‹ Œuvres de Pierre LebrunChapitre 42 sur 98 · AVANT-PROPOS · texte numérisé non relu

AVANT-PROPOS

Nous ne saurions dire ici comment cet écrit est venu en nos mains ^ ; il y est arrivé d*une manière toute singulière et tout imprévue. Nous prenons sur nous une grande responsabilité en l'imprimant sans être certain que cela convienne à l'auteur, et persuadé que nous somnoes, du moins» de faire ainsi une chose utile.

Ces vers semblent avoir eu pour but de se moquer de quelques journaux et des bruits absurdes dont ils s'étaient rendus les échos, au sujet d'une œuvre de haute politique et de défense nationale , faite à elle seule pour illustrer un règne. Us ne manquent, selon nous, ni de raison, ni de vérité.

1. Cet avant-propos a élé écrit en 1815 par jeu de l'auteur qui voulait alors i;ard«T Tanonyme.

Î4fi AVANT-PROPOS.

Le bon bourgeois se dit de province. Quoique la province compte maintenant un très-grand nombre d'excellents poètes , et que le jeune auteur (nous le supposons jeune) nous paraisse avoir été élevé à bonne école , nous oserons lui conseiller toutefois, dans l'intérêt de ses succès , s'il habite en effet les départements, de venir à Paris faire connaissance avec les grands modèles dont la capitale abonde. Il y a beaucoup de talent dans son œuvre, c'est vrai, mais aussi bien des traces d'inexpérience. Qu'il vienne fréquenter, non les académies qui le perdraient , mais les salons de nos maîtres illustres. Il peut certainement avec de l'étude , de l'esprit de conduite et des camarades, finir par se placer au nombre des soixante ou quatre-vingts plus grands poètes vivants de la France.

Quoi qu'il en puisse être , la curiosité la plus vive s'est attachée à cet opuscule si original, qui n'est pas sans à-propos et sans patriotisme. Cinq éditions ayant été épuisées avant la mise en vente , nous commençons par la sixième , qui paraît devoir être suivie en peu de jours d'un grand nombre d'autres.

Le manuscrit que nous avons sous les yeux porte le titre de comédie. Nous nous croyons oblige de lui conserver ce. litre, quoique nous ne sachions pas

bien, nous devons l'avouer/ ce que Tauteur a entendu par là, car une comédie, c'est un poème familier renfermant une action et se nouant et se dénouant à Taide de plusieurs personnages. Ainsi le Bachelier de Ségwie, de M. Casimir Bonjour, s'il était gai , serait une comédie. Ici rien de semblable. Peut-être l'auteur a-t-il voulu exprimer qu'il n'avait pas entendu faire ce qu'on appelle une épître, mais mettre en relief un individu peint au point de vue grossissant de la scène , un personnage composé de bon sens et de ridicule qui , dirigé par l'auteur dans une voie de vérité exagérée , dit plus qu'il ne dirait dans la réalité, se moque sérieusement de lui-même, se surfait sans s'en douter, va dans l'expression de ses sentiments plus loin qu'il ne croit, et montre à son insu le coin de ridicule qu'il y a au fond de presque toutes les choses et de presque tous les hommes. Peut-être aussi l'auteur a-t-il voulu parler du genre de style dans lequel cette pièce est écrite , ce style familier qui ressemble à de la conversation et qui est en effet celui de la comédie. Dans le style de l'épitre, le poète doit se faire davantage sentir; dans le style de la comédie, il se cache le plus qu'il peut pour laisser parler le personnage. C'est ce que l'auteur de cette pièce paraît avoir voulu faire en écrivant ce monologue d'un brave bourgeois, jugeant les choses selon son journal ,

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