LA RÉPUBLIQUE DE SAINT-MARIN
J*ai hanté ses palais de chaume , J'ai chanté ses pommiers en fleur.
Mais son ciel est triste et s'ennuie; Mais point de vin , même point d'eau , Si ce n'est celle de la pluie Qui verdit au fond d'un tonneau.
Ici , le soleil sur ma tête Rit sans cesse dans un ciel pur.
Où la lumière sur l'azur Verse un air d'étemelle fête.
Combien à la plaine de Gaux , Bien que de verts chemins coupée .
Je préfère avec ses échos Cette république escarpée !
Un chemin charmant y conduit , Bordé d'une haie embaumée , Qui , de grenadiers parsemée, A ses fleurs voit s'unir leur fruil.
La république tout entière Est assise sur un rocher.
Et l'on n'en saurait approcher Sans escalader la frontière.
En la plaçant sur ces sommets • Aux générations futures Ses fondateurs ont à jamais Sauvé le luxe des voitures.
Sans cour, sans garde, sans palais.
Son gouvernement est modeste ; Trente écus en font tous les frais , Et les ministres vont en veste.
Une cloche , pour avertir Et convoquer les assemblées , S'en va, dans les quatre vallées.
Chez tout le peuple retentir.
Un tel pays rendrait bien vaine L'ambition d'un conquérant. Des rochers au bord d'un torrent !
Un héros y perdrait sa peine.
La république a des voisins Qui n'ont à leur tour rien à prendre, Et, pressée entre deux ravins.
Où chercherait-elle k s'étendre?
Heureuse la nécessité
Qui nous condamne à la sagesse .