‹ Œuvres de Philippe Desportes (volume 3)Chapitre 154 sur 163 · PRIERES · texte numérisé non relu

PRIERES

AUTRES ŒUVRES CHRESTlENiNES

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Ma chair comme eau s'est escoulée, V.I ma peau defoicte est colée Sur mes os pourris par dedans; Tout mon bien est mort en une heure, Et rien de moy ne me demeure Que la lèvre auprès de mes dens.

Mes yeux ont tari leurs fontaines, Mes nuits d'amertume sont pleines, Mes jours sont horribles d'efifroy; Le sommeil jamais ne me touche, Et la puanteur de ma bouche Fait que j'ay mesme horreur de moy.

Ayez de pitié l'ame atteinte.

Au moins vous qui m'aimez sans feinte, Et me pleurez amèrement :

La main du Seigneur courroucée S'est en ftireur sur moy poussée.

Et me presse ainsi rudement.

Je soupire avant que je mange.

Et mon gémissement estrange Bruit comme un torrent retenu ;

494 <EUVBES CHRESTIESHBS.

Las! /ay bien raison de me plaindre!

Le malheur qui me Taisoit craindre.

Comme en sursaut m'est advenu.

0 que ma peine est excessive !

Est-il possible que je vive, Si foible en si forte langueur?

Seigneur, pousseur des offances, On remarque ici tes vengeances Et les forces de ta rigueur.

Ué quoyl d'un courage adversaire M'as-tn formé pour me desfaire, M'ayant fait souffrir longuement?

)ras-lu tiré de la matrice Pour me reserver un supplice Qui sei*ve à tous d'estonnement?

Le soleil, corps de la lumière, Six fois a fourni sa carrière Depuis que ta cruelle main D^us raoy s'est appesantie, Et que ta fureur j'ay sentie, Fureur d'un Dieu trop inhumain.

Pardonne-moy si je blasphème; Quand je sens ta rigueur extrême, Je ne sçauroy doux te nommer ; Ihiis ma bouche, infecte d'ordure, Qu'à peine, helasl presque j'endure, Ne sçauroit plus que blasphemei*.

Purge-la, s'il te plaist, ô sire I Afin qu'elle apprenne à bien dire»

Pour tes louanges reciter :

Car, si ta main ne la nettoyé, Certes, Seigneur, je ne sçauroye Que maudire et me despiter.

Alors que ton courroux me presse, Tant de cris vers le ciel je dresse, Qu'on voit l'air d'horreur se troubler ; •le maudi la céleste gi^ace, Et voudroy que ceste grand' masse Se renversast pour m' accabler.

Pourquoy permet ta rigueur forte Que la rage ainsi me transporte?

Car si tu es père de tous, Je suis ton Ûls, et toy mon pero ; A ton fils donc, en ta colère, Use d'un chasUment plus douN^

Si ma parole est trop cuisante.

ŒUVRES GHRBSTIENNES. m*

Aussi ton ire est trop pesante; • Haste-toy donc pour mon confort, On souffre mes cris pitoyables, Ains que j'aille aux lieux effroyables D'horreurs, de silence et de mort.

Le ver, avorton de la terre, Se rebecque alors qu'on le serre.

Poussé d'un naturel devoir :

Et moy, portraict de ton image, Quand ton pié me foule et m'oatragp.

N*oseroy-je un peu m'esmouvoir?

Entens moy donc quand je te prie, Respons alors que je m'escrie, Monstre moy quels sont mes péchez ; Et si l'erreur de ma jeunesse Mérite la grande rudesse Des traits contre moy décochez.

Si ta vengeance est trop petit o, Puny moy selon mon mérite, Seigneur, ne me pardonne rieii; Hausse ta main rouge de foudre, Et reduy tous mes os en poudre, Je n'attens point de plus grand hion.

Ou si dans ta poitrine sainte La pitié n'est du tout estainte, Sauve l'ouvrage de tes mains; Xa force m'est assez connue, * Et ma passion continue Sert de crainte à tous les humains.

Ta beauté luira davantage.

Gardant le pécheur qui t'outrage, Et le retirant du trespas, Qu'à guarir le petit ulcère D'un que ton secours salutaire Jamais n'abandonne d'un pas.

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