‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 164 sur 259 · POUR LE PREMIER JOUR DE L'AN · texte numérisé non relu

POUR LE PREMIER JOUR DE L'AN

L'an, comme il a cessé, rentre au mesm« Toyage, Pei-durable en travaux par sa fin renaissant; Ues désirs comme luy ne vont point finissant. Et son cours violant ne leur peut faire outrage.

L'an finy toute fin à mes maux puisse mettre ! L'an nouveau de mon heur soit le commencemant! Je croy qu'il adviendra, si le cœur d'un amant l'nr zèle et par ardeur du bien se peut promettre.

Car tout ce que l'amour peut allumer de flame, Tout ce que les destins en sçaurolent amasser. Tout ce qu'en entretient l'espoir et le i Tout autant j'en recelé et conserve en i

DIVERSES A.MOURS. 37:>

L'an desjà quatre fois a fourny sa carrière, Depuis que le beau jour de vos yeux m'esclaira; « Mais qu'il se renouvelle autant qu'il luy plaira, Je continueray ferme en ma course première.

Il est vray qu'en quatre ans, excusez mon offancc-, Ainsi que des saisons les jours sont inconstans, J'avoue avoir senty maint changement de tans; Mais la force d'Amour causoit cette inconstance.

Bien souvent dans l'esprit j'ay serré maint oragp, J'ay clos en mesme lieu la glace et la chaleur, J'ay voulu me tuer pour vous causer douleur, Si fort la jalousie a troublé mon courage !

Quels tonnerres d'esté furent jamais semblables? Combien dedans*le cœur ay-je senty d'hyvers? Quel printans. quel automne, en changemens divers Peurent onc égaler mes pensers variables?

Je me suis efforcé cent fois de vous desplaire, J'ay fait mille desseins de plus ne vous aimer, Mais sans trop de rigueur on ne m'en peut blasmer; Estre sage en aimant. Dieu ne le sçauroit fkire.

Amour, par tels discords, entrelient sa puissance; La longue paix le matte et le rend surmonté; L'amant comme la mer soit tousjours agité. Puis que la Cyprienne aux flots print sa naissance.

Toutesfois je connoy qu'en ma rage insensée Le transport aveuglé bien souvent m'a deceu; Je connoy que le faux pour le vray j'ay rcceu. Et déteste en pleurant mon offense passée.

Pardonnez-moy, déesse, et, perdant la mémoire De ces longues erreurs, n'y pensez nullement ; Et pour le tans suivant songeons tant seulement A combler nostre amour d'heur, de joye et de gloire.

Rendons-la si parfaite, et si claire et si belle. Qu'elle serve d'exemple aux siècles à venir; Et que l'eflFort des ans, au lieu de la finir, Fasse que sa mémoire ù jamais soit nouvelle.

STANCES

Quel secours faut-il plus que j'attende à ma paint», Si ce n'est par la mort, qui m'est toute certaine ? Puisque mes longs soupirs, ma foy, mon amitié, Le brasier de mon cœur, l'effroy de mon visage, Ne peuvent esmouvoir vostre obstiné courage, A se laisser toucher d'un seul trait de pitié?

Tantale auprès de moy bien-heureux se peut dire !

Son travail est petit : tout le bien qu'il désire, C'est d'avoir quelque pomme et sa soif estanclier; Où iiioy je brûle, helas ! et mourant je pourchasse L'n l)ien pour mon secours, qui tout autre surpasse, Slais qui croist le désir d'autant qu'il est plus cher.

0 que le feu d'Amour est d'estrange nature ! Mon cœui' sans défaillir luy sert de nourriture, Je n'ay sang ny poulmon qui n'en soit consommes Mais, différant en tout de la commune flame, Encor que je vous touche, il n'esmeut point vostre ame, Et rien qui soit en vous n'en peut estre allumé.

