UEGRETS FUNEBRES SUR LA UORT DE DIANE
Entre les dons du ciel qui sont de plus haut prix. Il n*est rien de si cher qu'une amour ferme et sainte; Aucun bien n'est parfait sans cette douce estraiute, Qui de chaisnes d'aymant unit les beaux esprits.
Deux corps par sa vertu d'un vouloir sont compris, Ils ont mesme désir, mesmc espoir, mesme crainte, Tousjours d'un mesme trait leur poitrine est attainte, Et rien que vueille l'un de l'autre n'est repris.
Mais en tant de douceurs et d'agréables fiâmes, S'il advient que la mort rompe une de ces trames. Quels desespoirs pareils et quels g^emissemens ?
Est-il nuit infernale en horreurs plus féconde? Dieux ! vous deviez du tout oster l'amour du monde, Ou trencher d'un seul coup la vie aux vrais amans.
Vn soleil clair de flamme apparut à nos yeux, Par qui des vrais amours la force estoit connue, Tousjours clair, toiuyours beau, sans éclipse et sans nué. Qui passoit en splendeur l'autre soleil des deux.
Las! faut-il que l'envie ait place entre les dieux? Phebus, voyant sa gloire estre moins reconnue, Esmeut la mort cruelle à son secours venue, Qui couvrit d'un bandeau ses beaux traits radieux.
Comme quanc^ l'arondelle a perdu sa nichée, Elle crie, elle vole amèrement touchée, Me peut laisser son nid, y fait maint et maint tour,
Ainsi le pauvre Amour gémit, soupire et pleure Sans partir du tombeau, vole et revole autour. Ayant perdu les yeux où il fist sa demeure.
0 peu durables fleurs de la beauté mortelle 1 Une seconde aurore, un soleil de ce tans, Une jeune déesse, helas! en son printans, Sent rinjuste rigueur de la Parque cruelle.
Mais die n'est pas morte : Amour la renouvelle En mille et mille esprits des amans plus cônstmt,
EPITAPHBS. 4ftr>
Qui, des yeux et du cœur maintes larmes sortans, S'arrachent les cheveux et sanglottent sur elle.
Quand le bandeau fatal ses beautez nous voila, Amour, rompant son arc, d'entre nous s'envola, Laissant ceste province en discorde et en guerre.
Le ciel, comme l'on dit, la voulut retirer, Pour apprendre aux mortels, trop pronts à s'égarer. Que la beauté parfaite est ailleurs qa*en la terre *.
Ce cœiir, qui t'aima tant et qui ftit tant aimé De loy, chère Phyllis, sera ta sépulture; Le plus riche trésor du ciel et de nature Dans .un moindre tombeau ne doit estre enfermé.
Mon œil, par ton trespas en ruisseau transformé, Ne voit plus d'autre object que ta douce peinture. llelas ! pourquoy du ciel n'ay-je égale advanture Au sculpteur qui rendit son ouvrage animé?
Si le chaud et l'humeur sont causes de la vie, J'espère encor un jour l'effet de mon envie Par tant d'eaux et de feu que je pousse dehors.
Mes yeux versent l'humeur, mon estomach la flame, Et puis pour t'inspirer, il ne faut que mon ame : Nous n'en eusmes jamais qu'une seule en deux corps.
Comme on void parmy l'air un esclair radieux Glisser subtilement et se perdre en la nuê, Ceste ame heureuse et sainte, aux mortels inconnue, Coula d'un jeune cœur pour s'envoler aux deux.
Mon penser la suivit, au défaut de mes yeux, Jusqu'aux voûtes du ciel tout clair de sa venui^, Et voit qu'en tant de gloire où elle est retenue. Elle a dueil que je sois encor en ces bas lieux.
Mais tu n'y seras guère, à déesse! à m' attendre. Car je n'estois resté que pour cueillir ta cendre, Et ta mémoire sainte orner comme je doy; - '
Maintenant que j'ay foit ce devoir pitoyable,
I liiiiié d'un sonnet italien qui dibutt par ces vers : 0 d' hunoana beltàctduchi fioril
Ecco una, i cui ne quesu mai, ne quella Fù pari al monde; è gia morta, e con alla Tien sepolti d' amor Tanti tesori 1
Las de pleurer, de vi\Te et d'estre misérable, ^abandonne la terre et vole auprès de toy •.
Vante-toy maintenant, outrageuse déesse, D'avoir fait tout l'effort de ta plus grand' rigueur. Privant Amour de traits, d'allégresse mon cœur, La terre d'ornement, de gloire et de richesse.
On ne sçait plus que c'est de vertu ny d'adresse, L'honneur triste languit sans force et sans vigueur; Bref, de cent deïtez ton bras s'est fait vainqueur, Morte gist la beauté, la grâce et la jeunesse.
L'air, la terre et les eaux cet outrage ont pleuré, Le monde, en la perdant, sans lustre est demeuré, Comme un pré sans coulem-s, un bois sans robe verte.
Tandis qu'il en jouit, il ne la connut pas; Uoy seul je la connus, qui la pleure icy-bas. Cependant que le ciel s'enrichit de ma perte.
Avec un si beau nœu l'Amour m'avoit contraint, Qu'encor qu'il soit rompu j'en sens tou^jours Testrainte; Il m'avoit embrasé d'une flamme si sainte. Que, quand elle défaut, ma chaleur ne s'estaint.
