‹ Œuvres de Roger de Collerye (volume 2)Chapitre 70 sur 123 · PLUSIEURS RONDEAUX · texte numérisé non relu

PLUSIEURS RONDEAUX

i vostre cueur s'adonnoit à aymer Geluy d'hier, qui en votre saîette, Après disner parloit à vous seullete, Ne trouvères en luy nul goust amer.

Son franc voulloir ne debvez pas blasmer, A acquérir vostre amour se délecte,

Si votre cueur.

S'il vous plaisoit votre amy le clamer, Ung plus grant bien au monde ne souhaite, Car desconfort, qui les amans deshaite, Ne le sçauroit d'ennuy faire pasmer.

Si vostre cueur.

Du tout vostre, sans plus en enquérir Qui désire votre grâce acquérir.

Rondeaux.

'ay craincte et peur de ne voir ja-

[mais l'heure Qu'avecques vou8 à toujours je demeure, Mon seul désir où j*ay mys mon entente, Car, si de moy vous estiez mal contente Ne doubtez pas que de dueil je n'en meure.

Pensant en vous mon cueur gemist et pleure, Puis mon esprit en grantz regretz labeure ; Doubtant avoir de vous trop longue attente J'ay craincte et peur.

Touchant ra'amour, soyez-en toute seure , Car vous l'avez, de cerje vous asseure; Mon coeur, mon corps, mon bien, je vous pre- Mais de plaisir et soûlas je m'exempte [sente ; Se bon espoir par vous ne me sequeure, J'ay craincte et peur.

De vostre ami, qui n'auroit nulz ennuytz, Si avec vous il estoit jours et nuyts.

uis qu'à vous suis, ma dame et ma

[maistresse.

Soyez à moy, et ostez la tristesse De mon las cueur, que tenez en prison,

Rondeaux. 177

Qui n'est atteint d'aucune mesprison, D'avoir vers vous prins chemin et adresse.

De convertir ma douleur et destresse Et mon ennuy en soûlas et liesse A vous en est, aussi esse raison, Puisqu'à vous suis.

De bien aimer, ce me seroit simplesse Sans estre aimé; prenez donc hardiesse De me monstrer en ce temps et saison Qu'avecques vous j'auray bonne achoison Par ung désir extraict de gentillesse, Puisqu'à vous suis.

Du tout à vous qui, en place et en voye.

Désire fort qu'à son plaisir vous voye.

uant noz deulx cueurs s'accorderont

/ [ensemble Et que pourront l'ung de l'autre jouyr Et sans danger souvent nous resjouir, Ung tel plaisir vault beaucoup, ce me semble.

Si le vouloir qu'avez au mien ressemble Meilleur propos je ne désire à ouyr Quant noz deulx cueurs.

La feulle suis qui souvent soubz vent tremble, Regrect me point, dueil me vient esbiouir ;

17^ Rondeaux.

Mais si m'aymez, chagrin qu'on doit fuyr Garderay bien qu'avec nous ue s'assemble Quant noz deulx cueurs.

Du tout TOfltre qui souYent vous escript^ Lequel a peur d'estre par tous prescript.

'ardante amour biens souvent me

[transporte En certain lieu, en vegardaat la porte Et la maison où demeure ma mye , Mais de heurter à Thuys je n'ose mye De peur des gens, parquoy je m'en déporte.

Pour le regret que mon las cueur en porte , Et que mon dueil nul ne plainct ne supporte, Incessamment tout le corps m'en fremie D'ardante amour.

Si le procès qu'elle a bien se comporte Et force argent de brief on lui apporte De m'esjouyr ne sera endormye ; Et qu'ainsi soit, à ce bon Jheremye Prophète sainct, du tout je m'en raporke D'ardante amour.

Du Tostre entier qu'avez veu et ony Qui a?ec vous de son cueur n'a jouy.

R0N»DEAUX.

i».— **-«ii ti »

aison y est, juste cause, et matière Que me devez exiber vostre grâce Yeu que devant vostre amoureuse face Je vous ay dict ma volunté entière.

Si de mon cueur vous ay faicte héritière Octroyez moy ce que je quiers et trace, Raison y est.

Pour me garder de me veoir en litière Consentez donc que mon plaisir je face, Et ne souffrez que mort mon corps deface Et que par vous ne soit en cymetière , Raison y est.

De par celluy qui n'actend que la mort, Si envers luy pitié ne vous remort.

ur toutes fleurs j'ay me la marguerite Mise au milieu de mon beau jardinet Car son regard, qui est si sadinet *, De cœur humain toute grâce mérite.

Long temps y a que seule Tay eslite Pour mon plaisir, d*ung vouUoir pur et net, Sur toutes fleurs.

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