LIVRE II
Favorisez mon charme, et faites que je sçache
Ce que ma belle nymphe en sa poitrine cache,
Et que ce feu sacré le découvre à mes yeux.
Luisez, feux de la nuict, luisez parmy les cieux. Le feu sans vaciller immobile séjourne,
Ny deçà ny delà sa lumière il ne tourne.
Pauvre, helas! que je suis! c'est signe qu'en ton cœur
Tu ne loges encor ny pitié ny rigueur;
La haine ou l'amitié ton courage ne donle»
Et, pour tout, de mon mal tu ne fais point de conte;
Tu me vas dédaignant. Destins injurieux,
Estre du tout hay me plairoit beaucoup mieux 1
Quoy I sera donc ainsi ma Arancliise asservie,
Sans que je sçache, helas ! ny ma mort ny ma vie?
Demourray-je tousjours languissant et confus,
Sans pouvoir m'asseurer d'accord ny de refus?
Quel mal plus déplorable, ô sort que j'importune !
De grâce, hé ! monstre-moy l'une ou l'autre fortune,
Et s'il faut que j'attende ou douceur ou pitié. Le feu s'enfuit d'Amour et suit Tinimitié.
Voilà de mon destin la piteuse nouvelle !
Ma nymphe n'aime rien, elle est toute cruelle.
Les rochers sont plus doux que son cœur endurcy,
Il n'en faut espérer ny pitié ny mercy. Mais pourquoy, misérable, ay-je fait tous ce? charmes? Ne le sçavoy-je pas? tant de ruisseaux de larmes. Tant de flots, de soupii's, tant de mal enduré. Assez auparavant m'en avoient asseuré.
Sourde fille d'un roc, ame fiere et sauvage, J'estimoy que ma peine eust flechy ton courage, Mais je voy mes desseins rompus par la moitié; Le feu s'enfuit d'Amour et suit l'inimitié.
Malheureux fut le point que j'en sa connoissance 1 De là tant de malheurs en moy prindrent naissance; Je mesprisay soudain ce qui m'estoit plus cher, Et tout ce que j'aimoy ne feit que me fascher. Mais que suis-je à présent? ou qu'estoy-je avant l'heure Que le maudit Amour feit en moy sa demeure? J'entrois en la jeunesse, et ma belle saison Gommençoit à pousser une blonde toison ; Tavois la couleur vive, et, tout plein de firanchise, Contant entre les miens, je vivois de ma prise. Ces eaux incessamment red isolent mes chansons, Je nageois, je peschois de cent mille façons. Ores d'un rude poil j'ay la face couverte, A rien fors qu'aux regrets ma bouche n'eat ouverte,
De chacun de mes yeux un ruisseau va coulan D'horreur, de feux, de mort, sans plus je vay Ma ligne et mes filets demeurent sans rien fa Et, pour tout exercice, or' rien ne me peut p Que blasphémer du ciel l'injuste mnuvaistié. Le feu s'enfuit d'Amour et suit l'inimitié.
Or puis que de tout point mes attentes sont DoY-je pas donner cesse à ma vie et mes pain Et du haut de ce roc en la mer m'élancer, Sans d'élernelles morts nuit et jour trespasse: Enhardy-toy, mon cœur; mais je voy la lumic Qui chancelle incertaine et flamboyé en arriei Or' à gauche, or' à droit elle se va jettant. Et court puis çà puis lA d'un rayon inconstani De la haine à l'amour légère elle est portée, Et plus en mesme lieu ne demeure arrestée.
J'entens bien maintenant que veut dire cecy Ma UNTuphe en mesme tans m'aime et me bail Son ame est en balance- Ah! non, c'est un pr< Combien l'amour de femme est soudaine et vol On la voit çà et là diversement errer; Jamais l'homme advisé ne s'en doit asseurer. Comme un caméléon, le cœur de ces cruelles Se change à tous objets, et la plus ferme d*cl Aimeroit beaucoup mieux, pour son contente Vivre avec un seul œil qu'avec un seul amant. Mais où me porte, helas ! l'aixleur qui me dev Je mestly folement d'un sexe que j'adore, Et ne voy le bon-heur qui me suit à son tour Le feu laisse la haine et s'arreste à l'Amour.
La flamme au costé droit s'est du tout i-etii Hé Dieu! revé-je point? Non, c'est chose asseï Son rayon tant aimé sur l'amour s'est jette, Et ne retourne plus sur le gauche costé. Mais pourtant ma pauvre ame est tousjours en to Je crains qu'un vent malin renverse mon atta Et que le sort cruel vei-s moy fasse retour: Le feu laisse la haine et s'arreste à l'Amour.
0 feu saint et fatal, si clair en ma pensée! De grâce, hé! suy tousjours la trace encomme Ke tourne plus ailleurs, et me rens asseuré U'un bien, qui m'est si cher cl si désespéré! C'est pour vray qu'il demeure, et sa lumière ^ Se courbe et se respand sur la branche d'olive Et sans plus maintenant elle esdaire à raitov Le feu laisse U haine et s'arreste à TAmour.