‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 189 sur 190 · ABBE DE TIIIP.ON · texte numérisé non relu

ABBE DE TIIIP.ON

Doncques ce ^Tand soleil, dont l'heureuse infiuance Versa prodiguement tant d'honneur sur la France, Est couché pour jamais; cet Apollon françois, La loy des beaux esprits, les délices des rois, Ce chef-d'œuvre des cieux, leur plus parfaite ouMage, Ce trésor de sçavoir, l'ornement de nostre âge. Des Muses le soucy, l'heur de ce saint troupeau, DESponTES gist, helas! hoste du froid tombeau. La mort nous l'a ra^^. Mort injuste et cruelle. Contre toute raison, équitable on t'appelle. 11 est vray, d'un malhpur également commun Tu vas de ta gran<l faux moissonnant un chacun ; Mais où tout est égal ne règne la justice: Tu tiens tu mesmc rang la vertu et le vice, Ln grand homme est plustost par toy mis au tombeau Qu'un lourdaut, de la terre inutile fardeau. Pour assouvir ta gueule et jour et nuict béante. Tu te devois jeter sur la troupe ignorante Du vil et simple peuple; un homme tout divin Ne devoit estre esclave aux loix de ton destin. Cesl la France, et non luy, que la l'arque meurtrière A d'un coup si cruel privé de la lumière.

Or' que ce plus bel astre en la France ne luit, Ses beaux jours sont changez en une obscure nuit; My-morte, elle n'a plus, de ténèbres couverte, Qu'à peine un peu de voix pour regretter sa perle;

TOMLEAL'

Car cil, qui seul pouvoit en nos plus grands mallieurs, Charmant l'ame aflligée, alléger nos douleurs, Las ! nous l'avons perdu ! C'est celuy qu'à ceste heure La France, tout cndueil, tant amèrement pleure. Tout ce que nous pouvons est geniir, sangloter, Soupirer après luy : un mal bien raconter. Trouver par beaux discours de l'heur en la misère. Flatter nos sens trompez, luy seul le pouvoit faire. Aussi ces vers ne sont qu'un effort de douleur. Qui, malgré moy, m'emporte et maistrise mon cœur, Qui me donte el me tient, qui me point et m'entlame, Et me fait tant oser. Tardonne-moy, belle ame, Si j'ay trop entrepris, si d'un fascheux propos, Engeance do mou dueil, je trouble ton repos. Comme l'on voit en l'air un noir espais nuage, Se crevant, enfanter le tonneiTe et l'orage; Ainsi ma grand' douleur esclate et par le bruit De ces vers s'évapore, et ces regrets produit. Mais aide à ma foiblesse, et ta fureur divine, 0 ame bien-heureuse ! inspire en ma poitrine. Afin que, parsoimier de la céleste ardeur. J'égale à mes regrets de mon mal la grandeur.

(Juand Des-Poutes nasquit, la nature accouciiée De son fils bien nymé, à chef baissé panchée Sur l'enfant, le mignarde et, au lieu du telin, Luy donnant du nectar, l'emplit de feu divin. Apres au double mont à longs traits le feit boire, Et le baille à nourrir aux filles de mémoire. Si qu'encores enfant, des vers il façonna, Et de sa docte voix un chacun estonna. Si loin par son sçavoir il devançoit son âge. De sa grandeur lulure infaillible présage ! De mesme quand d'un lleuve on voit les fortes eaux Dés leur première source endurer les bateaux. L'on dit que, large et grand, dun pas léger et vile. Il s'ira décharger dans le sein d'Amphitrite ; Ou, comme le pasteur, qui, de loin parmy l'air, Entend du premier bruit le foudre grommeler, Suivy d'un peu d'csclair, présage un grand tonnerre, Un grand foudre prochain, la frayeur de la terre.

Les fruits qu'il nous fist voir en son âge plus meur. Ne démentirent point ceste première Heur : 11 fut tout aussi tost reconnu par la Fiance Un foudre de bien dire, un torrent d'éloquence, Et, brusquement porté sur l'aisle de ses vers. Du clair bruit de son nom il remplit l'univers.

