‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 215 sur 259 · DE CLAUDE DE L'AUBESPINE · texte numérisé non relu

DE CLAUDE DE L'AUBESPINE

SECRETAIRE DES GOMIIANDEMEIfS *

Tout ce que la nature et le ciel favorable Pouvoient pour rendre un homme heilreaz parfaitement,

< Voye< rinlroduclion.

478 EPITÂPUES.

Luy, qui cherche en la terre un beau lieu poui* retraite» Comme il voit IJaugiron, vient loger eu ses yeux.

là, plus chauds que les siens, des brandons il advise, Et des traits acerez d'un plus aigre soucy; De quoy, fier et contant, tout l'Olympe il mesprise, Et veut forcer les dieux à luy crier mercy.

Mais devant se jouant des feux dont il abonde. Dès qu'il en tire aux cœurs un essay seulement, On croit que Phaéton vient rebrûler le monde, Fors que chacun se plaist en son embrasement.

Jupiter, qui voit tout, son malheur considère. S'il ne rompt les desseins de l'enfant Cyprien : Je sçauray, ce dit-il, plein d*ardante colère, Qui sera le plus fort de ses feux ou du mien.

D'entre tous les éclairs, le tonnerre et l'orage Choisissant un long trait, de trois pointes ramé. L'élancé à Haugiron, qui, plein d'ardant courage, Marchoit lors à l'assaut pour son roy tant aimé.

Ceste divine foudre ainsi roide jettée, Long-tans contre l'éclair de ses yeux combatit; Tous deux estoient du ciel ! En un elle est domtée, Mais devant de ses yeux le gauche elle amortit.

Apres ce grand combat, Amour croist en audace. Car il reconnoist bien, dès qu'il s'est r'asseuré, Qu'il n'a pas moins d'attraits, ny de force et de grâce, Lt que lousjours son coup droit au cœur est tiré.

J'asseure un fait cei*tain, bien que tel il ne semble: Depuis il fut plus beau, plus clair, plus redouté, Car le feu de ses yeux s'unit lors tout ensemble, Et perça tous les cœurs de plus vive clarté.

Le grand Jupiter mesme en eut l'ame ravie. Nais, pour pmiir Amour, à regret et forcé, Enjoint à Lachesis de lui trancher la vie : Un dieu, sans se vanger, n'endure estre offencé.

Ceste fatale sœur, qui jamais ne repose. Et n'aime que le sang, la tristesse et l'ennuy, Comme pour son amy courageux il s'expose, L'eslend mort dessus l'herbe et l'Amour quand et luy.

raconté plus haut. Le roi était épris pour tous deux d'un autour excessif. Il baisa leurs cadavres et leur lit couper les cheveux pour les garder : il détaclia, coinme un souvenir, les pendants d'oreille de Quelus. Leurs corps iurtMit exposés sur un lit de parade, et le prince ordonna que toute la co«u* assisUrait à leurs r..ntr:iitles. Ayant gardé la chambre quelques jours aiBS f;nre voir, il re^ul après des visites de condoléance. Hoosard st Oetpories fureni invités par lui à chanter ses mignons; il leur éleva <Im UNDbeaux superbes, orn>s de statues.

EPITAPUES. 479

Plusieurs ont soustenu que la mort rigoureuse Pour plaire à Jupiter n'avança son trespas; Mais que de ses beautés elle estoit amoureuse, Et, voulant en jouir, le ravit d'icy-bas.

DB LUY-MESME

Quel nouveau Diomede, altéré de mon sang, Ta meurtry, cher enfant? disoit Venus la belle. 0 céleste impuissance 1 à cruauté nouvelle ! Qu'un dieu mesme en ce tans des mortels ne soit firanc !

Lavant de pleurs son corps, d'où sortoit un estang De couleur tyrienne, à sa tresse est cruelle. Et par maint chaud soupir de puissance immortelle S'efforce à ranimer ce marbre firoid et blanc.

« Ce n'est pas Gupidon, c'est Maugiron, déesse, » Luy dit quelqu'un tout bas, pour l'oster de tristesse; Mais elle jette alors des cris plus enflammez.

Et sent de sa douleur la poison plus amere, Car, ainsi que d'Amour, de l'autre elle estoit mère, Et les derniers enfans sont tousjours mieux aimez.

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