Je te dcspite. Amour, et maudy ton empire ! Que me sert qu'en mon cœur tous tes traits je retire? Que me sort que le ciel m'ait à toy destiné? Que me sert que jamais de moy tu ne t'envoie, Si, tout remply de toy, je pers tans et parole Et ne puis amollir un courage obstiné?

Non, je n'auray jamais en vos yeux de fiance. Leurs regards sont trompeurs : par leur douce influancr* Et par des traits piteux ils me font espérer; Je vous pense vaincue et que mon mal vous touche. Mais, voulant l'essayer, un mot de vostre bouche. Ou voslrc blanche main me contraint retirer.

Belle et cruelle main, que vous m'estes mauvaise Je vous lave de pleurs, tout ravy je vous baise, Je sacre à vostre honneur mille vers amoureux. Pu feu de mes soupirs j*cschauffe votre glace. Mais, rebelle tousjours, vous m'empeschez la place. Dont le trop de désir me rend si langoureux.

11 faut faire autrement, puis que rien je n'avance Par tant de vains respects. Usons de violance; Si la douceur n'y sert,*gaignons là par assaut. Je le veux, mais en vain; toute lasche et pesante, Ma vigueur s'affoiblist, mon ame est languissante, Et par trop de désir la puissance me faut.

Seul but de mes désirs, ma céleste déesse, Helas ! voyez-vous point la fureur qui me presse? J'aspire à l'impossible et fuy ce que je puis ; l'n chaos amoureux dans mon ame s'assemble. Joye et dueil, mal et bien; j'ose et brûlant je tremble, Je ne sçay que je fay, je ne sçay que je suis.

Fut-il jamais tyran si cruel que ma dame? Par mille doux baisers elle attise ma flamme, Et se plaist de me voir peu à peu desseicher. Parmy ces privautez je î'esprouve inhumaine, Car la cruelle, helas! me laisse A la fontaine,

DIVERSES AHOURS. Zlïj

Sans souffrir que je boive et que j'ose y toucher.

Que dira-t-on de moy, si l'on sçait ma simplesse? Desporles tout un jour a tenu sa maislresse A part, sans compagnie, avec elle enfermé, Raisant ses beaux cheveux, ses yeux et son visage, Et n'osa, le couard, hazarder davantage : Dites lïu'un tel amant est digne d*estre aimé !

Quand du doux fruit d'Amour je me rens poursuivant, Le seul digne loyer de ma persévérance, Vous pensez m'arrester, opposant pour deffanse Je ne sçay quel honneur, qui est moins que du vaut

Moy, je mets simplement le plaisir en avant, Et l'heureux paradis de ceste jouyssance. Qui vous deust decharmer de la feinte apparance De ces ombres d'honneur, qui vous vont décevant.

Mais parlons librement, et me dites, madame, Sentez-vous de l'honneur quelque perfection. Qui plaise au goust, au cœur, à l'esprit ou A l'ame?

C'est une vieille erreur, qui aux femmes se treuvo ; Car tout ce bel honneur gist en l'opinion. Et le plaisir consista en chose qui s'espreuve.

0 soupirs bien-aimez, que ma douce rebelle Tire de ce beau sein, mon superbe vainqueur I Dites-moy, s'il vous plaist, nouvelles de mon cœur. Comme il vit en prison, ce qu'il fait avec elle?

— Le cœur qui fut à toy, reconnu pour fideile, N'est plus troublé d'ennuis, de peine ou de rigueur; La beauté que tu sers a guary sa langueur. L'aime, le favorise et sien mesme l'appelle.

— Est-il vray, chers soupirs? — Rien n'est plus assuié. — Mais sera-t-il long-tans en ce lieu bien-heure? Faut-il point redouter que sa dame l'en chasse?

C<ependant que je parle et qu'ils sont emportez. Amour jure ses traits, ma flamme, vos beautez. Que jamais plus mon cœur ne changera de place.

, Que me sert d'aimer tant et que l'on m'aime aussi, Puisqu'à nos volontez toute chose est contraire?

