‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 217 sur 259 · DE CLAUDE^ DE L'ÂUBESPINE · texte numérisé non relu

DE CLAUDE^ DE L'ÂUBESPINE

SECRETAIRE DES COMMANDBliEllS *

Tout ce que la nature et le del favorable Pouvoient pour rendre un homme heUreuz parfaitement,

« Voye4 rinlroducUon.

« L'AcBESPms TaToit, rAoBispimB, ornement De ce siede maudit, ingrat et misérable.

Il estoit grand et beau, dispos, jeune, amiable. Riche en biens, aux honneurs avancé just^nent. Pur, sans ambition, qui marchoit droitement, Tres-fidelle à son prince et aux bons secourable.

Le ciel, qui l'avoit fait, craignant de l'offenser, Icy-bas longuement ne l'a voulu laisser Dans un pays de sang, de meurtres et de {^oierre;

Mais, amoureux de luy comme un père très-doux, En l'avril de sa vie il l'a cueilly de terre. Et en a fait un dieu qui aura soin de nous.

DE LUY-MESME

Si les dieux par pitié se fussent peu fléchir, Us n'eussent de ce corps si-tost Tame enlevée; Nais le ciel ne pouvoit de l'esprit s'enricliir, Sans que l'indigne terre en demeurast privée.

DE LUY-MESME

L'AuBEspDŒ, mourant aux beaux jours de son âge. Et le bandeau fatal couvrant ses yeux estainta, La France en soupiroit, l'air resonnoit de plaints Et la mort despitoit son malheureux ouvrage.

Comme il est arrivé jusqu'au dernier passage. L'esprit sain départant de ses membres mal-sains, Joyeux, il levé au ciel et la veuê et les mains. Et flst ouïr ces mots avec un doux langage :

« Seigneur, tu me prens jeune, et je meurs nonobstant Sans regretter le monde, heureusement contant, Yeu les longues erreurs et l'abus qu'il enserre.

« Louange à ta bonté, qui prend de moy soucy, Donnant cesse à ma peine. » Et finissant ainsi, Rendit son ame au ciel et son corps à la terre.

Autour de mon esprit, qui jamais ne repose, Jour et nuit vont errant effroyables tombeaux, Convois, habits de dueil, mortuaires flambeaux ; l.a porte de mes sens ne reçoit autre chose.

Ilclas ! que le destin injustement dispose Des ouvrages mortels plus parfaits et plus beaux ! Tuant les rossignols, il laisse les corbeaux; Espargnant les buissons, il moissonne la rose.

EPITAl'HES. W

Entre tant de milliers son coup malicieux A bien sceu remarquer ce chef-d'œovre des cieux, Et ravir tout l'honneur de ce monde où nous sommes.

Ce qu'est l'herbe à la terre, à l'herbage les fleurs, L'or aux autres métaux, la blancheur aux couleurs, Cher amy, tu l'estois à la race des hommes.

DU LATIN DE M. DE PIMPONT

0 le plus doux soucy jadis de ma pensée ! Jlaintenant le regret dont elle est si pressée, Qui, sans moy, trop cruel, es party de ce lieu, Damon, je te salué, et si te dis adieu; Je t'cspan de mes yeux ces offrandes funèbres, lies yeux ores couverts d'éternelles ténèbres; Jo l'offre ces cheveux sur ta tombe semez, Presens de toy, mon cœur, autrefois tant aimez !

Voy comme un double amour un double autel se drcbse, Voy de quels desespoirs j'entretiens ma tristesse I Et que la cendre, helas! qui reste icy de toy. Sente en beuvanl mes pleurs, mon office et ma foy. Noslre amour plein de feu passe aux nuicts éternelles, 11 traverse le Styx en ramant de ses ailes. Par tout il t'accompagne et te veut ramener, Mais en vain, car jamais tu n'en peux retourner.

Au moins donne-toy garde, ô seul bien de ma vie, Que des eaux de Lethé ne prennes quelque envie! Beticn de nos désirs la mémoire à jamais. Ainsi que saintement du cœur je te promets Que la course des ans, la mort, l'onde et la flame N'effaceront jamais ton portrait de mon ame.

