‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 166 sur 259 · CONTRE UNE NCIGT TROP CLAIRE · texte numérisé non relu

CONTRE UNE NCIGT TROP CLAIRE

0 Nuict ! jalouse Nuict, contre moy conjurée, Qui renfTammes le ciel de nouvelle clarté, T'ay-je donc aujourd'huy tant de fois désirée,

Pour estre si contraire à ma félicité ?

Pauvre moy ! je pensoy qu'à ta brune rencontre Les cieux d'un noir bandeau deussent estre voilez ; Mais, comme un jour d'esté, claire tu fais ta monstre, Semant parmy le ciel mille feux estoilez.

Et toy, sœur d'Apollon, vagabonde courriere, Qui pour me découvrir flambes sixlairement, Allumes-tu la nuict d'aussi grande lumière, Quand sans bruit tu descens pour baiser ton amant?

Uelas ! s'il t'en souvient, amoureuse déesse, El si quelque douceur se cueille en le baisant, Maintenant que je sors pour baiser ma maistresse, Que l'argent de ton front ne soit pas si luisant.

Ah ! la fable a menty, les amoureuses flammes IS'échaufferent jamais ta froide humidité ; Mais Pan, qui te conneutdu naturel des femmes, T'offrant une toison, vainquit ta chasteté.

Si tu avois aimé, comme on nous fait entendre, Les beaux yeux d'un berger, de long sommeil touchez, Durant tes chauds désirs tu aurois peu apprendre Que les larcins d'amour veulent estre cachez.

Mais flamboyé à ton gré, que ta corne argentée Fasse de plus en plus ses rais estinceler : Tu as beau découvrir, ta lumière empruntée Mes amoureux secrets ne pourra déceler.

Que de fâcheuses gens, mon Dieu ! quelle coustume De demeurer si tard dans la rué à causer ! Ostez-vous du serein, o'aignez-vous point le rheume? La nuict s'en va passée, allez vous reposer.

Je vay, je vien, je fuy, j'escoute et me promeine, Tournant toujours mes yeux vers le lieu désiré; Mais je n'avance rien, toute la rue est pleine De jaloux importuns, dont je suis esclairé>

Je voudrois estre roy pour faire une ordonnance Que chacun deust la nuict au logis se tenir ; Sans plus les amoureux auroient toute licence: Si quelque autre failloit, je le feroy punir. •

0 somme ! ô doux repos des travaux ordinaires. Charmant par ta douceur les pensera ennemis. Charme ces yeux d'Argus, qui me sont si contraires Et retardent mon bien, faute d'estre endormis.

Mais je perds, malheureux, le tans et la parole, Le somme est assommé d'un dormir ocieux ; Puis, durant mes regrets, la nuit pronte s'envole, Et Taurore desjà veut defermer les cieux.

Je m'en vay pour entrer, que rien ne me retarde,

57i DIVERSES AMOURS.

Son travail est petit : tout le bien qu'il désire, Cest d'avoir quelque pomme et sa soif estanclier; Où moy je brûle, helas ! et mourant je pourchasse Un bien pour mon secours, qui tout autre surpasse, lilais qui croist le désir d'autant qu'il est plus cher.

0 que le feu d'Amour est d'estrange nature ! Mon cœui" sans défaillir luy sert de nourriture. Je n'ay sang ny poulmon qui n'en soit consonmié; Mais, différant en tout de la commune flame, Encor que je vous touche, il n'esmeut point vostre ame, Et rien qui soit en vous n'en peut eslre allumé.

Je te despite. Amour, et maudy ton empire ! Que me sert qu'en mon cœur tous tes traits je retire? Que me sert que le ciel m'ait à toy destiné? Que me sert que jamais de moy tu ne t'envoie, Si, tout remply de toy, je pers tans et parole Et ne puis amollir un courage obstiné?

Non, je n'auray jamais en vos yeux de fiance. Leurs regards sont trompeurs : par leur douce influanoc Et par des traits piteux ils me font espérer; Je vous pense vaincue et que mon mal vous touche, Mai^, voulant l'essayer, un mot de vostre bouche. Ou vostre blanche main me contraint retirer.

Belle et cruelle main, que vous m'estes mauvalàe Je vous lave de pleurs, tout ravy je vous baise, Je sacre à vostre honneur mille vers amoureux, Ru feu de mes soupirs j'eschauffe votre glace, Mais, rebelle tousjours, vous m'empeschez la place. Dont le trop de désir me rend si langoureux.

