LIVRE II
Seule fin de mes tceux, doux Tent de ma navire, .a claire tramontane, heureux port où j'aspire, Mon sang, mon cœur, mon tout, c'est or' que je promets Entre les mains d'Amour de vous suivre à jamais, De n'adorer que vous, ne songer qu'à vous plaire, Et jamais de vos yeux mes pensers ne distraire. Le cours du tans léger toute chose emportant, Le pouvoir du destin ou du sort inconstant. Les cruautez d'Amour, la longueur d'mie ahsence, Les dédains, la raison, l'oubly. l'impatience. Les jaloux desespoirs, le mespris, la rigueur, M'effaceront jamais vos )}eautez de mon cœur. La mer sera sans eaux, sans poissons et sans voiles, Le soleil sans lumière et la nuict sans estoiles, Les daupliins en volant parmy l'air se paistront, L'hyver en l'Océan les fleurettes naistront, Et l'Afrique aux chaleurs ne sera plus sujette. Quand je me sentiray blessé d'antre sagette. Et que d'autres désirs en moy feront séjour : Le feu laisse la haine et s'arreste à l'Amour.
Mais je voy peu à peu que l'aube qui s'avance Dechasse en s'approchant l'ombrage et le silance, Et cet œil de la nuit, que j'ay tant reclamé, Cède au char d'Apollon de rayons allumé. Afin donc qu'en la nuit mon mistere demeure, Ainsi qu'elle finit je cesse à la mesme heure. Avec cet heureux vers saluant le beau jour : Le feu laisse la haine et s'arreste & l'Amour.
ADYANTDRE PREMIERE
Enfant, l'aise et l'ennuy de la belle Gyprine, Lance un rayon de flarae en ma chaude poitrine Et renforce ma voix, pour chanter dignement Les amours d'Eurylas, sa gloire et son tourment. L'heur de ses compagnons, la fin de leur raartire, Et les beautez d'Olympe, honneur de ton eriipire; Olympe aux yeux vahiqueurs de tout cœur indonté, Qui, gagnant un amant, perdit sa liberté.
Cette jeune déesse aussi fiere que belle, En l'avril gracieux de sa saison nouvelle, Erroit sans passion ainsi qu'il luy plaisoit, Et (bien qu'innûcemment) mille playes fiôsoit*
Car contre ses beautez ne se trouve défiance, Et chacun qui la voit luy porte obéissance. Combien de durs regrets estoient lors entandus, Combien de chauds soupirs et de pleurs espandus Par ces nouveaux blessez, pour fléchir son courage! Tandis qu'elle se rit de les voir en servage. Franche et libre d'amour, qui ne pouvoit penser Que cette liberté la deust jauiais laisser. La jeune Fleurdelys, chère part de son ame, Plus sçavante aux eflets de l'amoureuse flame, De sa folle rigueur souvent la reprenoit, Et pour la convertir ces propos luy tenoit :
Que faites- vous, mon cœur? quelle erreur vous transporte De fermer aux amours de vos pensers la porte? Quel plaisir avez-vous, vivant tousjours ainsi? Amour rend de nos jours le malheur adoucy ; U nous eleve au ciel, il chasse nos tristesses. Et au lieu de senrir nous fait estre maistresses. L'air, la terre et les eaux révèrent son pouvoir, 11 fait comme il luy plaist les estoilles mouvoir; Tout le reconnoist dieu. Que pensez-vous donc faire. D'irriter contre vous un si fort adversaire? Par luy vostre jeunesse en honneur fleurira; Sans luy cette beauté rien ne vous servira, Non plus que le tliresor qu'un usurier enserre, Ou qu'un beau diamant caché dessous la terre. On ne doit sans amour une dame estimer. Car nous naissons icy seulement pour aimer.
Mais qu'est-il rien plus doux que de se voir servie D*un qui nous prise plus que ses yeux, ny sa vie? Entendre ses pensers, luy dire nos désirs, Partir également le dueil et les plaisirs, Les courroux gracieux, l'espérance et la crainte. Lire sa passion sur son visage painte.
Le voir perdre en soy-mesrae, en nous se retrouver, Et les douceurs du ciel en la terre esprouver, Sans tromper folement nostre belle jeunesse, Qui las 1 sans y penser comme un songe nous laisse.
De semblables propos mille fois recitez, Mais par les vents légers sans efi'et emportez, Fleurdelys s'efforçoil d'adoucir la ciiielle. Fondant le dur glaçon qui sa poitrine gelle ; Mais c'est battre le vent et sur l'onde semer. Ce cœur encor trop verd ne se peut enflanfier. U faut qu'un jeune amant en fasse la vengeanoe. Et qu'en la surmontant il perde sa puissance*