‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 40 sur 98 · FAMILIÈRES · texte numérisé non relu

FAMILIÈRES

♦0 juillet 1830.

Il n'est pas inutile , si cette pièce est destinée à un avenir quelconque, de placer ici plusieurs faits et plusieurs dates qui expliquent ce que plus tard elle pourrait avoir d'obscur; car les événements en ce siècle se pressent, se succèdent, se recouvrent les uns les autres, comme les vagues; chaque jour a le sien, qui vient effacer incessamment celui de la veille, de telle sorte que ce qui fait un moment parler tout le monde comme l'affaire importante de l'Europe est oublié l'instant d'après , pour une affaire également importante et également oubliée le lendemain.

II n'y a peut-être rien de plus philosophique qu'un vieux numéro de journal, ou une vieille affiche de proclamation royale restée au coin d'im mm*; rien qui fasse

i08 PRÉFACE

mieux voir combien le temps marche et combien sont vains ces grands et illustres événements qui occupent tous les intérêts, tous les yeux et toutes les pensées.

La Grèce a été neuf ans le spectacle de la France et de l'Europe. Elle a joué devant nous, durant ce long période , un beau drame , bien héroïque , plein d'intérêt et de péripéties. ï-es spectateurs à la fin se sont mêlés à la pièce, et lui veulent faire aujourd'hui un dénoûment de leur façon. Or pour prix du secours faible et tardif que les Grecs ont reçu, feront -ils l'abandon de leur indépendance et l'hommage-lige de leur liberté? et doivent-ils se voir définitivement imposer un roi? un roi étranger? dirai-je, un roi Anglais? c'est là la question : question pour un temps suspendue , et que je n'établis ici que pour mémoire , car l'ordre du jour est tout entier à la guerre d'Afrique. Le canon des Invalides , qui vient d'annoncer dans Paris la prise d'Alger, domine tout autre bruit , et de si graves intérêts se soulèvent à la suite de cette conquête, qu'ils font taire tout à fait aujourd'hui ces intérêts de la Grèce dont les esprits étaient hier si animés et les feuilles publiques si pleines. C'est pour cela qu'il est d'autant plus nécessaire de fixer l'état actuel d'une question qui reviendra plus tard et des détails, nécessaires du moins à l'intelligence de mes vers.

Il était difficile que l'Angleterre et la Russie, voisins

DU ROI DE G-RÈCE. î09

immédiats du nouvel État grec, s'entendissent, non sur la forme de son gouvernement, mais sur la personne de son roi. Ce choix a été remis à la France, plus désintéressée par position, et peut-être par nature, que ses deux alliées. Pour prix de ses généreux sacrifices d'argent et d'hommes, l'Angleterre trouva d'autant plus juste de lui témoigner cette déférence , qu'elle-même, grâce aux ministres qu'elle nous a donnés, était bien sûre de dicter le choix. Et en effet, cette combinaison a produit pour roi de Grèce une altesse royale anglaise, le prince Léopold de Saxe-Cobourg.

Tout le monde sait qiie le prince Léopold avait désiré cette couronne. Il connaissait très-bien, en la demandant, le protocole signé à Londres par les trois puissances le 12 juillet 1827. Il n'ignorait pas quelles limites ce protocole accordait à la Grèce. Des difficultés financières l'avaient quelque temps arrêté ; mais enfin, ces difficultés aplanies , et après avoir obtenu pour un emprunt de 60 millions la garantie des trois puissances , il songeait au départ. Son vaisseau se préparait à Portsmouth ; il allait s'embarquer sur un beau bâtiment de la marine royale de 74 , sur le Gange ; tout à coup on apprend que le prince Léopold abdique.

Et voici ce qu'il donne pour raison. D'abord , les frontières qu'on a faites à la Grèce ne peuvent pas lui suffire et ne garantissent pas son indépendance ;

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