DE MESSIRE l'HlLIPl'E DESPORTEiJ.

Lorsque le jeune sang bouillonnoit dans ses veines De généreux dcsirs et d'amours toutes pleine Esclave devenu de l'enfant qui, sans veux, ^' Tient subjects sous sa loy et la terre et les cieuv D une douceur naîfve, au sujet convenable ' tscrivit ses amours, ouvrage inimitable Au renom de ses vers, vers les rois de nos cœurs Ce gi-and Ronsard tressant, jaloux de tels honnems - Des muses les outils, que, refroidv par l'a^e '

11 laissoit pendre au croc, reprend de grand 'coura-r D un effort plus qu'humain reschauffant son beau lân.. Que^ne fai un grand cœur pour ne perdre sonTan "=•

Amour donc, de soy foible enfant, qui de nos au c^ Est contramt dcsrober ses petillant;s fiâmes Jour mamtenir vivant le feu de son fiambeaû • on siège avoit choisi en un esprit si beau • '

An Z\!7 ?'■'.• '' '''•' ^"''" ^^^^«"t cestè place

Au monde U n'y a nen si fort qu'il ne terrasse

L amour de Dieu l'assaut, et d'un divin effoA?

Entre dans ce beau cœur, se rend maistre dû fort

Tue le faux .Amour. 0 heureuse victoire ' '

J^ostre en est le profit et tienne en est la gloire

0 grand Dieu tout pmssant ! Depuis, son ?er c'hrestien

A a célèbre. Seigneur, autre nom que le ti^i

^es vers enfans du ciel, qui embrassent la terre

Sont, o Dieu ! les esclairs de ton divin tonnerre

Heureuse médecine à nos lentes froideurs

Qu. fait en ton amour fondre nos humble^ cœurs

I esjouy-toy. David, ceste ame en Dieu rav^ Dedans les cœurs françois fa redonné la vie . Ores la France entend, d'un magnifique ton bi-uire divinement ta royale chanson.

Que fay-je? ah? je me peis, que fay-je, téméraire' Aux autres je pourray en me plaisant déspC

n^. .?l"\^^"''^'"^ P'^^'^'- ^^ tes escrits ' Des combats des neuf sœurs ce doit estre i; prix

En la gloire dauti-uy qui cherchez vostre gloire

^on, non ne contez point à la postérité

Le los qu a par ses vers, Dk..-Pop.tes mérité;

PourïeT.If''"'''"^°^'^' P'"' ^"^ '« vostre forte, I our le temps surmonter a jà brisé la porte De 1 oublieux trespas ; le renom de ses v'Trs bans fin aura pour fm la lin de luniver^

Dites aux survivans de son cerveau capable tonlame de s^avoir, la source inexpuisable

.riD

55f.) TOMBEAU

Ou'a la terre, la mer, quavez-vous, ô grands cieux ! Qu'endos ne tient chez soy cet esprit curieux/

Longue postérité, ces vers tu pourras lire, Avec eslonnenient : qui les lit, les admire. Jîais, lielas! d'avoir part à mille beaux discours, Riches de beaux sujets, de beaux mots, qu'en nos jour: L'astre, qui en ce tans, bénin, nous a fait naistre, iSous a permis d'ouyr, escoUer d'un tel maistre, D'entendre le parfait de sa divine voix. Qui ravit estonnez les princes et les rois, Des Parques, te filant, la trop lente fusée Cruelle a ceste grâce à tes jours refusée; Que le regret t'en reste, et croy que le soleil, Ce monde biaisant, ne voit rien de pareil.

