‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 226 sur 259 · AUTRES ŒUVRES CHRESTIENNES · texte numérisé non relu

AUTRES ŒUVRES CHRESTIENNES

rLÂ[NTË BEL'AtTUtrR

lia chair comme eau s^Gsi eicoulée, Lt ma i*au dcfstcte est coléc Sur mes os ptiuriiy ^^r Jedans^ Tout mon bien est mort en uîie heure* Et rien de moy ne me demeure (Jue Isi levTïî auprès de mes dens»

Mes yeux ont tari leurs fontaines.

Mes nnits d^amertume sont pleines, Mes jours sont horribles d'efFroy; Le sormneU jamais ne me Louche, Kt la puanteur de ma bouche Tait que j'ay mesnic horreur dtj moy*

Ayex ÛB pilJè Tsme atteinte, Au moins yous qui m^aîmez sauf fêJtLte, Bt me plewreï arriereoient :

La ïïiâïn du h^ei^our courroucée S'eal en fureur sur moy poussée, £t me presse ainsi rudement.

ie soupire avant que je mang«^ Ht mon lemissement eslronge Bruit comme un torretjt retenu :

4i)4 ŒUVBES CHBBSTIKNNE.S.

Las ! yay bien raison de me plaindre!

Le malheor qui me faisoit craindre, Comme en sursaut m'est advenu.

0 que ma peine est excessive I Est-il possible que je vive, Si foible en si forte langueur?

Seigneur, punisseur des offiances, On remarque ici tes vengeances Et les forces de ta rigueur.

lié quoy 1 d'un courage adversaire M'as-tu formé pour me desfaire, ITayant fait souffrir longuement?

M'as-tu tiré de la matrice Pour me reserver un supplice Qui serve à tous d'estonnement?

Le soleil, corps de la lumière, Six fois a fourni sa carrière Depuis que ta cruelle main D^sus moy s'est appesantie.

Et que ta fureur j'ay sentie.

Fureur d'un Dieu trop inhumain.

Pardonne-moy si je blasphème; Quand je sens ta rigueur extrême.

Je ne sçauroy doux te nommer; Puis ma bouche, infecte d'ordure.

Qu'à peine, helas! presque j'endure, Me sçauroit plus que blasphémer.

Purge-la, s'il te plaist, 6 sire 1 Afm qu'elle apprenne à bien dire, Pour tes louanges reciter :

Car, si ta main ne la nettoyé, Certes, Seigneur, je ne sçauroye Que maudire et me despiter.

Alors que ton courroux me presse.

Tant de cris vers le ciel je dresse, Qu'on voit Tair d'horreur se troubler; Je maudi la céleste grâce, Et voudroy que ceste grand' masse Se renversast pour m'accabler.

Pourquoy permet ta rigueur forte Que la rage ainsi me transporte?

Car si tu es père de tous, Je suis ton Ûls, et toy mon père; A Ion fils donc, en ta colère.

Use d'un chastiment plus doux.

Si ma parole est trop <

Aussi ton îrâ êsI trop pcjsantf ; llablc-loï donc pour mon confort, 9u BOuftiXJ mes cris pitoyable^^ Aios que j'nUk ^ox lieux c1&oya!jlci D'iiorroui-s, de sUâncR et de mort.

Le ver, avorton de la len^t Se rebecgue alors tiu^on le senct E^onssÉ d'an naturel devoir :

Et moy, portralct de ton image ^ Quand Ion pîé me fonle et m'oittra^», K't»seray-je un peu m'esmouvoir?

Enleti* inoy donc quand je te prie, Respons alors que je m'eacrie^ Monsti-Ê tiioy <|tielâ sont me? pecliez; Et si l'eneur de ma Jeuneasc Herilt^ la grande rudesse Dfei irails contre moy decochei.

i^i l3 vengeance est trop petîtet Tuny moy selon mon mérite, Scig^neuT, ne me pardonne ri^j Hausse ta main rouge de foudre, Et reduy tous mes qb en poudre, Je n'aUens point de plus grand bien.

Ou SI dans ta poitrine sainte La pitié n'eat du tout estflifite. Sauve Touvrage de les inâins; Ta force m'est asse? connue, Et ma pasËion continue Sert de crainte A tous tes humains.

Tpi befliuté luira davantage, Gardant le petheur qui t'tjutrage, , Et le reLJrant du trespas^ Qu'a guarir Je petit uîcej'ir D'un que ton seeoui'a salutaire Jamais n'abandonne d'un pas.

PniHDE

Las ! que leray-je? o^rajr^Je li^usser

yeux au ciel, pour mon cri raclresaï^r, urant La peur qui mon ame environne?