Il faut faire autrement, puis que rien je n'avance Par tant de vains respects. Usons de violanoe ; Si la douceur n'y sert.'gaignons là par assaut. Je le veux, mais en vain; toute lasche et pesante, Ma vigueur s'affoiblist, mon ame est languissante, Et par trop de désir la puissance me faut.

Seul but de mes désirs, ma céleste déesse, llelas ! voyez-vous point la (Ureur qui me presse ? J'aspire à l'impossible et fuy ce que je puis ; Vn chaos amoureux dans mon ame s'assemble, Joye et dueil, mal et bien; j'ose et brûlant je tremble. Je ne s^ay que je fay, je ne sçay que je suis.

Fut-il jamais tyran si cruel que ma dame? Par mille doux baisers elle attise ma flamme. Et se plaist de me voir peu à peu desseicher. Parmy ces privautez je l'esprouve inhumaine, Car la cruelle, helas 1 me laisse à la fontaine,

Sans souffrir que je boive et que j'ose y toucher.

Que dira-t-on de raoy. si Ton sçait ma simplesse? Desportes tout un jour a tenu sa maistresse A part, sans compagnie, avec elle enfermé, Baisant ses beaux cheveux, ses yeux et son visage, Et n'osa, le couard, bazarder davantage : Dites flu'un tel amant est digne d*estre aimé !

Quand du doux firuit d'Amour je me rens poursuivant, Le seul digne loyer de ma persévérance, Vous pensez m'arrester, opposant pour deffanse Je ne sçay quel honneur, qui est moins que du vaut

Moy, Je mets simplement le plaisir en avant, Et l'heureux paradis de ceste jouyssance. Qui vous deust decharmer de la feinte apparance De ces ombres d'honneur, qui vous vont décevant.

Mais parlons librement, et me dites, madame, Sentez-vous de l'honneur quelque perfection, Qui plaise au goust, au cœur, à l'esprit ou ft l'ame?

C'est une vieille erreur, qui aux femmes se Ireuve ; Car tout ce bel honneur gist en l'opinion. Et le plaisir consista en chose qui s'espreuve.

0 soupirs bien-aimez, que ma douce rebelle Tire de ce beau sein, mon superbe vainqueur I Dites-moy, s'il vous plaist, nouvelles de mon cœur, Comme il vit en prison, ce qu'il fait avec elle?

— Le cœur qui fut à toy, reconnu pour fldelle, N'est plus troublé d'ennuis, de peine ou de rigueur; La beauté que tu sers a guary sa langueur, L'aime, le favorise et sien mesme l'appelle.

— Est-il vray, chers soupirs? — Rien n'est plus assuié. — Mais sera-t-il long-tans en ce lieu bien-heure? Faut-il point redouter que sa dame l'en chasse?

Cependant que je parle et qu'ils sont emportez, Amour jure ses traits, ma flamme, vos beautez, Que jamais plus mon cœur ne changera de place*

, Que me sert d'aimer tant et que l'on m'aime aussi, Puisqu'à nos volontés toute chose est contraire?

U le faut dire, Amour, tu u'es rien que misère, Travail, perte de tan», fureur, trouble et soucy.

Maintenant sans profit on implore mercy, D'une dame cruelle esclave et tributaire ; L'absence une autre fois fait qu'on se désespère. Ou la peur d'un rival nous rend le cœur transy.

Les grâces que tu fais pour couvrir ta coustume. C'est sous un peu de miel cent tonneaux d'amertume. Et pour un pront esclair un long aveuglement.

Ha! maudit soit le jour, qui premier me veit naisirc ^^ous un si noir deslin, qu'helas il me faut estre D'un enfant sans pitié le triste esbatement I

YIIl

Deux que le trait d'Amour touche bien vivement, N'ont rien qu'un seul penser, qu'un désir, qu'une flame : Ce n'est dedans deux corps qu'un esprit et qu'une ame. Et leur souverain bien gist en eux seulement

Ils ont en mesme tans mesme contentement, Mesme ennuy d'un seul coup leurs poitrines entame, Bref leur vie et leur mort pend d'une seule trame, Et comme un simple corps ils n'ont qu'un mouvement.

Cet Amour qui, si rare, en la terre se treuve, iSe fait qu'un de nos cœurs : les effets en font preuve ; Nous n'avons qu'un vouloir, qu'une ardeur, qu'un désir.

Qui nous peut honorer d'assez digne louange? L'esprit qui se divise et qui se plaist au change IS'est point touché d'amour, mais d'un sale plaisir.