Racontez comme en luy la sainte poésie, Rare présent du ciel, franche de frcnaisie, Se maintint pure et nette. 11 n'a voit sur le front Le mal plaisant chagrin, ainsi que ceux qui ont, Solitaires fascheux d'une façon trop rude. Leur sçavoir renfermé dans leur pédante estude ; 11 estûit franc, ouvert, bon libéral et dous. Des muscs le séjour, sa table, ouverte à tous. Chacun jour se bordoit d'une sçavante trope Des plus rares esprits, l'eslite de l'Europe. Entr'eux il paroissoit, comme en la claire nuit La lune au front d'argent entre les astres luit; Tant bien il discouroit, tant des lèvres décloses De sa bouche féconde issoient de belles choses.

Dites comme à la cour des rois il fut chery, Aimé des grands seigneurs, des princes favory, Qu'à la cour ne le print des courtisans le vice, L'ardante ambition, l'exécrable avarice : Riche de sa vertu, mesprisant les grandeurs, Aux autres, non à soy départant les honneux's. 11 posséda son roy : des affaires de France Oncques homme vivant n'eut si grand' connaissance. L'âge l'y conviant, guidé par la raison, Il changea doucement la cour à sa maison, Port de félicité aux autres non commune. Jamais homme n'usa des biens de la fortune Sagement comme luy : ti-anquillité d'esprit, Dont on a tant parlé, dont on a tant cscrit, Que chacun cherche tant, que personne ne treuve, Vray nectar qui rend dieux les mortels qu'il abreuve, Douce paix de noslre ame, à bon droit avois-tu Choisi pour ta demeure une si grain;' vertu !

DE MESSIRE PHILIPPE DESPORTES. oM

Jusqu'au dernier soupir ceste compagne chcro Ne l'abandonne point; avec elle sa niere, La bonne conscience, estoit à son costé.

Ainsi donc se trouva ce grand homme assiste, Sur le point que la mort inexorable et fierc Entra, pour luy oster du beau jour la lumière; 11 ne s'estonne point, ains repeu du saint pain : « 0 jour des autres jours le juge souverain. Tu ne m'as pas surpris' Je sçavois que ma vie De la mort, ce dit-il, seroit bion tost ravie. J'ay mon cours achevé, comme les cieux amis, Roulans dessus nos chefs doucement l'i nt permis. Des ans au pied léger les courses retournées A peine m'ont fouray six dixaines d'années, Pourtant je ne murmure, ains je m'en vay content, riein d'espoir qu'en ses bras le grand Dieu, qui nous tond I.a main poiir nous sauver, recevra ma pauvre ame. Exauce ma prière, ô Dieu que je reclame! Mon ame, ton portrait, j'ay souillé; lave moy, Et, net de toute ordure, en ton ciel me reçoy. » A tant rendit l'esprit, en ce point fut finie D'une si belle mort une si belle vie.

Or, adieu, cher ami! adieu, belle ame! adieu! De ta muse orphelins, nous restons en ce lieu, Veufs de nostre soleil. Nostre am.e desreglée, Servante de son dueil, de sa perte aveuglée, Ke peut sinon gémir ; sus pleurons, car, helas ! Que n'avons-nous perdu par ce cruel trespas? Pleurer est trop commun, commune n'est ma paine, Ne pleurez point mes yeux, ains devenez fontaine. Mais plustost un torrent, qu'en une mer de pleurs, Moy-mesme me noyant, je noyé mes douleurs.

Le desespoir tiroit ces plaintes de ma bouche. En mes larmes desjà à nage estoit ma couche, Quand estonné j'entr'oy un doux coulant parler, Mon oreille flattant, qui me vient consoler. Chez le père Océan la paresseuse Aurore De son vieillard Titon le sein pressoit encore, La nuict faisoit partout régner l'obscurité ; Ma chambre j'apperçoy pleine de grand' clarté; Un horreur me saisit, en fin je me bazarde, Et, d'un œil arresté, plus hardy je regarde D'où vient cette lueur, regardant à trois fois. Plein de gloire, je voy cil que mort je pleurois; Une aube de fin lin plus que la neige blanche, A replis ondoyans, descendans sur la hanche.

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