‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 244 sur 267 · FRAGMENTS RELATIFS AUX AVERSIONS · texte numérisé non relu

FRAGMENTS RELATIFS AUX AVERSIONS

(Ms. et Coll.)

* Tandis que nous ne favorisons point nos aversions, elles nous sont une tribulation, laquelle il faut souffrir comme une autre. Mais il faut au commencement examiner la source de nostre aversion, qui souvent se trouve proceder de nostre imperfection ; parce que quand le mal est cogneu il est plus facile à guerir, et l’ayant recogneu il faut mortifier la passion d'où il procede.

Or, en toutes aversions, il faut observer de ne diminuer point les actes de charité envers la personne à laquelle nous avons aversion ; il la faut servir, luy parler, la caresser, non seulement comme si nous ne luy en avions point, mais davantage, et en cela nous tesmoignerons nostre fidelité à Dieu et obeirons à sa volonté signifiée, qui est que, contre toute nostre repugnance, nous nous surmontions, ainsi que j'ay dit, a la caresser. Or, ayant appliqué ces remedes, ne vous mettez point en peine, mais souffrez de bon coeur sans desirer d’estre delivrée de vostre affliction, demeurant sousmise au bon plaisir de Dieu, qui est que vous soyez ainsi exercée.

ll arrive quelquefois que l'on a de l'aversion non pas aux personnes mais aux actions d'icelles. Celles-cy sont les moins mauvaises, quoy que tousjours il y ayt de l'imperfection, car si quelqu'un fait quelque chose qui n'est pas bien, il faut le regarder avec compassion et non pas en concevoir de l'aversion. Un exemple : il y en a qui

ont une grande inclination à la propreté, et concevront de l’aversion contre une personne malpropre, et feront une correction plus aspre pour ceste messeance que non pas pour quelque grand peché; or, cela est une grande imperfection. Mais s'ils avoyent de l’aversion esgalement à tout ce qu'ils verroyent faire qui offenseroit Dieu, cela proviendroit d'un bon zele; neantmoins il seroit par apres dangereux de passer de l'aversion de l'action à l'aversion de la personne; et en ceste sorte, encor que pour l'ordinaire elle n'oste pas la charité, elle en oste la suavité.

Or, ce n'est pas à dire que quand l'aversion est un peu forte nous puissions tousjours parler avec la mesme allegresse que si nous avions une amitié suave ; car si bien il est en nostre pouvoir de parler et faire toutes autres actions, il ne nous est pas pourtant possible de les faire avec un visage aussi gracieux que si nous n'avions point ceste difficulté. C'en est de mesme comme d'une personne melancolique ; car il est en son pouvoir de chanter, de se promener, de dire des paroles de recreation, mais elle ne peut pas faire tout cela de l'air ni de la grace qu'elle feroit si elle n'estoit melancolique : aussi ne faut-il pas requerir cela ni de l'une ni de l'autre, car il ne seroit pas à propos. Or, quand il ne s'ensuit point autre chose de nos aversions sinon qu'en parlant à ceste personne nous ne sommes pas du tout si gays ou que nous destournons un peu nos yeux de dessus elle, cela n'est pas grand cas ; il y a seulement matiere d'abaissement et d'humiliation, mais non pas de confession. De mesme, si je suis obligé de reprendre et advertir ceste personne de quelque defaut, et qu'ayant dressé mon intention de le faire avec charité il m'arrive neantmoins en parlant un peu de sentiment, cela n'est point peché et est presque inevitable à tout le monde ; un simple abaissement devant Dieu suffit pour reparer ceste faute. Mais si nostre aversion continue et que nous fassions quelque action ou disions des paroles par ce motif, alors il y a du mal, car despuis que le cœur le pousse jusques à /a bouche, c'est signe que la volonté est coulpable et qu'elle n'a pas reprimé le premier mouvement.

* Il y a tousjours un petit mot à dire sur le sujet des aversions, bien que non pas pour nous arrester beaucoup, car nous l'avons desja dit d'autres fois qu'il ne se faut pas estonner si l'on ne rit pas de si bonne grace que si l'on n'en avoit point, non plus que quand on se trouve mal; car en ces deux occasions, pourveu que l'on se sousrie un peu et que l'on ne tienne pas sa contenance refrognée quand on nous parle, nous nous devons contenter; car quand la

* Voir l'Entretlen I^ p. 62, (d’).

Voir p. 122. (e).

passim e ic esmege Lose fee— ES le de faire meilleure mine, 32 DIS ASI CEUX ALDXIOEN 3205 avans de laversion ou quand le TL DIS presse Cr Tver. DIS avocs socventesfois dit cecy, c'est Peur I st Se nas Sacs quil faut marcher selon la parte Serie re ee da vive de Dostre perfection, et ne nous pas Sue des esmimics de La puarbe ixeneure : autrement nous semics ec pernetozi chat er inzuietade d'esprit. et ne ferions pas grani sa ce D ia 22 iaisser grooder. et ne pas suivre ses vinicias. Asa? tocsiacrs regner la raison, qui veut que nous nous SCI-XCIXCS € tactes des accasioos pour plaire a Dieu et observer ke pacte 505 Regies 4,— dt guil se faut avmer cordialement.

