‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 120 sur 190 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Et les autres flambeaux, par le ciel reluisans,

Pour le bien radresser ne sont pas suffisans.

En fln la nuict s'envole, et l'aube colorée

Haste le beau soleil à la tresse dorée,

Oui de ses clairs rayons l'univers resjouif,

Et toute autre lumière auprès s'esvnnouit.

Lors il reprend courage et, joyeux, il salue

Geste clarté nouvelle à son secours venue,

Se remet au chemin qu'il avoit délaissé,

Et connoist de combien il s'est desadvaticé. J'en ay fait tout ainsi, j'ay suivy mesme adresse,

Vray pèlerin d'Amour, dés ma tendre jeunesse ;

Car mon âge si tost du printans n'api)roclia.

Que ce dieu contre moy mille traits décocha,

Se fit roy de mon ame, eschaulfa mon courage,

Et me mit au chemin de l'amoureux voyage.

Lors, pour servir de guide à mon ardant désir,

La jeunesse me fit une beauté choisir.

Qui s'offrit favorable à mes yeux la première,

Et que je reconneu pour ma seule lumière. Son ardeur doucement mon esprit embrasoit, Je ne voyoy plus rien qu'ainsi qu'il luy plaisoit; C'estoit mon seul objet, mon désir et ma flame. Et sa seule influence avoit force en mon ame.

J'ay longuement erré parmy l'obscurité De mes sens aveuglez, suivant telle clarté; J'ay passé maint taillis et maint désert charapcslre, Esloigné du chemin sans me pouvoir connoistre; En vain mille beautez s'offroient devant mes yeux, Comme astres qui la nuict vont allumant les cieui ; Je n'en pouvoy tirer de plus seure conduite. Et tousjours leur clarté me sembloit trop petite. Mais, si tost que le jour de vos yeux m'esclaira, Mon cœur d'aise ra%7 ce soleil adora, Et connu tout soudain que la flame allumée Dedans moy paravant n'cstoit rien que fumée; De ma première erreur je fu tout asseuré. Et vey que jusqu'icy je m'estois égaré. Car celuy qui ne suit vostre beauté si rare. Seul soleil de nos ans, peut dire qu'il s'égare; Son désir mal conduit erre sans jugement. Et ne connoist d'Amour l'agréable tourment.

Il me souvient tousjours qu'en mon ardeur première, Lors que mon ame estoit autre part prisonnière. Je pensoy fermement qu'on ne sfcut mieux aimer. Et n'eusse jamais creu qu'Amour putenflamer

Plus chaudement un cœur de sa vive eslincelle, Ny qu'un parfait amant put eslre plus fidelle. Mais vos yeux m'ont appris que j'cstois abusé, Bl'ayant de tant de feux i'estomach * embrasé, Et mis en mon esprit de pensers si grand nombre. Que ma première amour au prix n'esloit qu'un ombre Bref, je suis si pressé, qu'ores je connoy bien llclas! qu'au prix de vous je n'aimay jamais rien. Vrayment c'est bien raison que l'amour qui me tuë. Passe toute autre amour qu'auparavant j'ay eue, Et qu'en vous adorant je croisse en loyauté, D'autant que vos beautez passent toute beauté, Beautez pleines de lis et de roses nouvelles. D'agréables langueurs, de flammes immortelles, D'amours, de doux attraits, de tbresors précieux. Et des perfections que receloient les cieux. Car tout ce que le ciel avoit mis en reserve De plus belle richesse, en vos yeux se conserve. Vos yeux si beaux aux miens, qui me donnent le jour, Et qui font qu'Amour mesme est embrasé d'amour. Quant à moy, si je voy quelque autre damoiselle, Qui guide en cheminant les grâces avec elle. Qui ait les cheveux beaux, les yeux cruels cl doux, Je dy qu'en quelque chose elle approche de vous, Mais non pas que pourtant elle soit si parfaite; Car pour chef-d'œuvre seul nature vous a faite, Tousjours on vous peut voir admirable exceller. Et à vous rien que vous ne se doit égaler; .\insi que la douleur qu'en mon ame j'assemble, Qui surpassant toute autre à soy seule ressemble. J'ay tousjours jusqu'icy blasmé l'extrémité, Mais je pers cet advis perdant ma liberté. Car vous voyant, madame, en beautez tant extrême. Je consens que mon cœur extrrmement vous aime; Je veux qu'en vous servant il souffre extrêmement. Et le desavoûroy, s'il faisoit autrement. Peut-estre quelque jour vous en serez touchée. Et, afin que ma mort ne vous soit reprochée, Finirez mes langueurs, aurez de moy pitié, Et recompenserez ma fidelie amitié.

G dieux, si d'un tel heur je contente ma vie, ^e m'accordez plus rien de chose que je prie! On ne me verra plus d'autres biens désireux. Et m'estimeray lors contant et bien heureux.

' La poitrine.

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