Son travail est petit : tout le bien qu'il désire, CVst d'avoir quelque pomme et sa soif estancher; Où moy je brûle, helas 1 et mourant je pourchasse Un bien pour mon secours, qui tout autre surpasse, Mais qui croist le désir d'autant qu'il est plus cher.

0 que le feu d'Amour est d'estrange nature ! Mon cœui' sans défaillir luy sert de nourriture. Je n'ay sanp ny poulmon qui n'en soit consommé; Mais, différant en tout de la commune flame, Encor que je vous touche, il n'esmeut point voslre ame, Et rien qui soit en vous n'en peut estre allumé.

Je te despite, Amour, et maudy ton empire ! Que me sert qu'en mon cœur tous tes traits je retire? Que me sert que le ciel m'ait à toy destiné? Que me sert que jamais de moy tu ne t'envoie, Si, tout rcmply de toy, je pers tans et parole Et ne puis amollir un courage obstiné?

Non, je n'auray jamais en vos yeux de fiance. Leurs regards sont trompeurs : par leur douce influancr* Et par des traits piteux ils me font espérer; Je vous pense vaincue et que mon mal vous touche. Mais, voulant l'essayer, un mot de vostre bouche. Ou vostre blanclie main me contraint retirer.

Belle et cruelle main, que vous m'estes mauvaii^ Je vous lave de pleurs, tout ravy je vous baise. Je sacre à vostre honneur mille vers amoureux. Pu feu de mes soupirs j*eschauffe votre glace. Mais, rebelle tousjours, vous m'empeschez la place. Dont le trop de désir me rend si langoureux.

Il faut faire autrement, puis que rien je n'avance Par tant de vains respects. Usons de violance; Si la douceur n'y sert,'gaignons là par assaut. Je le veux, mais en vain; toute laschc et pesante. Ma vigueur s'affoiblist, mon ame est languissante. Et par trop de désir la puissance me faut.

Seul but de mes désirs, ma céleste déesse, Helas ! voyei-vous point la fureur qui me presse? J'aspire à l'impossible et (iiy ce que je puis ; l-n chaos amoureux dans mon ame s'assemble, Joye et dueil, mal et bien; j'ose et brûlant je tremble, Je ne sçay que je fay, je ne sçay que je suis.

Fut-il jamais tyran si cruel que ma dame? Par mille doux baisers elle attise ma flamme, Et se plaist de me voir peu à peu desseicher. Pariny ces privautés je l'esprouve inhumaine, Car la cruelle, helas 1 me laisse A la fontaine,

Sans souffrir que je boive et que j'ose y toucher.

Que dira-t-on de moy. si l'on itçait ma simplesse? Desportes tout un jour a tenu sa maistresse A part, sans compagnie, avec elle enfermé, Raisant ses beaux cheveux, ses yeux et son visage, Et n'osa, le couard, bazarder davantage : Dites lïu'un tel amant est digne d*estre aimé !

Quand du doux fruit d'.Amour je me rens poursuivant, Le seul digne loyer de ma persévérance. Vous pensez m'arrester, opposant pour deffanse Je ne sçay quel honneur, qui est moins que du vaut

Moy, je mets simplement le plaisir en avant. Et l'heureux paradis de ceste jouyssance. Qui vous deust decharmer de la feinte apparance De ces ombres d'honneur, qui vous vont décevant.

Mais parlons librement, et me dites, madame, Sentez-vous de l'honneur quelque perfection, Qui plaise au gousl, au cœur, à l'espiit ou A l'ame?

C'est une vieille erreur, qui aux femmes se treuve ; Car tout ce bel honneur gist en l'opinion. Et le plaisir consista en chose qui s'espreuve.

0 soupirs bien-aimez, que ma douce rebelle Tire de ce beau sein, mon superbe vainqueur I Dites-moy, s'il vous plaist, nouvelles de mon cœur, Comme il vit en prison, ce qu'il fait avec elle?