Mon cœur, qui jusqu'icy t'es si bien maintenu, Des fortunes d'Amour très loyal secrétaire, Sans que la langue pronte, ou l'œil trop volontaire Ait onc rien découvert qui te soit advenu.

Si jamais un secret fut par toy retenu Bien serré sous la clef, c'est or* qu'il le faut faire. Cachant mesme aux pensers le céleste mystère, Par qui d'homme mortel dieu je suis devenu.

0 s'il m'estoit permis de raconter mon aise. Quel roc plein de glaçons ne deviendroit fournaise? Quel cœur aux traits d'Amour ne se lairroit ouvert ?

Quel amant tout ra\7 ne beniroit ma vie? Quel dieu du plus haut ciel sur moy n'auroit envie? Mais, ah ! c'est trop, mon coeur, tu Beras découvert.

DIVERSES ÂHOURS. 377

C'estoit un jour d'esté de rayons éclaircy, J'en ay tou^iours au cœur la souvenance eroprainte, Quand le ciel nous lia d'une si ferme estrainte Que la mort ne sçauroit nous séparer d'ainsy.

L'an estoit dans sa force et nostre amour aussi, Nous faisions l'un à l'autre une aimable complainte; J'estoy jaloux de vous, de moy vous aviez crainte, Mais rien qu'affection ne causoit ce soucy,

Amours, qui voletiez à l'entour de nos fiâmes, Comme gays papillons, où sont deux autres âmes Qui redoutent si peu les efforts envieux ?

Où la foy soit si ferme? où tant d'amour s'assemble? N'ayans qu'un seul vouloir, tousjours d'accord ensemble. Fors qu'ils se font la guerre à qui s'aimera mieux?

Je n'ay plus dans le cœur que la branche estimée Qu'Amonr de la main droite y sçeut si bien planter; Autre fleur ne pourroit mon désir contanter. Autre graine en mes vers ne doit estre semée.

J'espère avec le tans que sa belle ramée Pourra par mesescrits jusqu'aux astres monter, Et que les Florentins cesseront de vanter La desdaigneuse nymphe en laurier transformée.

Ma foy vive tousjours pour racine elle aura, L'eau sortant de mes yeux d'humeur luy servira, Mon amour de chaleur, mon espoir de feuillage.

Puissé-je en ses rameaux mes bras entrelasser, Et sur l'arbre estcndu mon travail délasser, Ou prendre un peu de frais sous un si bel ombrage I

Je ne veux plus penser que la fureur de Mars, Ardamment allumée au milieu de la France, Ait pouvoir désormais de me faire nuisance. Bien que je m'advanture au plus fort des bazars.

Car si j'ay soustenu l'assaut de vos regars Plains de feux, plains de traits poussez de violence, Hardy, je ne craindray qu'autre chose m'offence, Et ne douteray point les plus braves soldars.

Les balles que vos yeux ont tii'é dans mon ame

11 le faut dire, Amour, tu u'es rien que misère, Travail, perte de tan», fureur, trouble et soucy.

Maintenant sans profit on implore mercy, D*une dame cruelle esclave et tributaire ; L'absence une autre fois fait qu'on se désespère, Ou la peur d'un rival nous rend le cœur transy.

Les grâces que tu fais pour couvrir ta coustume. C'est sous un peu de miel cent tonneaux d'amertume. Et pour un pront esclair un long aveuglement.

Ha! maudit soit le jour, qui premier me veit naistre Sous un si noir deslin, qu'helas il me faut estre D'un enfant sans pitié le triste esbatement 1

YUl

Deux que le trait d'Amour touche bien vivement, N'ont rien qu'un seul penser, qu'un désir, qu'une flame : Ce n'est dedans deux corps qu'un esprit et qu'une ame, Et leur souverain bien gist en eux seulement

Ils ont en mesme tans mesme contentement, Mesme ennuy d'un seul coup leurs poitrines entame, Bref leur vie et leur mort pend d'une seule trame. Et comme un simple corps ils n'ont qu*un mouvement.

Cet Amour qui, si rare, en la terre se treuve, Ne fait qu*un de nos cœurs : les effets en font preuve ; Nous n'avons qu'un vouloir, qu'une ardeur, qu'un désir.

Qui nous peut honorer d'assez digne louange? L'esprit qui se divise et qui se plaist au change N'est point touché d'amour, mais d'un sale plaisir.

