‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 149 sur 259 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

Dc^à le haut renom et les faits glorieux 'U vaillant Eurylas s'espandoient en tous lieux, }ui, n'attaignant encore à la vingtième année, )'une ame ardante et vive, à la gloire adonnée, Uoit victorieux en cent lieux combatu, Soustenu mille assauts d'un cœur non abatu, Et par ses faits guerriers, suivis de mille paines, Eflfacé le renom des plas grands capitaines. Il sembloit à le voir d'un fleury renouveau; 11 eut la taille belle et le visage beau. Son teint estoit de lys et de roses pourprettes, Et ses yeux rigoureux dardoient mille sagettes. On le prend pour Amour, et d'Amour toutefois, Pour suivre le dieu Mars, il mesprise les loix. Mainte dame en son cœur ardamment le désire. Perd son premier repos, après ses yeux soupire, L'adore comme un dieu, révère sa grandeur. Et se sent dévorer d'une secrette ardeur; Mais elle sent, helas ! que vaine est son attente. Car il n'esprouve point le mal qui la tourmente, Ains fuit libre d'amour, d'un cœur léger et pront, Plus soudain qu'un torrent ne s*escoule d'un mont.

0 grand vainqueur des dieux, qui me tiens prisonnière (Disoit tout bas quelqu*une) entens à ma prière 1 Que fais-tu de ton arc? est-il en vain tendu? Si tu retardes plus, ton empire est perdu. Vois-tu pas ce Hautain qui mesprise ta gloire, Remportant de nos cœurs une pauvre victoire? S'en ira-t-il ainsi? nous veux-tu point vanger? Sauve au moins ta couronne au fort de ce danger. Et des plus poignana tR|lt8, dont les dieux tu surmonte. Traverse un jeune cœur qui de toy ne fait conte.

Amour qui ces propos, tout colère, entendit, Soudain pour y pourvoir du tiers-ciel descendit :

Quoy ! ne suis- je plus dieu? ma flamme est-elle estainte? Mon carquois, disoit-il, ne fait donc plus de crainte? Ose quelqu'un encor mes forces despiter. Apres que j'ay vaincu le tonant Jupiter? Mars tremble sous ma loy, prisonnier de ma mère, Et un jeune guerrier est bien si téméraire. Pour je ne sçay quels faits dont il est renommé, De tenir contre moy, qui l'avoy tant aimé. Si je le pren.... mais non, sa jeunesse peu caute Veut que, sans ma vanger, j'excuse cette (hute. Je veux pour cette fois doucement le punir, Mon empire se doit par douceur maint^r.

Car contre ses beaulez ne se trouve défiance, Et chacun qui la voit luy porte obéissance. Combien de durs regrets estoient lors entandus, Combien de chauds soupirs et de pleurs espandus Par ces nouveaux blessez, pour fléchir son courage! Tandis qu'elle se rit de les voir en servage, Franche et libre d'amour, qui ne pouvoit penser Que cette liberté la deust jauiais laisser. La jeune Fleurdelys, chère part de son ame. Plus s^avante aux effets de l'amoureuse flame, De sa folle rigueur souvent la reprenoit, El pour la convertir ces propos luy tenoit :

Que faites-vous, mon cœur? quelle erreur vous transporte De fermer aux amours de vos pensers la porte? Quel plaisir avez-vous, vivant tousjours ainsi? Amour rend de nos jours le malheur adoucy ; Il nous eleve au ciel, il chasse nos tristesses. Et au lieu de servir nous fait eslre raaistresses. L'air, la terre et les eaux révèrent son pouvoir, Il fait comme il luy plaist les estoilles mouvoir; Tout le reconnoist dieu. Que pensez-vous donc faire. D'irriter contre vous un si fort adversaire? Par luy vostre jeunesse en honneur fleurira; Sans luy cette beauté rien ne vous servira. Non plus que le tlu*esor qu'un usurier enserre, Ou qu'un beau diamant caché dessous la terre. On ne doit sans amour une dame estimer. Car nous naissons icy seulement pour aimer.

Mais qu'est-il rien plus doux que de se voir servie D'un qui nous prise plus que ses yeux, ny sa vie? Entendre ses pensers, luy dire nos désirs. Partir également le dueil et les plaisirs, Les courroux gracieux, l'espérance et la crainte. Lire sa passion sur son visage painte.

Le voir perdre en soy-mesme, en nous se retrouver, Et les douceurs du ciel en la terre esprouver, Sans tromper folement nostre belle jeunesse, Qui las ! sans y penser comme un songe nous laisse.

De semblables propos mille fois recitez. Mais par les vents légers sans effet emportez, Fleurdelys s'efforçoit d'adoucir la cmelle. Fondant le dur glaçon qui sa poitrine gelle ; Mais c'est battre le vent et sur l'onde semer. Ce cœur encor trop verd ne se peut enflamer. U faut qu'un jeune amant en fasse la vengeance. Et qu'en la surmontant il perde sa puissance.

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