‹ uvres de Philippe Desportes (volume 4)Chapitre 50 sur 190 · LIVRE I · texte numérisé non relu

LIVRE I

Dans lui cœur amoureux, qu'on n'en voit tout ensemble Aux plus creux des enfers les esprits tourmenter.

Je n'auray jamais fait, si je veux entreprendre De ce bourreau cruel les rigueurs faire entendre, Rigueurs qui chacun jour se font assez sentir : Il est assez connu, -sa rage est manifeste, Mais, helas 1 c'est le pis qu'un chacun le déteste, Et ne peut ou ne veut de luy se garantir.

Or de moy qui le puis, et qui me délibère D'estre franc pour jamais d'une telle misère, Je pren congé d'Amour et de ses feux cuisans : Adieu, Amour, adieu, enfant plein de malice, Adieu l'Oysiveté, ta mère et ta nourrice, Adieu tous ces escrits où j'ay perdu mes ans.

Je pren congé de vous, amoureuses pensées ; Je pren congé de vous, nuicts vainement passées. Discours, propos, sermens, l'un sur l'autre amassez; Et vous, tristes sanglots que ma poitrine excite, Plaintes, pleurs et regrets, je vous donne la fuitte. Bien maiTi que plus tost je ne vous ay laissez.

Bien-hem^euse Raison, royne de mon courage, Pour m'avoir garanty de l'amoureux naufrage, Lorsque j'estoy privé de tout humain secours. Je t'appen en ce lieu ma robe despoûillée, Des tlots de la tempeste encor toute mouillée, Ayant à l'advenir devers toy mon recours.

RYMES TIERCES

Si jamais plus ma liberté j'engage Au faux Amour, jadis roy de mon cœur, Que je languisse en éternel servage.

Si jamais plus son feu brûle mon ame, Que je n'esprouve en aimant que rigueur, Et que mes plem s fassent croistre ma Haine.

Si jamais plus vme beauté mortelle Tient mon esprit en la terre arresté.

Que mon mal serve à la rendre plus belle.

Si jamais plus pour ses yeux je soupire, Que mes soupirs croissent sa cruauté El de mes cris ne se fasse que rire.

Qu'elle soit folle, inconstante et volage. Que j'en enrage, et qu'en me despitant De la laisser je perde le courage.

Que de l'aimer je rougisse de honte, Et toutesfois que je luy sois constant.

Eli luy voyant d'un valet faire conte.

Que toute nuict à son huis je lamente, Et qu'elle soit à se niocquer de moy, Aux bras d'un autre heureusement contente.

Qu'un chaud martel, qu'une aspre jalousie De cent fureurs recompensent ma foy.

Et que tousjours mon ame en soit saisie.

Que mon teint pasle et mon visage blesme, De tant d'ennuis maii^re et défiguré, Me soit horril)le et m'étonne moy-mesme.

Que le soleil à regret me regarde.

Bref, que le ciel, contre moy conjuré, Pour mon salut ma mort mesme retarde.

Mais, si d'Amour la sagette meurtrière Ke me peust plus désormais entamer, 0 justes dieux ! accordez ma prière !

Qu'en peu de jours cet œil, mon adversaire, Flambeau d'amour qui m'a fait consumer, Perde sa flame et sa lumière claire;

Que ses cheveux, dont mon ame fut prise, Laissent son chef, après avoir changé Leur couleur d'or en une couleur grise.

Que de ses mains son miroir elle rompe, Voyant sa face, et que je sois vangé De ce cr^'stal qui maintenant la trompe.

Qu'elle ait regret à sa jeunesse folle. Et qu'elle apprenne, helas! trop chèrement, Que la beauté comme le vent s'envolle.

Lors sans danger, sans douleur et sans crainte, Je me riray d'avoir si longuement A la servir ma liberté contrainte.

Puis je prendray sa vaine repentance Et ses soupirs pour heureux payement De mes douleurs et de son arrogance.

VŒD AD DEDAIN

Puis que par ton secours mon brasier est estaint, Et qu'avec la raison ma volonté je donte, Dédain, maistre d' .Amour, le dieu qui tout surmonte, J'appen ces hameçons devant ton temple saint.

J'appen ces traits brisez dont mon cœur fut attaint, J'appen ces nœuds dorez dont j'ay tant fait de conte, J'appen ces tristes vers, messagers de ma honte J'appen ces pesans fers qui long-tans m'ont étraint.

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