Mon cœur, qui jusqu'icy t'es si bien maintenu, Des fortunes d'Amour très loyal secrétaire. Sans que la langue pronte, ou l'œil trop volontaire Ail onc rien découvert qui te soit advenu.

Si Jamais un secret fut par toy retenu Bien serré sous la clef, c'est or* qu'il le faut faire, Cachant mesme aux pensers le céleste mystère. Par qui d'homme mortel dieu je suis devenu.

0 s'il m'estoit permis de raconter mon aise. Quel roc plein de glaçons ne deviendroit fournaise? Quel cœur aux traits d'Amour ne se lairroit ouvert?

Quel amant toutra\7 ne beniroit ma vie? Quel dieu du plus haut ciel sur moy n'auroit envie? Mais, ah ! c'est trop, mon cœur, tu Beras découvert.

C'estoit un jour d'esté de rayons éclaircy, J'en ay tous^jours au cœur la souvenance emprainte, Quand le ciel nous lia d'une si ferme estrainte Que la mort ne sçauroit nous séparer d'ainsy.

L'an cstoit dans sa force et nostre amour aussi, Nous faisions l'un à l'autre une aimable complainte; J'estoy jaloux de vous, de moy vous aviez crainte, Mais rien qu'affection ne causoit ce soucy,

Amours, qui voletiez à l'entour de nos flames, Comme gays papillons, où sont deux autres âmes Qui redoutent si peu les efforts envieux ?

Où la foy soit si ferme? où tant d'amour s'assemble? N'ayans qu'un seul vouloir, tousjours d'accord ensemble, Fors qu'ils se font la guerre à qui s'aimera mieux?

Je n'ay plus dans le cœur que la branche estimée Qu'Amonr de la main droite y sçeut si bien planter; Autre fleur ne pourroit mon désir contanter, Autre graine en mes vers ne doit estre semée.

J'espère avec le tans que sa belle ramée Pourra par mesescrits jusqu'aux astres monter. Et que les Florentins cesseront de vanter La desdaigneuse nymphe en laurier transformée.

Ma foy vive tousjours pour racine elle aura. L'eau sortant de mes yeux d'humeur luy servira, Mon amour de chaleur, mon espoir de feuillage.

Puissé-je en ses rameaux mes bras entrelasser, Et sur l'arbre estcndu mon travail délasser, Ou prendre un peu de frais sous un si bel ombrage 1

Je ne veux plus penser que la fureur de Mars, Ardamment allumée au milieu de la France, Ait pouvoir désormais de me faire nuisance. Bien que je m'advanture au plus fort des bazars.

Car si j'ay soustenu l'assaut de vos regars Plains de feux, plains de traits poussez de violence, Hardy, je ne craindray qu'autre chose m'offence, Et ne douteray point les plus braves soldars.

Les balles que vos yeux ont tiré dans inop ame

11 le faut dire, Amour, tu n'es rien que misère. Travail, perte de tan», fureur, trouble et soucy.

Maintenant sans profit on implore mercy, D*une dame cruelle esclave et tributaire ; L'absence une autre fois fait qu'on se désespère. Ou la peur d'un rival nous rend le cœur transy.

Les grâces que tu fais pour couvrir ta coustume, Cest sous un peu de miel cent tonneaux d'amertume, Et pour un pront esclair un long aveuglement.

Ha! maudit soit le jour, qui premier me veit naislre Sous un si noir deslin, qu'helas il me faut estre D'un enfant sans pitié le triste esbatement 1

YIIl

Deux que le trait d'Amour touche bien vivement, N'ont rien qu'un seul penser, qu'un désir, qu'une flame : Ce n'est dedans deux corps qu'un esprit et qu'une ame, Et leur souverain bien gist en eux seulement

Ils ont en mesme tans mesme contentement, Mesme ennuy d'un seul coup leurs poitrines entame, Bref leur vie et leur mort pend d'une seule trame, Et comme un simple corps ils n'ont qu'un mouvement.

Cet Amour qui, si rare, en la terre se treuve, ?îe fait qu'un de nos cœurs : les effets en font preuve ; Nous n'avons qu'un vouloir, qu'une ardeur, qu'un désir.

Qui nous peut honorer d'assez digne louange? L'esprit qui se divise et qui se plaist au change N'est point touché d'amour, mais d'un sale plaisir.

Mon cœur, qui jusqu'icy t'es si bien maintenu, Des fortunes d'Amour 1res loyal secrétaire, Sans que la langue pronte, ou l'œil trop volontaire Ait onc rien découvert qui te soit advenu.

