ELEGIE III
Je ne refuse point qu'en si belle jeunesse De mille et mille amans vous soyez la maistresse. Que vous n'aimiez par tout et que, sans perdre tans. Des plus douces faveurs ne les randiez contans; La beauté florissante est trop soudain sechée Pour s'en oster l'usage et la tenir cachée; Mais je crevé de rage, et supporte au dedans Des glaçons trop serrez et des feux trop ardans, Quand en despit de moy vous faites que je sçache Lp mal, qui n'est point mal lors que bien on le cache.
-2\}e ELEGIES.
M'est-ce pas grand regret, quand sans le rechercher, Fuyant pour n'en rien voir, on mé le fait toucher. On me le dit par force et, ce qui plus me tuê, On le crie en la cour, au palais, en la rue? J'en entens le succez dés qu'il est advenu. Si vous faites un pas, vostie .coche est connu, Vos pages, vos laquais et ces lieux ordinaires. Qui vous servent de temple aux amoureux mystères.
Pour n'en connoislre rien, fussé-je aveugle et sourd! Ou bien, las! que plustost le commun bruit qui court, Ne vient-il à moy seul, sans que la renommée, L'éventant çà et là, vous rende diffamée? Si seul je le syavoy, que je seroy contant! Le mal qu'on dit de vous ne m'iroit despitant, Et, lisant de mes yeux vostre faute notoire, Pour me reconlbrter je n'en voudroy rien croire.
Je diroy que les sens se peuvent abuser, Et sentiroy mon cœur d'heure en heure embraser, Voyant vostre beauté de chacun poursuivie ; Car j'aime fort un bien dont plusieurs ont envie. Mais le bruit que de vous le commun va semant Fait qu'un homme de cœur se hait en vous aimant, Et dresse à meilleur but le trait de son attente. Car nostre opinion seule ne nous contente, Et ce qui rend plus fort un esprit embrasé. C'est de voir que son choix de chacun est prisé. Pour Dieu ! prenez-y garde, et devenez discrette; Ne soyez pas plus chaste, ains soyez plus secrette, Faites les mesmes tours et plus, si vous pouvez, Joignez d'autres amans à ceux que vous avez, Et donnez, non ingrate, à tous la recompanse. Mais qu'est-il de besoin qu'on en ait connoissance? Prenez-en le plaisir, fuyez-en le renom, Celle ne pèche point qui peut dire que non.
Je reconnoy ma faute et ma lourde ignorance. Bien que je fusse ap'fnis par mainte experiance Que l'amour d'une femme est pronte au changement, Et que la mieux bastie a l'air pour fondement; Bien que parmy les cris et les poignantes rages De ceux qui, chacun jour, Icsesprouvent volages. Je me creusse entre tous sage et fort advisé D'avoir si tost connu leur esprit desguisé,