‹ Œuvres de Philippe DesportesChapitre 45 sur 259 · LIVRE SECOND · texte numérisé non relu

LIVRE SECOND

Amour, trie et choisis les plus beaux de ces vers Et raye à ton plaisir ceux de moindre mérite . Qu'à ce fascheux labeur ta louange t'excite, 'est dessous ton beau nom qu'ils vont par l'univers.

Ils sont nés de ta flame et des tourmens divers Dont tu me fis présent, quand je vins à ta suite : Ma prise et ta victoire au vrày s'y voit décrite ; Cest le papier journal des maux que j'ay souffers. •

Ceux qui ne t'ont connu, sinon par ouy-dire, Ne doivent curieux s'arrester i les lire : Aux seuls vrais amoureux oe livre est réservé.

Les autres ne croiroient tant d'estranges alarmes ; Las I si n'ay-je rien dit que je n'aye esprouvé, Et chacun de ces vers me couste mille larmes.

DIALOGUE

Arreste un peu, mon cœur, où vas-tu si courante

— Je vay trouver les yeux qui sain me peuvent rendre.

— Je te prie, atten-moi. — Je ne te puis attendre, Je sais pressé du feu qui me va dévorant*

— 11 faut bien, 6 mon cœur 1 que tu sois ignorant. De ne pouvoir encor ta misère comprendre : Ces yeux d'un seul regard te réduiront en cendva : Ce sont les ennemis, t'iront-ils secourant?

— bàvera iflf «notmis si dottcwunt on n'use

OIÀNB.

£n lay voyant d'un valet faire c<mt«.

Que toute noict à son huis je lamente, Et qu'elle soit à se niocquer de moy, Aux bras d'un autre heureusement contente.

Qu'un chaud martel, qu'une aspre jalousie De cent fiireurs recompensent ma foy.

Et que tousjours mon ame en soit saisie.

Que mon teint pasie et mon visage blesme, De tant d'ennuis maigre et défiguré, Ne soit horrible et m'étonne moynaiesme.

Que le soleil à regret me regarde, Bref, que le ciel, contre moy coi\juré, Pour mon salut ma mort mesme retarde.

Nais, si d'Amour la sagette meurtrière Ne me peust plus désormais entamer, 0 justes dieux ! accordez ma prière I

Qu'en peu de jours cet œil, mon adversaire. Flambeau d'amour qui m'a fiaiit consumer, Perde sa flame et sa lumière claire;

Que ses cheveux, dont mon ame toi prise« Laissent son chef, après avoir changé Leur ooQleor d*or en une couleur grise.

Que de ses mains son miroir elle rompe, Voyant sa hce, et que je sois vangô De ce crystal qui maintenant la trompe. ^

Qu'elle ait regret à sa jeunesse folle. Et qu'elle apprenne, helas ! trop chèrement, Que la beauté comme le vent s'envolle.

Lors sans danger, sans douleur et sans crainte, ■ Je me riray d'avoir si longuement A la servir ma liberté contrainte.

Puis je prendray sa vaine repentance Et ses MN^>irs pour heureux payement De mes douleurs et de son arrogance.

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