Si jamais un secret fut par toy retenu Bien serré sous la clef, c'est or* qu'il le faut faire. Cachant mesme aux pensers le céleste mystère, Par qui d'homme mortel dieu je suis devenu.

0 s'il m'cstoit permis de raconter mon aise. Quel roc plein de glaçons ne deviendroit fournaise? Quel cœur aux traits d'Amour ne se lairroit ouvert ?

Quel amant toutraN7 ne beniroit ma vie? Quel dieu du plus haut ciel sur moy n'auroit envie? Mais, ah ! c'est trop, mon cœur, tu Beras decoavert.

C'estoit un jour d'esté de rayons éclaircy, J'en ay lous^jours au cœur la souvenance eraprainte, Quand le ciel nous lia d'une si ferme estrainte Que la mort ne sçauroit nous séparer d'ainsy.

L'an estoit dans sa force et nostre amour aussi, Nous faisions l'un à l'autre une aimable complainte; J'estoy jaloux de vous, de moy vous aviez crainte, Mais rien qu'affection ne causoit ce soucy,

Amours, qui voletiez à l'entour de nos flames, Comme gays papillons, où sont deux autres âmes Qui redoutent si peu les efforts envieux ?

Où la foy soit si ferme? où tant d'amour s'assemble? N'ayans qu'un seul vouloir, tousjours d'accord ensemble, Fors qu'ils se font la guerre à qui s'aimera mieux?

Je n'ay plus dans le cœur que la branche estimée Qu'Amour de la main droite y sçeut si bien planter; Autre fleur ne pourroit mon désir contanter, Autre graine en mes vers ne doit estre semée.

J'espère avec le tans que sa belle ramée Pourra par mes* escrits jusqu'aux astres monter, Et que les Florentins cesseront de vanter La desdaigneuse nymphe en laurier transformée.

Ma foy vive tousjours pour racine elle aura, L'eau sortant de mes yeux d'humeur luy servira, Mon amour de chaleur, mon espoir de feuillage.

Puissé-je en ses rameaux mes bras entrelasser, Et sur l'arbre estcndu mon travail délasser, Ou prendre un peu de frais sous un si bel ombrage I

Je ne veux plus penser que la fureur de Mars, Ardamment allumée au milieu de la France, Ait pouvoir désormais de me faire nuisance, Bien que je m'advanture au plus fort des bazars.

Car si j'ay soustenu l'assaut de vos regars Plains de feux, plains de traits poussez de violence, Hardy, je ne craindray qu'autre chose m'offence, Et ne douteray point les plus braves soldars.

Les balles que vos yeux ont tiré dans mon ame

r)78 DIVERSES AMOURS.

Ont comblé mon esprit de martyre et de flame; Nais vous m'avez blessé par un si doux effort,

Que, s'ils font de tels coups en l'armée ennemie, Huguenots, tuez-moy, je vous donne ma vie; Je ne sçauroy mourir d'une plus belle mort.

Non, non, n'estimez point, pour m'estre ainsi rebelle. Et pour favoriser un autre plus que moy, D'esbranler par ces flots le rocher de ma foy ; Car je demeureray tousjours ferme et Adelle.

Je confesseray bien que l'angoisse mortelle Quelquesfois me transporte et me rend hors de moy, Mais je reprens courage alors que je vous voy. Et me plaist d'endurer pour maistresse si belle.

Payez ma fermeté d'autant de cruautez Que j'adore en vos yeux d'admirables beautez. Je ne plaindray ma vie en si triste advanture.

Seulement je me plains et suis tout embrasé, Quand je connoy qu'un autre est plus favorisé, Et que la parenté vous sert de couverture..

Si l'amour dès l'enfance entre nous commencée Devoit finir par elle au tans moins espéré, Sans beaucoup l'accuser j'eusse tout enduré, Pourveu que d'un beau trait elle se fust blessée.

Mais ce qui plus au vif poingt mon ame offensée, C'est qu'un clair jugement se soit tant esgaré. Quand j'estimoy son cœur m'estre un roc asseuré. Et qu'elle me feignoit le dieu de sa pensée.

Ces propos m'ont trahy, sa douleur m'a pippé : 0 que je suis heureux de m'en voir échappé Et que sa Action m'ait esté découverte !

N'y pensons plus, mon cœur, quittons-la pour jamais; Elle y aura regret, esprouvant désormais Que le gain qu'elle a fkit n'est pas tel que sa perte.

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