Pourquoy, contre mon gi'é, ce corps est-il si fort Que ma juste douleur ne le puisse desfaire? Qui retient tant mon ame en ce lieu de misère. Sans revoler au ciel où gist tout son confort?

Las! tout ainsi qu'Amour avec un seul effort Traversa nos deux cœurs et n'en flst qu'un ulccrc, Pourquoy le ciel jaloux, envieux et contraire N'a-t-il finy nos jours par une seule mort?

La femme d'Amphion, justement affligée.

Par son dueil excessif en rocher fut changée, Qui ses en fans meurtris semble encore pleurer.

Que je serois heureuse ayant telle adranture !

4$i KFITAI'HKS.

Car je pourrois servir d'aimable sépulture A celuy dont la mort ne me peut séparer.

0 bien-heui'eux esprits, nouveaux anges des deux, Le seul ardant désir de mon cœur misérable, Dont la mémoire sainte est en moy si durable, Que toujours je vous porte en l'esprit et aux yeux,

Si de la vraye amour rien n'est victorieux, Et que nostre amitié n'en eut onc de semblable, Toui-nez vers moy la veuë et douce et favorable, Et ne m'abandonnez sans guide en ces bas lieux.

Yoyez-moy tout en pleurs sur vostre sépulture. Qui plains, non vostre mal, mais ma triste advanture, Laissé seul icy-bas, de misères remply.

N'endurez plus long-tans mon ame estre captive. Hais impetrcz du ciel que bientost je vous suive. Puis que mon heur sans vous ne peut estre accomply.

four faire une guirlande à son chef blondissant La soigneuse pucelle, à qui le cœur soupire Du plaisant mal d'amour, cueille au mois de zephire La rose après l'œillet, puis le lys blanchissant.

Ainsi la prontc main du monarque puissant. Qui de tout l'univers a borné son empire, Pour couronner son chef, trois lumières retire, Qui rendoient nostre siècle heureux et florissant.

France, qui, tousjours folle, est sanglante et couverte Du massacre des siens, ne dst onc tant de perte, Ni le ciel tant de gain qu'au jour de leur trespas.

U soleil n'a depuis rien veu qui leur ressemble, r/estoit trois jeunes Mars et trois Amours ensemble, Qui, sous l'habit mortel, conversoient icy-bas.

Daphnis gisoit au lict mortellement attaint, Daphnis, l'heur de nostre âge et sa gloire première^ Son œil, jadis si clair, defailloit de lumière, Gomme un ray du soleil, qui la nuict se destaint.

Amour, sur son chevet, se tourmente et se plaint, Nommant les deux cruels et la Parque meurtrière; « Que cestc mort, dit-il, soit mon heure dernière,

Puis que je perds les yeux, qui m'ont rendu si craint. »

Les anriis de Daphnis aux regrets s'abandonnent, L'air se fend à leurs cris, les hauts deux en résonnent. Seul, je ne pleure point, ô chetif * que je suis! . Si c'est que la douleur tout en rocher m'enserre, Niobe, ainsi que moy, fat bien changée en pierre, Et ne laisse pourtant de pleurer ses ennuis.

DE L'ANNÉE MDLXX

Je le dois bien hayr, malencontreuse année, Qui m'as, durant ton cours, tant de maux fait avoir, Et tant d'ennuis divers sur mon chef fait pleuvoir, Que j'en laisse ma vie au dueil abandonnée.

Le jour que commença ta course infortunée, Je fus remis captif sous l'amoureux pouvoir, Où j'en mille douleurs pour cacher mon vouloir, Et receler ma playe au cœur enracinée.

J'avois un seul amy, sage, heureux et parfait, La mort en son printans sans pitié l'a desfait, Comblant mes yeux de pleurs et mon ame de rage.

Depuis je fus six mois dans un lict languissant, Et or' pour m' achever, quand tu vas finissant. Je trouve que ma dame a changé de courage.

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