LIVRE I
Sors de moy donc, Espoir remply de naterie, Père de Vanité, d'Erreur, de Tromperie, -Nourriciers de nos maux, conçeu d'anlans désirs! Je ne me fonde plus sur tes frailes plaisirs. Tu m'as assez pipé, cherche qui te retire. Et me laisse pleurer sans confort mon marlire.
Voilà comment, madame, esloijjné de vos yeur, Sans plaisir, sans repos, malade et furieux, Je crie et me dépite, accusant votre absance, Et ne veux que l'espoir me promette allégeance ; Car puis que ce trompeur tâche à me décevoir, Je ne veux désormais pour tout bien recevoir' Que l'heureux souvenir des liesses passées, Qui rendent mes douleurs assez recompensées. Et qui me font constant mes travaux endurer. Voulant jusqu'à la mort vostre serf demeurer.
Vous qui tenez ma vie en vos yeux prisonnière, Et qui de mon amour fustes l'ame première, Oyez quelle est ma peine et quelle froide peur Me remplit de glaçons la poitrine et le cœur; Ainsi vostre beauté, qui peut guarir ma play'e, Contre l'effort des ans tousjours demeure gaye'.
Dès le soir que je fu prendre congé de vous Et de vos yeux divins, si cruellement doux. Pour retourner en France, helas ! dés l'heure mesme, En vous abandonnant je devins froid et blesme, Prévoyant le malheur qui devoit m'advenir. Et ce qu'il me faudroit sans raison soustenlr.
Je jugeoy qu'un amour si comblé de liesse N'estoit pour demeurer tousjours franc de tristesse ; J'apprehendoy le change, et que le cours du tans Fist voir qu'il est vainqueur des desseins plus constans; Je redoutoy l'absence aux amans si contraire; Loin des yeux, loin du cœur, c'est la règle ordinaire. Mais surtout je craignoy la couverte poison De ceux qui sont jaloux de ma chère prison, Qui m'en portent envie et qui se font accroire Que vostre affection m'eleve à quelque gloire. Toutefois ces frayeurs, qui l'esprit me geloient. Devant d'autres raisons foiblement s'écouloient; Car, vous reconnoissant d'une humeur non commune, Je deffioy le tans, l'absence et la fortune,
Voire et je ni'asseuroy que, vous estant si cher, i'n seul trait des jaloux ne pourroit me loucher. Mais, las! que ma créance est follement trompée ! De cent raille faux bruits vostre ame est occupée, Et ce clair jugement, si ferme auparavant, Douteux etchancellant se tourne au premier vaut. Vous croyez toute chose à mon dam prononcée; L'excuse et la deffence est de vous repoussée, Et, pleine d'injustice autant que de beauté. Vous me dépossédez du bien qu'ay nieiité. Mérité? las ! nenny, mais mon amitié forte Meritoit pour le moins traitement d'autre sorte. D'autre sorte? llclas! non, trop doiix m'est le soucy, S'il vous plaist seulement que je languisse ainsy.
Je sçay qu'on vous a dit que depuis mon absancc Une beauté nouvelle avoit sur moy puissance, Que j'aime en mille lieux, volagement constant, El selon les objets je me change à l'instant. Las! si vous le croyez, c'est faute de connoistre Avec quelles beaulez le ciel vous a fait naislre : Quel est de votre chef l'or prime et délié, Dont l'Amour de son gré s'est luy mesme lié; Les efforts de vos yeux, archers de la sagette Qui rendit sous vos lois ma liberté sujette ; Ce que peut vostre belle et délicate main, Et le laict cailloté qui vous blanchist le sein ; La vertu du coral de vos lèvres pourprcttcs, Et les soupirs témoins des flammèches secrettes Qui vous cuisent dedans ; bref, tout ce bel honneur Dont le ciel en naissant vous fut large donneur.
Car, si parfaitement vous aviez connoissauce De vos charmes divins, et par quelle puissance Les amours de vos yeux tous cœurs peuvent ranger, Vous diriez à part vous que je ne puis changer, Quoy qu'autrefois volage, et que, quand l'inconstance M'auroit fait jusqu'icy décrier par la France, Estant de vos beautez si vivement espris. Sur tous les plus constans j'emporteroy le pris; Car, scachant bien juger d'une beauté si grande, Impossible est qu'après quelque autre me commande, Veu que l'objet luisant de vostre œil radieux Fait que tout autre jour semble foible à mes yeux. Et que si chère image emprainle en ma pensée ïlendroit la beauté mesme auprès d'elle effacée. Voilà quelle est ma vie, et, comme je ne puis Ky ne veux m'affrancbir des prisons où je suis,