— Le cœur qui fut à toy, reconnu pour fidelle, M'est plus troublé d'ennuis, de peine ou de rigueur; La beauté que tu sers a guary sa langueur. L'aime, le favorise et sien mesme l'appelle.

— Est-il vray, chers soupirs? — Rien n'est plus assuié. — Mais sera-t-il long-tans en ce lieu bien-heure? Faut-il point redouter que sa dame l'en chasse?

C<ependant que je parle et qu'ils sont emportez. Amour jure ses traits, ma flamme, vos beautez. Que jamais plus mon cœur ne changera de place.

, Que me sert d'aimer tant et que l'on m'aime aussi, Puisqu'à nos volontez toute chose est contraire?

H le faut dire, Amour, tu n'es rien que misère, Travail, perte de tan», fureur, trouble et soucy.

Maintenant sans profit on implore mercy, D'une dame cruelle esclave et tributaire ; L'absence une autre fois fait qu'on se désespère. Ou la peur d'un rival nous rend le cœur transy.

Les grâces que tu fais pour couvrir ta coustume. C'est sous un peu de miel cent tonneaux d'amertume. Et pour un pront esclair un long aveuglement.

Ha! maudit soit le jour, qui premier me veit naistrc ^^ous im si noir deslin, qu'helas il me faut estre D'un enfant sans pitié le triste esbatement I

Ylll

Deux que le trait d'Amour touche bien Wvement, N'ont rien qu'un seul penser, qu'un désir, qu'une flame : (jR n'est dedans deux corps qu'un esprit et qu'une ame, Et leur souverain bien gist en eux seulement

Ils ont en mesme tans mesme contentement, Hesme ennuy d'un seul coup leurs poitrines entame, Bref leur vie et leur mort pend d'une seule trame, Et comme un simple corps ils n'ont qu'un mouvement.

Cet Amour qui, si rare, en la terre se treuve, ?îe fait qu'un de nos cœurs : les eCTets en font preuve ; Nous n'avons qu'un vouloir, qu'une ardeur, qu'un désir.

Qui nous peut honorer d'assez digne louange? L'esprit qui se divise et qui se plaist au change N'est point touché d'amour, mais d'un sale plaisir.

Mon cœur, qui jusqu'icy t'es si bien maintenu, Des fortunes d'Amour très loyal secrétaire, Sans que la langue pronte, ou l'œil trop volontaire Ait onc rien découvert qui te soit advenu.

Si jamais un secret fut par toy retenu Uien serré sous la clef, c'est or* qu'il le faut faire, Carlinnl mesme aux pensers le céleste mystère. Par qui d'homme mortel dieu je suis devenu.

0 s'il m'es toit permis de raconter mon aise. Quel roc plein de glaçons ne deviendroit fournaise? Quel cœur aux traits d'Amour ne se lairroit ouvert ?

Quel amant tout ra\7 ne beniroit ma vie? Quel dieu du plus haut ciel sur moy n'auroit envie? Nais, ah ! c'est trop, mon cœur, tu sera» deooavert.

C'estoit un jour d'esté de rayons éclaircy, J'en ay tous^iours au cœur la souvenance emprainte, Quand le ciel nous lia d'une si ferme estrainte Que la mort ne sçauroit nous séparer d'ainsy.

L'an estoit dans sa force et nostre amour aussi, Nous faisions l'un à l'autre une aimable complainte; J'estoy jaloux de vous, de moy vous aviez crainte, Mais rien qu'affection ne causoit ce soucy,

Amours, qui voletiez à l'entour de nos flames, Comme gays papillons, où sont deux autres âmes Qui redoutent si peu les efforts envieux ?

Où la foy soit si ferme? où tant d'amour s'assemble? N'ayans qu'un seul vouloir, tousjours d'accord ensemble, Fors qu'ils se font la guerre à qui s'aimera mieux?

Je n'ay plus dans le cœur que la branche estimée Qu'Amour de la main droite y sçeut si bien planter; Autre fleur ne pourroit mon désir contanter. Autre graine en mes vers ne doit eslre semée.

