AVERTISSEMENT
lorsque j'entrepris, il y a deux aas, la publication de la Bibliolhèque elzevirienne, je m'étais posé ce problème :
(c Publier une collection d'ouvrages d'é- » lite , dignes de tous par leur exécution » matérielle, à la portée de tous par la modicité de » leur prix. »
Jusque alors, les curiosités littéraires du genre de celles qui doivent composer en grande partie la Bibliothèque elzevirienne n'étaient — lorsqu'on les publiait — tirées qu'à un très petit nombre d'exemplaires , destinés à des amateurs riches et fervents. ' La rareté native et le prix exorbitant de ces publi-
cations les rendaient inabordables pour le plus grand nombre des lecteurs , et particulièrement pour ceux qui lisent pour les autres : les littérateurs ne sont pas tous assez riches pour acheter des livres sans regarder au prix.
En présence du mouvement qui porte la génération actuelle vers l'étude sérieuse des mœurs , de la littérature et de l'histoire du passé, je crus faire une chose utile en vulgarisant, autant qu'il serait en mon pouvoir, les documents propres à faciliter cette élude.
Malgré ma foi dans la possibilité de créer un public nouveau pour ce genre de livres , je crus devoir faire de mon mieux pour satisfaire les goûts du public déjà existant, goûts que je partage d ailleui's : je trouve qu'un bon texte ne perd rien à être imprimé avec un certain luxe.
Le luxe dans les livres , je l'entends à ma manière.
Peu de texte dans un grand format, sur de beau papier très blanc, brillant, glacé, satiné — mais brûlé, cassant, d'une qualité déplorable — ce n^est pas là mon fait. Le format, je le veux commode ; le papier, je le veux solide avant tout; du texte, j*en veux pour mon argent. Qu'il soit net, lisible sans fatigue, et cela me suffit.
Au point de vue des résultats — je ne parle pas des moyens — l'art d'imprimer les livres a fait peu de progrès depuis deux siècles. Les petits volumes sortis des presses des Elzevier auront long-temps encore de nombreux admirateurs. En donnant à ma collection le nom de ces imprimeurs illustres, j'ai compris rétendue des obligations que je m'imposais. J'ai fait de mon mieux pour ne pas rester trop aa dessous de mes modèles J'ai fait fondre des caractères, graver des ornements, fabriquer du papier, modifier des presses. Les éloges que des amateurs d'une autorité considérable ont bien voulu donner à mes petits livres me prouvent que je suis dans la bonne voie. Je tâcherai d'atteindre le but.
Si le format et l'exécution matérielle de mes volumes ont trouvé des approbateurs, l'entreprise en elle-même a été bien accueillie. Le public sur lequel je comptais a répondu à mon appel ; son concours ma permis d'entreprendre la publication d'un assez grand nombre de volumes , qui sont sous presse ou en préparation.
Je ne crois pas nécessaire de donner un catalogue détaillé des ouvrages que je me propose de faire entrer dans la Bibliothèque elsevirienne. Il suffit de rappeler le plan général. Cette collection doit se composer : fo d'ouvrages anciens, inédits ou rares, utiles pour l'étude des mœurs, de la littérature ou de l'histoire ; 2° des ouvrages antérieurs au XVIIl« siècle qui jouissent d'une réputation méritée. Les ouvrages postérieurs au XV1I« siècle ne seront admis que par exception.
D'ailleurs , chaque volume qui parait jette un nou veau jour sur le plan que je me suis tracé. Ainsi j'ai publié :
Moralistes. La Rochefoucauld ^ La Bruyère^ le Livre du chevaiier de la Tour^ qui serait mieux placé parmi les conteurs. Plus tard je donnerai Montaigne, Charron, Vauvenargues,
Beaux-Arts. Mémoires pour servir à Vhistoire de V Académie de peinture, — Le livre des peintres et graveurs, J'û d'autres ouvrages du même genre à faire paraître.
Poésie. Gérard de Rossillon , poème provençal ; Les Mémoriaux de Saint- Aubin des Bois, Villon, Roger de Collerye, Régnier^ Chapelle et Bachaumont, J'ai sous presse ou en préparation : plusieurs Chansons de gesleSf entre autres Regnault de Monlauban^ en 17,000 vers; le Recueil général des fabliaux et contes des poètes françois ; un Recueil d'anciennes poésies françaises, morales, facétieuses, historiques; Matheolus , Gringore, Clément Marot , Vauquelin de la Fresnaye, Saint- Amant, Senecé [œuvres connues et inédites) , et quelques autres.
Théâtre. Six volumes de V Ancien Théâtre françois, A côté de cette collection, je donnerai les œuvres de Molière, Corneille, Racine , etc.
Romans et Goktes. Melusine, \e Roman bour-^ geois. Don Juan de Vargas, Six mois de la vie d'un jeune homme. J'ai en préparation plusieurs autres romans et une suite considérable de conteurs.
Facéties. Les Quinze joyes de mariage, la Nouvelle fabrique des excellents traits de vérité, les Evan' ailes des Quenouilles, les Caquets de l'Accouchée. J'ai sous presse ou en préparation : Morlini, Rabelais, Tabourot , et beaucoup d'autres.
Histoire. VHistoire notable de la Floride, les Aventures du baron de Fseneste, les Mémoires de la Marquise de CourceUes, J'ai sous presse quelques
autres relations de voyages, les Souvenirs de Madà" me deCayluSf les Mémoires de Madame de laGuetley et en préparation plusieurs ouvrages intéressants.
Paris, le i" septembre i855.
P. Jawnbt.