LIVRE I. K
Que je tas malheureux de me laisser reprendre! Non, je devois mourir plustost que de me rendre, La mort m'eust été belle et favorable aussi. Yeu que mesme en vivant je suis mort et transi : Je suis mort pour le bien et je vy pour la paine, D'une vie ennuyeuse, importune, inhumaine. Pleine de desespoirs, longue pour les malheurs, Et courte pour pleurer mes cruelles douleurs.
Las I j'ay fermé les yeux pour ne voir ma misère ! Devois-je pas penser que mon seul adversaire, Mon mortel ennemi justement courroucé, Amour, que ma révolte avoit tant offençé, Ne cesseroit jamais qu'il n'en eust pris vengeance, Et qu'il n'eust chastié ma folle outrecuidance? Je le devois penser, mais je ne l'ay pas fait ; Mon orgueil et mon cœur à ce coup m'ont desfait.
J'estois si téméraire et si plein de jeunesse. Que j'estimois qu'Amour n'auroit la hardiesse De se reprendre à moy, moy qu'un juste dédain Avoit tout fraîchement arraché de sa main I Aussi n'est-ce pas luy, qu'il n'en prenne la gloire. Jamais plus de mon cœur il n'eust eu la victoire ; Je l'eusse bien tousjours contre luy deffendu. C'est à vous seulement que je me suis rendu. Madame ; helas ! c'est vous qui renchainez mon ame ! Vous rafollez mes sens, vous attisez la flame Qui brûle mon esprit, tellement allumé.
Qu'il ne sera long-tans sans estre consumé.
Pourquoy donc ce cruel prend-il si grand* audace? Pourquoy me poursuit-il et me donne la chasse? Pourquoy fait-il le brave, et se rit de me voir Encor une autre fois réduit sous son pouvoir? Ce n'est par son effort : j'avois perdu la crainte De voir jamais par luy ma franchise contrainte.
Et si de ces propos il se trouve offençé, Pour me faire advoûer que je suis insensé, Qu'il gaigne tant sur vous par force ou par prière. Que vous laschiez mon ame en vos yeux prisonnière; Puis qifil se mette aux champs garny d'arc et de traits, Employant les regars plus embellis d'attraits, Pourveu que je sois seur de vos yeux que j'adore, Pour voir s'il pourra bien me captiver encore;
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Aussi durant mon mal ce qui plus me travaille, ' Cest, helasi que j*ay peiu* que le tourment me ûdlle; Car je gouste en souffirant tant de contentement Que je ne crains rien tant que d*estre sans tourment.
On dit qu'un vieux Romain, lorsque Rome et Carthage, De tout cet univers combatoient l'héritage, Pour ne manquer de foy, quittant femme et maison, Et ses enfans pleurans, revint en sa prison, Rien qu'il fust asseuré qu'une mort tres-cruelle Seroit l'injuste prix d'un acte si fidelle. Or* j'en fay tout autant : car, cruel contre moy. Je consens à ma mort pour ne trahir ma foy; Et ce qui plus me plaist, languissant de la sorte, C'est que je suis unique au mal que je supporte. Et ne sçaurois sentir de plus cruel malheur Que si quelque autre amant egalloit ma douleur *.
Je fais un magazin de soucis et de paines. De tristes desespoirs et de morts inhumaines ; J'en garde pour le jour et pour l'obscurité. Ne voulant demeurer sans estre tourmenté. Car si je ne suis propre à vous faire service, Au moins ce m'est honneur que pour vous je languisae. Cest pourquoy de tourmens je suis si désireux, Yeu que sans mes tourmens je serois malheureux; Et le jour que je sens quelque nouvelle attainte, Je révère ce jour comme une feste sainte. Je vous suis donc, madame, obligé grandement. Puis que pour vous aimer j'ay cet heureux tourment.
Or ne m'estimez point estre si téméraire, D'attendi-e en vous sen-ant quelque plus grand salaire. Car puis que mes douleurs je ne vous puis payer, J'aspirerois en vain à plus riche loyer. Je désire, sans plus, que vous soyez contente Que je prenne de vous ce bien qui me tourmente, Que je vive pour vous, que je meure par vous. Et que vos yeux cruels ne me soient jamais doux. Car de mon seul penser je reçoy tant de glqire, Et de ce que j'osay débattre la victoire En la guerre d'Amour, où je perdy le coeur, Qu'estant de vous vaincu, je m'estime vainqueur. Et sens mon amitié trop bien recompensée, Ne souvenant sans plus du vol de ma pensée*
* Dans les premières éditions, le pofita comparait ses peines anooraufles aux supplices des martyrs chrétieDs et sa oonslaaoe à leur ioèbrailable foi. U dévotion lui a &it depuis chaager oalte strapha.