J'espère avec le tans que sa belle ramée Pourra par mes- escrits jusqu'aux astres monter, Et que les Florentins cesseront de vanter La desdaigneuse nymphe en laurier transformée.

Ma foy vive tousjours pour racine elle aura. L'eau sortant de mes yeux d'humeur luy servira, Mon amour de chaleur, mon espoir de feuillage.

Puissé-je en ses rameaux mes bras entrelasser, El sur l'arbre estendu mon travail délasser. Ou prendre un peu de frais sous un si bel ombrage I

Je ne veux plus penser que la fureur de Mars, Ardamment allumée au milieu de la France, Ait pouvoir désormais de me faire nuisance. Bien que je m'advanture au plus fort des bazars.

Car si j'ay soustenu l'assaut de vos regars Plains de feux, plains de traits poussez de violence, Hardy, je ne craindray qu'autre chose m'offence, Et ne douteray point les plus braves soldars.

Les balles que vos yeux ont tiré dans pion an)e

S7i DIVERSES AMOURS.

Son travail est petit : tout le bien qu'il désire, C'est d'avoir quelque pomme et sa soif estancher; Où moy je brûle, helas I et mourant je pourchasse Un bien pour mon secours, qui tout autre surpasse. Mais qui croist le désir d'autant qu'il est plus cher.

0 que le feu d'Amour est d'estrange nature ! Mon cœm* sans défaillir luy sert de nourriture. Je n'ay sang ny poulmon qui n'en soit c-onsommCs Mais, différant en tout de la commune flame, Encor que je vous touche, il n'esmeut point vostre ame, Et rien qui soit en vous n'en peut estre allumé.

Je te despite, Amour, et maudy ton empire ! Que me sert qu'en mon cœur tous tes traits je retire? Que me sort que le ciel m'ait à toy destiné? Que me sert que jamais de moy tu ne t'envoie. Si, tout remply de toy, je pers tans et parole Et ne puis amollir un courage obstiné?

Non, je n'auray jamais en vos yeux de fiance. Leurs regards sont trompeurs : parleur douce influancf Et par des traits piteux ils me font espérer; Je vous pense vaincue et que mon mal vous touche, Maifs, voulant l'essayer, un mot de vostre bouche. Ou vostre blanclie main me contraint retirer.

Belle et cruelle main, que vous m'estes mauvaise Je vous lave de pleurs, tout ra^-y je vous baise, Je sacre à vostre honneur mille vers amoureux. Pu feu de mes soupirs j'eschauffe votre glace. Mais, rebelle tousjours, vous m'empeschez la place. Dont le trop de désir me rend si langoureux.

Il faut faire autrement, puis que rien je n'avance Par tant de vains respects. Usons de violance; Si la douceur n'y sert,'gaignons là par assaut. Je le veux, mais en vain; toute laschc et pesante. Ma vigueur s'affoiblist, mon ame est languissante, Et par trop de désir la puissance me faut.

Seul but de mes désirs, ma céleste déesse, Helas ! voyez-vous point la fureur qui me presse? J'aspire à l'impossible et fuy ce que je puis ; l'n chaos amoureux dans mon ame s'assemble, Joye et dueil, mal et bien; j'ose et brûlant je tremble, Je ne sçay que je fay, je ne sçay que je suis.

Kul-il jamais tyran si cruel que ma dame? Par mille doux baisers elle attise ma flamme, Et se plaist de me voir peu à peu desseicher. Parmy ces privautez je l'esprouve inhumaine, Car la cruelle, helas 1 me laisse A la fontaine,

DIVERSES AHOURS. 37îi

Sans souifrii' que je boive et que j'ose y toucher.

Que dira-t-on de moy, si l'on açait ma simplesse? Desportes tout un jour a tenu sa maistresse A part, sans compagnie, avec elle enfermé, Raisant ses beaux cheveux, ses yeux et son visage, Et n'osa, le couard, hazarder davantage : Dites lïu'un tel amant est digne d*estre aimé!

