BAISER
Fay que je vive, ô nia seule déesse ! Fay que je vive et change ma tristesse
BEKGLRIES. iil
En plaisir gracieux; Ciiange ma mort en immortelle vie, Kt fay, mon cœur, que mon ame ravie
S'envole entre les dieux.
Fay que je vive et fay qu'à la mesme heur.*, Daissant les yeux, entre tes bras je meure,
Languissant doucement :
Puis qu'aussi-tost doucement je revive, Tour amortir la flamme ardante et vive
Qui me va consumant, Fay que mon ame à la tienne s'assemble, Range nos cœurs et nos esprits ensemble
Sous une mesme loy ; Qu'à mon désir ton désir se rapporte; Vy dedans moy, comme en la mesme sorlc
Je vivray dedans toy.
rse me défends ny le sein ny la bouche; Permets, mon cœur, qu'à mon gré je les touclio
Et baise incessamment, Et ces beaux yeux où l'amour se retire ; Car tu n'as rien qui tien se puisse dire,
>i moy pareillement :
Mes yeux sont tiens, des tiens je suis le maistro ; Mon cœur est tien, le tien à moy doit estre,
Amour l'entend ainsi ; Tu es mon feu, je dois estre ta flamme, Et dois encor, puisque je suis ton ame,
Estre la mienne aussi.
Embrasse-moy d'une longue embrassée, Ma bouche soit de la tienne pressée,
Suçans également De nos amours les faveurs plus mignardes, Et qu'en ces jeux nos langiies frétillardes
S'estreignent mollement.
Au paradis de tes lè\Tes décloses, Je vay cueillant de mille et mille roses
Le miel délicieux ; Mon cœur s'y paist, sans qu'il se rassasie De la douceur d une sainte ambrosie
Passant celle des cieux.
Je n'en puis plus, mon ame à demy fol!*' En te baisant, par ma bouche s'envoUe,
Dedans toy s'assemblant; Mon cœur halette à petites secousses; Uref, je me fons en ces liesses douces,
Soupirant et tremblant.
Quand je te baise, un gracieux Zephiic, Un petit vent iTioite et doux qui soupire,
Va mon cœur éventant; Mais tant s'en faut qu'il esteigne ma llame, Que la chaleur qui dévore mou ame
S'en augmente d'autant.
Ce ne sont point des baisers, ma mignonne, Ce ne sont point des baisers que tu donne :
Ce sont de doux appas Faits de nectar, de sucre et de canelie, Afin de rendre une amour mutuelle
Vive après le trépas.
Ce sont moissons de l'Arabie Heui'euse, Ce sont parfums qui font l'ame amoureuse
S'esjouyr en son feu ; C'est un doux air embausmé de fleurettes, Où comme oiseaux volent les amourettes,
Les plaisirs et le jeu.
Tarmy les Heurs de ta bouche vermeille, imour oiseau voile comme une abeille.
Amour plein de rigueur, Qui est jaloux des douceurs de ta bouche; Car, aussi tost qu'à tes lèvres je touchf ,
Il me pique le cœur.
Ah! mon Dieu, je me meurs ! il ne faut plus attendre De remède à ma mort, si tout soudainement, Phylis, je ne te vole un baiser seulement. Un baiser qui pourra de la mort me défendre.
Certes, je n'en puis plus, mon cœur; je le vay prendre 1 Non feray, car je crains Ion courroux véhément. Quoy? me faudra-t-il donc mourir cruellement, Prés de ma guarison qu'un baiser me peut rendre?
Mais, las! jecrains mon mal en pourchassant mon bien. Le d*y-je prendre ou non? Pour vray, je n'en sçay rien, Mille débats confus agitent ma pensée.
Si je retarde plus, j'avance mon trespas : Je le prendray ! mais non, je ne le prendray pas, Car j'aime mieux mouinr que vous voir couiTOucée.
STA-^CES
S'il est vray, comme on dit, que les plus belles âmes Meuvent les plus beaux corps et leur donnent pouvoir.
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Quelle anie est assez belle afin de vous mouvoir, Astres clairs, qui versez tant de célestes flammes?
II pleut de vos regars une douceur extrême, Comblant les chastes cœurs d'aise et d'embrasement, Qui fait croire qu'Amour, quittant le Gi marnent Pour vous donner esprit, s'est lait esprit luv-mème.
Beaux yeux, mes chers soleils, las ! par quelle aventure Faut-il que si souvent vos rais me soient celez? Ceux du commun soleil ne sont tant reculez, Et la nuict pour chacun si longuement ne dure.
Je suis vostre Phénix, ô lumière immortelle! En cendre à vos rayons je me vay réduisant. Ainsi larloit Philon, baisant et rebaisant, Devôt, les yeux divins de Licaste la belle.