Jamais plus, 6 mon cœur, tu ne seras attainti Je me suis despouillé d'espérance et de crainte. Contre un aveugle enfant je ne fay plus de plainte La mort, et non l'Amour, a fait pallir mon taint.
La constance et la foy , de moy tant re^'erée, Plus ferme que jamais au cœur m'est demeurée, Qui destoume bien loin toute autre passion.
Que la mort donc se vante, ayant frappé ma dame, Qu'elle a tranché d'un coup, dans une seule trame, La beauté de ce monde et mon affection.
Tout le jour mes deux yeux sont de pleurs degoutans, Puis, quand la nuit paisible au repos nous appelle,
■ Imité d'un sonnol italien qui débule ainsi :
Corne de dense nubi esce taUiora l.uiido bmpo, e via ratto sparisçe, Cosi r aima ^tA'il, per cui languisce AmoT, s'use! del suo bel corpo fora.
EPITAPHES. un
Ha douleur s'envenime et devient si rebelle, Que du tout je me lasche aux regrets eacUtani,
En si piteux estât je despense mon tan^. Me paissant de mon cœur, qui sans fin renouvelle, Depuis que des hauts deux l'ordonnance crvelle Des saisons de ma vie arracha le printans.
Tel amas de tristesse en mon «me ■'«atemble. Que je n'y puis penser que d'horreur je ne tremble, M'estonnaut que mon oœur du fardeau-n'est donté.
Ah ! despiteuse mort 1 ah I rigoureuse yie 1 L'une a presque en naissant mon attente ravie. L'autre icy me retient contre ma volonté.
Puis-je bien tant soui&ir mon ame estre captive, Pouvant rompre d'un coup sa caduque prison? Fiere loy des destins, injuste et sans raison De vouloir que par force un homme en terre vive.
Quel espoir désormais faut-il plus que je suiveî J'ay veu sécher mes fleurs en leur prime saison. Le doux miel de mes jours se changer en poison, Ma nef faire naufrage estant prés de la rive.
0 mort ! mon seul recours, qui t'esloignes de moy I Las ! si je suis mortel et subject à ta loy, Ne m'espargne donc plus et me mets de ton nomJl>re.
La mort contre re^X)nd : « J'en ay fait mon devoir, Mais sur les corps mortels seulement j'ay pouvoir. Et ce qui f\it ton corps n'est plus maintenant qu'oinbrc. »
COMPLAINTE
Contre le tans ma douleur se rend forte, Et quand son cours toutes choses emporte. Elle y résiste et prend ferme racine Au lieu plus'vif de ma triste poitrine.
Loin tout confort! Au dueil qui me poflMde, Conseil, raison, espérance et remède.
Comme ennemis mon esprit vous rejette.
Car son angoisse à vos lois n'est subjette.
De mes amis qu'un seul ne s'advanture A me parler fors d'une sépulture.
De sang, de mort, d'ombres noires et ûânteB. D'effroy, de cris, de soupirs et de plaintes.
Toute lumière est horrible & ma veué.
Rien ne me plaist que l'ennuy ^ me tué s .
^«8 BPITAPOES.
La nuict m'est jour, mon repos c*est ma paino, Que j'aime mieux plus elle est inhumaine.
0 pauvre corps I jusqu'à quelle journée Retiendras-tu mon ame emprisonnée En tant de fers, la gardant qu'elle voile Apres son bien, dont l'espoir me console?
La seule mort a causé ma tristesse, La seule mort y pourra mettre cesse, Ne m'empeschant plus longuement de suivre Cet autre moy, pour qui j'aimois à vivre.
Toute douceur de mon ame est bannie.
Je me consomme en langueur inOnie, Le ciel me fasche et rien ne peut me plaire Que de mon mal la mémoire ordinaire.
Fier accident que sans fin j'imagine !
Las! qui l'eusl creul qu'une grâce divine, Un port céleste, une beauté parfaite Si prontement par la mort fùst desfoite?
Mais c'est l'erreur des œuvres de nature ; Long-tans le beau sur la terre ne dure, Le ciel jaloux aussi-tôt l'en retire.
Afin qu'en haut nos pensers il attire.
L'humaine vie à bon droit se compare Aux vaines fleurs dont le printans se pare, Au froid d'esté, au fueillage d'autonuie, Et au soleil quand l'hyver il rayonne.
Ta gloire. Amour, de tout point est tombée ; La fiere mort ta trousse a desrobée, llompu tes traits, dont ma playe est sortie. Brisé ton arc et ta flamme amortie.
Ne vante plus ta puissance indontée ; Toute victoire à ce coup t*est ostée.
Cest maintenant qu'aveugle on te peut dire, Ayant perdu l'astre de .ton empire.
0 triste a>Till à grand tort on t'appelle Du plaisant nom d'Aphrodite la belle, Mère d'Amour, par qui tout prend naissance, Puis qu'en mon cœur tu meurtris l'espérance.
Las! que me sert ta saison tant aimée, Qui le printans est des autres nommée.
Si pour serain ou pour chaleur qu'il Àce, Je ne sens rien^que nuages et glace ?
Champs, prez et bois prennent tous couleur verte. Seul par le noir je tesmoigne ma perte. Et n'ay pour fleurs, en mon ame amassées. Que soucy double et fascheuses pensées.
EPITAPHBS.
Donc que l'an change en saisons diiferantes, Je seray ferme et mes plaintes constantes; Et, quand le ciel sera plus clair de flame, Tousjours le dueil obscurcira mon i