Quand du doux fruit d'Amour je me rens poursuivant, Le seul digne loyer de ma persévérance, Vous pensez m'arrester, opposant pour deffanse Je ne sçay quel honneur, qui est moins que du vaut

Moy, je mets simplement le plaisir en avant, Et l'heureux paradis de ceste jouyssance, Qui vous deust decharmer de la feinte apparance De ces ombres d'honneur, qui vous vont décevant.

Mais parlons librement, et me dites, madame, Sentez-vous de l'honneur quelque perfection, Qui plaise au goust, au cœur, à l'esprit ou A l'ame?

C'est une vieille erreur, qui aux femmes se treuve; Car tout ce bel honneur gist en l'opinion, Et le plaisir consiste, en chose qui s'espreuve.

0 soupirs bicn-aimez, que ma douce rebelle Tire de ce beau sein, mon superbe vainqueur! Dites-moy, s'il vous plaist, nouvelles de mon cœur, Comme il vit en prison, ce qu'il fait avec elle?

— Le cœur qui fut à toy, reconnu pour fidelle, M'est plus troublé d'ennuis, de peine ou de rigueur; La beauté que tu sers a guary sa langueur. L'aime, le favorise et sien mesme l'appelle.

— Est-il vray, chers soupirs? — Rien n'est plus assuié. — Mais sera- t-il long-tans en ce lieu bien-heure? Faut- il point redouter que sa dame l'en chasse?

r<ependant que je parle et qu'ils sont emportez. Amour jure ses traits, ma flamme, vos beautez, Que jamais plus mon cœur ne changera de place.

, Que me sert d'aimer tant et que l'on m'aime aussi, Puisqu'à nos volontez toute chose est contraire?

H le faut dire. Amour, tu u'es rien que misère, Travail, perte de tan», fureur, trouble et soucy.

Maintenant sans profit on implore mercy. D'une dame cruelle esclave et tributaire ; L'absence une autre fois fait qu'on se désespère, Ou la peur d'un rival nous rend le cœur transy.

Les grâces que tu fais pour couvrir ta cousturoe, Cest sous un peu de miel cent tonneaux d'amertume. Et pour un pront esclair un long aveuglement.

Ha ! maudit soit le jour, qui premier me veit naislre Sous im si noir deslin, qu'helas il me faut estre D'un enfant sans pitié le triste esbatement I

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Deux que le trait d'Amour louche bien \ivement, N'*ont rien qu'un seul penser, qu'un désir, qu'une flame : Ce n'est dedans deux corps qu'un esprit et qu'une ame. Et leur souverain bien gist en eux seulement

Ils ont en mesme tans mesme contentement, Hesme ennuy d'un seul coup leurs poitrines entame, Bref leur vie et leur mort pend d'une seule trame, Et comme un simple corps ils n'ont qu'un mouvement.

Cet Amour qui, si rare, en la terre se treuve. Ne fait qu'un de nos cœurs : les effets en font preuve ; Nous n'avons qu'un vouloir, qu'une ardeur, qu'im désir.

Qui nous peut honorer d'assez digne louange? L'esprit qui se divise et qui se plaist au change N'est point touché d'amour, mais d'un sale plaisir.

Mon cœur, qui jusqu'icy t'es si bien maintenu, Des fortunes d'Amour très loyal secrétaire. Sans que la langue prontc, ou l'œil trop volontaire Ait onc rien découvert qui te soit advenu.

Si jamais un secret fut par toy rolrnu Bien serré sous la clef, c'est or* qu'il le faut faire. Cachant mesme aux pensers le céleste mystère, Pai- qui d'homme mortel dieu je suis devenu.

0 s'il m'estoit permis de raconter mon aise. Quel ro<' plein de glaçons ne deviendroit fournaise? Quel cœur aux traits d'Amour ne se lairroit ouvert ?

Quel amant tout ra\7 ne beniroit ma vie? Quel dieu du plus haut ciel sur moy n'auroit envie? Nais, ah l c'est trop, mon cœur, tu seras découvert.