J suis confus, tout te sens me défaut, Mon mil sa Lrouhle. et mort cœur qui tï'essaut fait trembler, tant mon forfait m^esi tonne ! Je veuK fbEr Jp veut fuir devant L'arUenl courmuï de eu gr^ud Dieu vivaut,

4(H» ŒUVR1£S CIIRESTIENNES.

Qui tient en main l'orage et la tempcsto; Car mon péché, qui le rend courroucé, Mérite bien que son foudre eslancé En mille esclats me partisse la teste.

Cachons-nous donc, mais où pourray-jc aller. Au ciel, en l'onde, en la terre ou en l'air, 0 Seigneur Dieu, pour éviter ta face?

Si je me cache en l'obscur de la nuit, Ton œil divin par les ombres reluit, Et tout soudain remarquera ma trace.

D'aller au ciel, tu es là présidant; Il vaut donc mieux fuîr en descendant Et me musser au plus creux de la terre. Mais ce seroit redoubler mon tourment, Car aux enfers tu as commandement, Et jusques là tu me feras la guerre.

Soit que je veille ou que je sois couche, Rien que je fasse, helas ! ne t'est caché ; Tu me descouvre et cognois ma pensée.

Veux- je ftiîr, tu me viens attraper.

Et, pour courir, je ne puis eschapper Devant ta main justement courroucée.

Ne pouvant donc ta fureur éviter.

J'ose, ô mon Dieu I j'ose me presentei-, Palle et tremblant, à ta majesté sainte, La veuê en bas mille pleurs dégoûtant, L'ame débile et le cœur tout battant Dans ma poitrine horriblement attaintc.

Darde sur moy la fureur de ton bras, Saccage moy, fais ce que tu voudras, Lance du ciel ta flamme estincelante ; Je sçay. Seigneur, que je l'ay mérité, Et plus encor pour mon iniquité.

Qui sans cesser devant moy se présente.

Tu peux, helas 1 tu peux me foudroyer : Mais que te sert de ta main desployer Encontre moy, qui ne suis rien que poudre? Tu es tout grand, tout juste et tout puissant; Je ne suis rien ; et, en me punissant. Tu pers. Seigneur, et ta i>eine et ton foudre.

Me chastiant, tu te rens poursuivant Contre un festu qui est poussé du vent ; Tu veux monstrer ta force à un ombrage, A un corps mort, à un bois desseiché, A un bouton qui languit tout panché.

Et au bouillon enflé sur le rivage.

ŒUVRES GHRESTIENIfBS. 497

Ayes pitié, ayes pitié de moy !

Tu es mon tout, mon Sei^eur et mon roy; Seul je t'invoque en ma plainte ordinaire. Souvienne toy que tu m'as façonné, D'os et de nerfs tu m'as environné ; Donc, 6 mon Dieu, ne me vueilles desfaire !

Si je ne suis qu'un bourbier amassé, Tes mains pourtant, tes mains m'ont composé, Tu m'as couvert de chamure et de veines : Quand tu voudras, tu me feras déchoir Comme la fleur qui flestrit sur le soir, Et découler comme l'eau des fontaines.

Desjà, Seigneur, desjà j'ay bien senti Sur moy, chetif, ton bras appesanti; Je n'en puis plus, tant la ri^eur me presse ! Un voile obscur me va bandant les yeux, Mille remors m'agitent furieux.

Et ma vigueur d'heure en heure s'abaisse.

Soit que le jour se monstre en reluisant, Soit que la nuict, toute chose appaisant, Couvre la terre et guide le silence, Las ! je ne puis, je ne puis reposer! Et ma douleur, qui ne peut s'appaiser.

Redouble en force et croisl sa violence.

Ton trait vengeur, contre moy décoché.

De son venin m'a cuit et desseiché ; H boit mon sang, il brusle mes entrailles; Je suis pressé par ton dur jugement D'une frayeur et d'un estonnement.

Et sens au cœur mille rouges tenailles.

Si quelquefois je souhaite la nuit.

Pensant chasser le souci qui me suit Et la fureur de mes peines terribles.

Las ! je n'ay clos les yeux pour sommeiller, Que tout tremblant il me faut reveiller, Espouventé de visions horribles.

Mes tristes jours coulent légèrement, Je n'atten rien qu'un obscur monument, Je ne voy rien qui ne soit effroyable; Tout me desplaist, et suy si plein d'esmoy Que mesme, helas I je me fasche de moy. Me cognoissant si pauvre et misérable.

0 Seigneur Dieu, qui vois ma passion, Ne me délaisse en ceste affliction !

Chasse ton ire, adoucis ton courage, Vueille en douceur la colore changer.

498 ŒUVRES CHRBSTIENNES.

Tens moy la main, sauve moy du danger, Qui m'est prochain par ce cruel orage.

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