‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 35 sur 98 · PAULINE AUBERNON · texte numérisé non relu

PAULINE AUBERNON

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l" janvier 1835.

Au temps des muses de boudoir, Quand les femmes étaient des roses Toujours nouvellement écloses.

Comme sur le don d'un mouchoir On* t'aurait dit de belles choses !

Un poëte aimable et musqué

Sans doute alors n'eût pas manqué

De te transporter en Asie,

Et d'offrir à tes dix-sept ans ,

Dans sa galante poésie,

Les mouchoirs de tous les sultans.

Autre temps, mode différente.

La muse badine et galante A vu mourir ses vieux succès.

Un excès remplace un excès.

Tout a changé, vers et musique, (îoùt et parure, mœurs et lois.

Le mouchoir, galant autrefois, Est devenu triste et tragique.

Misanthropie et repentir De son boudoir l'ont fait sortir.

Chez Thalie et chez Melpomène , Dans les loges et sur la scène, 11 a plus d'un rôle h remplir.

Il suit cette reine qu'on pleure , Jusque sous la main du bourreau ; Pour lui cacher sa dernière heure Sur ses yeux il met un bandeau ; Ou , terrible aux mains d'Othello ,

A UNE JEUNE AMIE. Ml\

D'un jaloux crédule et sauvage Jusqu'au meurtre il pousse la rage.

Oh ! pour un mouchoir quel orage !

Garde-toi de laisser traîner.

S'il te demande en mariage. Celui qu'il voudrait te donner.

Quant à celui que je t'envoie.

Il ne porte que paix et joie ; Reçois-le comme un souvenir, Qui de tes jours d'adolescence Et d'un ami de ton enfance Vienne parfois t'entretenir.

Si de quelque fête on te prie , Qu'au moment de sortir le soir, Au fond de l'odorant tiroir Ta main prenne sa broderie; Qu'avec l'éventail de sandal Il te garde ta place au bal; Qu'au sortir de l'ardente fête Du froid il préserve ta tête ; Et, si parmi tes jours sereins.

Bien que de tant de vœux suivie , Il se glissait quelques chagrins Inséparables de la vie ,

ne POEMES ET POÉSIES.

Qu'aux yeux prompts à les épier Des tiens il cache les alarmes, Et n'y trouve jamais de larmes Qu'il ne puisse vite essuyer !

Saint-Sauveur, août 1833.

Sous leur beau ciel j'ai voulu voir Ces célèbres monts Pyrénées , Gravir leurs penchants , et m' asseoir Sur leurs cimes, qu'on voit le soir De roses et d'or couronnées.

Si mon souvenir n'est obscur.

Les Alpes s'élèvent moins belles.

Et font sur leurs sommets d'azur.

Dans un ciel moins vif et moins pur, Briller leurs neiges éternelles.

Mais, seul , je me sens attristé; Au plus beau spectacle du monde Mon cœur reste désenchanté.

Si je n'ai pas , à mon côté, Un cœur ami qui me réponde.

Jeune, de ma vie autrefois J'aurais rempli ce beau voyage.

Animé les rocs et les bois ; Et tristement je m'aperçois Du progrès rapide de l'âge.

Le Viguemale m'a montré

Sa cime entre toutes fameuse ,

Bergoms , son pic tant célébré ,

Et, dans le ciel, le Marboré

Sa brèche immense et merveilleuse ,

La brèche qu'au mur colossal Qui sépare France d'Espagne Ouvrit , par un coup sans rival , De sa magique Durandal , Roland, neveu de Charlemagne.

Tous ces beaux et célèbres lieux Qu'a recherchés ma vie errante ,

Restés froids et silencieux , En attirant au loin mes yeux Laissaient mon âme indifférente.

Tout à coup la suave odeur D'une herbe fraîchement fauchée Attira mes pas et mon cœur Vers des prés oîi , d'un buis en fleur, Une humble source était cachée.

Et mon âme , ouverte soudain Aux souvenirs qui l'ont saisie , S'envole vers le ciel lointain Qui voit le limpide Durtain S'unir à sa sœur la Voulsie.

Pourquoi venir chercher si loin Des montagnes si renommées?

Ce qui me charme , c'est un coin De prairie , où je vois le foin Monter en meules embaumées.

En face de ces grands tableaux , S'il en est quelqu'un qui me rie , C'est le plus petit des ruisseaux , Qui soudain fait luire ses eaux Sur le velours d'une prairie ;

C'est une humble touffe de buis , Qui , me rendant ma jeune histoire , Remet sous mes yeux , au pays , Les sentiers grimpants du Rubis , Et leur parfum dans ma mémoire ;

Ces jours pour l'enfance si beaux.

Lorsqu'au temps des saintes fériés , On venait, de tous les hameaux, De son buis cueillir les rameaux Pour en fêter Pâques-fleuries. ^^

Chemins du Rubis , mes amours , Que hantait la troupe écolière!

Devant mes yeux je vois toujours Flotter leur image , et les jours De mon enfance buissonnière.

Mon souvenir, de toutes parts , Avec les hommes d'un autre âge , Erre , parmi ces vieux remparts , Jérusalem , où leurs regards Croyaient retrouver ton image; ^*

De ces coteaux et de leurs tours.

Plongeant dans la fraîche vallée.

Il va suivant dans ses détours L*eau qui promène un double cours, D'aulnes et de saules voilée ;

11 cherche ces champs de rosiers , Trésors conquis sur la Syrie , Dont , en ses odorants paniers , Chaque aurore, aux mois printaniers.

Récoltait la moisson fleurie. ^^

De quel ombrage éblouissant, Oasis de nos blondes plaines, Ton beau cercle entoure et défend La ville qui me vit enfant Jouer autour de ses fontaines ! ^*

Dans le monde est-il un séjour Où plus pur soit l'air qu'on respire. Où plus doux s'écoule le jour, Où l'on sente avec plus d'amour Du pays l'indicible empire !

Mais le Gave , au fond des ravins .

De son bruit frappe mon oreille.

Comme d'un songe je reviens; J'étais endormi dans Provins , A Saint-Sauveur je me réveille.

Je me retrouve seul assis

Sur la meule où j*ai cherché Tombre,

Et voilà les cieux obscurcis ,

Les vallons sont au loin noircis ,

Et Therbe verte devient sombre.

Tous les pâtres vêtus de peaux Redescendent vers l'avenue; Le son des alpestres pipeaux , Et les clochettes des troupeaux, Disent que la nuit est venue.

Allons , pendant qu'un bruit pareil Dans tous les vallons se prolonge , De la nuit suivre le conseil, Et demander au vrai sommeil De continuer mon doux songe.

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