DIVERSES ÂHOURS. 377

C'estoit un jour d'esté de rayons éclaircy, J'en ay tousjours au cœur la souvenance eraprainte, Quand le ciel nous lia d'une si ferme estrainte Que la mort ne sçauroit nous séparer d'ainsy.

L'an estoit dans sa force et nostre amour aussi, Nous faisions l'un à l'autre une aimable complainte; J'estoy jaloux de vous, de moy vous aviez crainte, Mais rien qu'affection ne causoit ce soucy.

Amours, qui voletiez à l'entour de nos fiâmes. Comme gays papillons, où sont deux autres âmes Qui redoutent si peu les efforts envieux ?

Où la foy soit si ferme? où tant d'amour s'assemble? N'ayans qu'un seul vouloir, tousjours d'accord ensemble, Fors qu'ils se font la guerre à qui s'aimera mieux?

Je n'ay plus dans le cœur que la branche estimée Qu'Amonr de la main droite y sçeut si bien planter; Autre fleur ne pourroit mon désir contanter. Autre graine en mes vers ne doit estre semée.

J'espère avec le tans que sa belle ramée Pourra par mesescrits jusqu'aux astres monter. Et que les Florentins cesseront de vanter La desdaigneuse nymphe en laurier transformée.

Ma foy vive tousjours pour racine elle aura, I/eau sortant de mes yeux d'humeur luy servira, Mon amour de chaleur, mon espoir de feuillage.

Puissé-je en ses rameaux mes bras entrelasser, Et sur l'arbre estcndu mon travail délasser, Ou prendre un peu de frais sous un si bel ombrage 1

Je ne veux plus penser que la fureur de Mars, Ardamment allumée au milieu de la France, Ait pouvoir désormais de me faire nuisance, Bien que je m'advanture au plus fort des bazars.

Car si j'ay soustenu l'assaut de vos regars Plains de feux, plains de traits poussez de violence, Hardy, je ne craindray qu'autre chose m'offence, Et ne douteray point les plus braves soldars.

Les balles que vos yeux ont tiré dans inop ame

r)78 DIVERSES AMOURS.

Ont comblé mon esprit de martyre et de flame; Mais vous m'avez blessé par un si doux effort,

Que, s'ils font de tels coups en l'armée ennemie, Huguenots, tuez-moy, je vous donne ma vie; Je ne sçauroy mourir d'une plus belle mort.

Non, non, n'estimez point, pour m'eslre ainsi rebrlle, Et pour favoriser un autre plus que moy, D'esbranler par ces flots le rocher de ma foy ; Car je demeureray tousjours ferme et fldelle.

Je confesseray bien que l'angoisse mortelle Quelqiiesfois me transporte et me rend hors de moy, Mais je reprens courage alors que je vous voy. Et me plaist d'endurer pour maistresse si belle.

Payez ma fermeté d'autant de cruautez Que j'adore en vos yeux d'admirables beautez, Je ne plaindray ma vie en si triste advanture.

Seulement je me plains et suis tout embrasé. Quand je connoy qu'un autre est plus favorisé, Et que la parenté vous sert de couverture..

Si l'amour dés l'enfance entre nous commencée Devoit finir par elle au tans moins espéré. Sans beaucoup l'accuser j'eusse tout enduré, Pourveu que d'un beau trait elle se fust blessée.

Mais ce qui plus au vif poingt mon ame offensée, Cest qu'un clair jugement se soit tant esgaré, Quand j'estimoy son cœur m'estre un roc asscuré, Et qu'elle me feignoit le dieu de sa pensée.

Ces propos m'ont trahy, sa douleur m'a pippé : 0 que je suis heureux de m'en voir échappé Et que sa Action m'ait esté découverte 1

N'y pensons plus, mon cœur, quittons-la pour jamais; Elle y aura regret, esprouvant désormais Que le gain qu'elle a fait a'est pas tel que sa perte.

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