.

Ce qu*est l'hf rhe à la terre, à l'herbage les fleurs, L'or aux antres nirtaux, la blancheur aux couleurs, Cher amy, tu i't 'ois à la race des hommes.

DU lATlN DE M. DE PIMPO.NT

0 le plus doux soucy jadis de ma pensée! Maintenant le re^^ret dont elle est si pressée, Quir tans moy, trop cruel, es party de ce lieu, Damon, je te Sf^uê, et si te dis adieu; Je t'espan de mes yeux ces offrandes ftmebres, Mes yeux ores couverts d'étemelles ténèbres; Je t'offjre ces cheveux sur la tombe semez, Presens de toy, mon cœur, autrefois tant aimez !

Voy comme un double amour un double autel se dresse, Voy de quels desespoirs j'entretiens ma tristesse ! Et que la cendre, helas ! qui reste icy de toy, Sente en beuvant mes pleurs, mon office et ma foy. Nofttre amour plein de feu passe aux nuicts étemelles, II Iraverse le Styx en ramant de ses ailes, Par tout il t'accompagne et te veut ramener, Mais en vain, car jamais tu n'en peux reiourner.

Au moins donne-toy garde, ô seul bien de ma vie, Que des eaux de Leihé ne prennes quelque envie! Retien de nos désirs la mémoire à jamais, Ainsi que saintement du cœur je te promets Que la course des ans, la mort, l'onde et la IJame ^'effaceront jamais ton portrait de mon ame.

Pourquoy, contre mon gré, ce corps est-il si fort Que ma juste douleur ne le puisse desfaire? Qui retient tant mon ame en ce' lieu de misère, Sans revoler au ciel où gist tout son confort?

Las! tout ainsi qu'Amour avec un seul effort Traversa nos deux cœurs et n'en flst qu'un «Icero, Pourquoy le ciel jaloux, envieux et contraire N'a-l-il flny nos jours par une seule mort?

La femme d'Amphion, justement aflligée, Par son dueil excessif en rocher fut changée. Qui ses enfans meurtris semble encore pleurer

Que je serois heureuse ayant telle advautnre!

ini KPITAPHES.

r,ar je pourrois servir d'aimable sepnlturp A celny dont la mort ne me peut separw.

0 bien-heureux esprits, nouveaux anges des cienx, Le seul ardant désir de mon cœur misérable, Dont la mémoire sainte est en moy si durable, Que toujours je vous porte en l'esprit et aux yeux,

Si de la vraye amour rien n'est victorieux, Et que nostre amitié n'en eut onc de semblable. Tournez vers moy la veuê et douce et favorable, Kt ne m'abandonnez sans guide en ces bas lieux.

Voyez-moy tout en pleurs sur vostre sèpultiue, Qui plains, non vostre mal, mais ma triste advanture, Laissé seul icy-bas, de misères i^emply.

N'endurez plus long-tans mon ame estre captive. Mais impetrez du ciel que bientost je vous suive, V\m que mon heur sans vous ne peut estre accomply.

la

Pour faire une guirlande à son chef blondissant ^ La soigneuse pucelle, à qui le cœur soupire Ou plaisant mal d'amour, cueille au mois de zephiie La rose après l'œillet, puis le lys blanchissant. Ainsi la pronte main du monarque puissant. Qui de tout l'univers a borné son empire, Pour couronnei* son chef, trois lumières retire, Qui rendoient nostre siècle heureux et florissant.

France, qui, tousjours folle, est sanglante et couverte Du massacre des siens, ne flst onc tant de perte. Ni le ciel tant de gain qu'au jour de leur trespas.

le soleil n'a depuis rien veu qui leur ressemble, C.'estoit trois jeunes Mars et trois Amours ensemble. Qui. sous l'habit mortel, convexsoient icy-bas.

Daphnis gisoit au lict mortellement attaint, Paphnis. l'heur de nostre âge et sa gloire première. Stm œil. jadis si clair, defailloit de lumière, Comme un ray du aoleil, qui la nuici se destaint

Amour, sur son chevet, se tounnente et se plaint. Nommant les cieux cruels et la Parque meurtrière; « Que ceste mort, dit-il, soit mon heiure dernière.

KP1TAVH£S. 4115

Puis que je perds les yeux, qui m'ont rendu si craint. - . Les amis de Daphnis aux regrets s'abandonnent, L'air se fend à leurs cris, les hauts deux en résonnent. Seul, je ne pleure point, ô phetif * que je suisl

Si c'est que la douleur tout en rocher m'enserre, Niobe, ainsi que moy, fut bien changée en pierre, Et ne laisse pourtant de pleurer ses ennuis.

DE L'ANNÉE HDLXX

Je te dois bien hayr, malencontreuse année, Qui m'as, durant ton cours, tant de maux fait nvoir, Et tant d'ennuis divers sui' mon chef fait pleuvoir, (iue j'en laisse ma vie au dueil abandonnée.

Le jour que commença ta course infortunée, Je fus remis captif sous l'amoureux pouvoir. Où j'en mille douleurs pour cacher mon vouloir, •Et receler ma playe au cœur enracinée.

J'avois un seul amy, sage, heureux et parfait, La mort en son printans sans pitié l'a desfait, t.omblanC mes yeux de pleurs et mon ame de rage.

Depuis je fus six mois dans un lict languissant, Et or* pour m' achever, quand tu vas finissant, Je trouve que ma dame a changé de courage.

AUX OMBRES DE C. DE L'AUBKSPiNE

Page 1