DR LENTRETZIN DE LA DESAPPROPRIATION

(Ms.)

* Il faut bien prendre garde quand nous sommes esmeus de queljue passion. de ne faire point d'action qui parte de nostre mouvement: quand neantmoins il arrive en des choses de peu, comme seroit de jetter une plume ou chose semblable avec un peu de sentiment. ce n'est pas matiere de confession. Il s'en faut pourtant declarer a la Superieure et s'en amender: car autrement ce seroit nourrir volontairement son imperfection.

Il faut regarder ava: beaucoup d'honneur et d'estime toutes les choses de nostre Institut et toutes les actions de mortification, de pieté et devotion qui v sont conformes et que les Superieurs permettent. Il arrive pourtant quelquefois que nous v avons de l'aversion par la mauvaise inclination de nos esprits : de façon que l'un se desplaira de voir seulement baiser terre, l'autre de voir dire une coulpe, ou quelque autre mortification. Or, de les mespriser ou censurer ce seroit une presomption trop insupportable : il se faut bien garder de le faire, car ce seroit un trop grand mal : aussi n’arrive-t'il pas de ceste sorte. Mais ce defaut est en toutes les personnes spirituelles que j'ay jamais cogneués, par la nonchalance et descouragement. La nonchalance fait que nous n'avons pas le courage de faire les mortifications, ni de desirer que l'on nous y

exerce, c'est pourquoy nous avons aversion à les voir faire aux autres ; et le descouragement nous fait ennuyer et dire : Mon Dieu, la grande peine! ce n'est jamais fait, je ne vis jamais tant de choses, c'est tousjours à recommencer. Il ne faut donc pas se laisser ainsi aller selon ses inclinations ou aversions, mais suivre la raison et la conduite des Superieurs.

Et pour ce qui est de quel esprit l'on doit recevoir les mortifications, si l'on nous y preparoit en nous advertissant deux heures devant, il seroit aysé de n'en estre point esmeus ; mais quand elles arrivent par surprise il est bien difficile. Les mortifications que nous choisissons, encores qu'elles soyent repugnantes à nostre nature, depuis que nous en avons fait l'election, il n'y a plus de difficulté parce que nostre nature en tire de la vanité; mais celle qui est faite par nos Superieurs, il la faut recevoir comme de la main de Dieu, avec honneur et humilité. Les mortifications nous arrivent par l'ordre de la providence de Dieu et nous sont tousjours faites avec charité, et faut le croire ainsi, car il ne nous appartient pas de juger si elles partent de la passion. Mais s'il arrivoit que cela nous tombast en la pensée, il faut le recevoir par forme de tribulation, avec douceur, et regarder tousjours la main de Dieu; car encores qu'il ne soit pas autheur du mal et de ceste passion, puisqu'elle devoit arriver, Nostre Seigneur la prend de sa main et Ia pose dessus nous, pour nous faire meriter par la souffrance de la tribulation.

Nous devons grandement aymer de faire et voir faire aux Sceurs tout ce qui leur peut proffiter et les avancer à la perfection, et en faire beaucoup d'estime; car ces petites pratiques, encor qu'elles semblent de peu de valeur, sont plus utiles que les grandes. Les grandes se rencontrent rarement, et ces petites sont sans nombre et doivent estre faites avec soin et affection : comme de parler bas, marcher doux, estre proprement et nettement habillée. Car si vous battez des portes ou marchez fort, vous troublez la tranquillité d'une Sœur qui est peut estre en oraison ; si vous estes habillée de travers ou avec quelque indecence, vous donnez occasion à une autre de rire ou de se distraire de la presence de Dieu, et luy faites ce dommage ; et ainsi en d'autres occasions. Et cela est mal, car nous devons toutes estre en ce continue] exercice de charité, de contribuer tout ce qui nous est possible pour le bien les unes des autres ; car tout doit estre en commun, voire Nostre Seigneur mesme : il ne veut pas que nous l'ayons en particulier, il veut tellement estre en particulier qu'il soit à tous en commun, et tellement en commun qu'il soit à tous en particulier.

Quand l'on est tenté de quelque tentation où il y a danger de

* Voir p. 237, (T).

443 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

pecher. et qu'elle dure, pour s'empescher d'offencer Dieu il faut souventefois faire quelque acte qui tesmoigne que l’on n’y consent pas : comme seroit de baiser terre, lever les mains jointes contre le ciel avec ceste intention. et dire quelques paroles à Nostre Seigneur, et choses semblables. Cela tient l'esprit en repos et nous oste le doute et la crainte d'avoir consenti: car à l'examen, trouvant que lon a fait ces choses-la, l'on est en asseurance autant que l'on y peut estre en ceste vie.

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