‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 83 sur 267 · VII. De Trois Lorx SPIRITUELLES · texte numérisé non relu

VII. De Trois Lorx SPIRITUELLES

chercher ores ce moyen et tantost un autre pour y parvenir, et ne sont jamais contentes ni tranquilles en elles-mesmes ; car dés qu’elles ont un desir, elles taschent vistement d’en concevoir un autre, et semble qu'elles sont comme les poules, lesquelles n'ont pas si tost fait un œuf qu'elles en chargent aussi tost un autre, laissant là celuy qu'elles ont fait sans le couver, de sorte qu'il n'en reussit point de poussin. La colombe n’en fait pas de mesme, car elle couve et fomente ses petits jusques à tant qu'ils soyent capables de voler et aller à la cueillette pour se nourrir. La poule, si ellea des petits, s'empresse grandement et ne cesse de closser et mener du bruit; mais la colombe se tient coye et tranquille, elle ne closse ni ne s'empresse point. De mesme, il y a des ames lesquelles ne cessent de closser et s'empresser apres leurs petits, c'est à dire apres les desirs qu'elles ont de se perfectionner, et ne trouvent jamais assez de personnes pour en parler et demander des moyens propres et nouveaux. Bref, elles s'amusent tant à parler de la perfection qu'elles pretendent d'acquerir, qu'elles oublient d'en pratiquer le principal moyen, qui est celuy de se tenir tranquilles et de jetter toute leur confiance en Celuy qui seul peut donner l'accroissement à ce qu'elles ont ensemencé et planté *. Tout nostre bien dépend de la grace de Dieu, en laquelle nous devons jetter toute nostre confiance ; et cependant il semble, par l'empressement qu'elles ont à beaucoup faire, qu'elles se confient en leur travail et en la multiplicité des exercices qu'elles embrassent, ne leur semblant jamais de pouvoir assez faire. Cela est bon, pourveu qu'il fust accompagné de paix et d'un soin amoureux de bien faire ce qu'elles font, et de dépendre tousjours neantmoins de la grace de Dieu et non point de leurs exercices ; je veux dire, de n'attendre point aucun fruict de leur travail sans la grace de Dieu. |

Il semble que ces ames empressées à la queste de leur perfection ayent mis en oubli, ou qu'elles ne sçachent pas ce que dit Jeremie * : O pauvre homme, que fais-tu de te confier en ton travail et en ton industrie? Ne

* I Cor., m, 6,7.

* Cap. v, 34, Ix, 3 XII, 13.

ap., X, 10.

108 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

scais-tu pas que c'est à toy voirement de bien cultiver la terre, de la labourer et ensemencer, mais que c'est à Dieu de donner l'accroissement aux plantes et faire que tu ayes une bonne recolte et la pluye favorable à tes terres ensemencées ? Tu peux bien arroser, mais pourtant tout cela ne te serviroit de rien si Dieu ne benissoit ton travail et ne te donnoit, par sa pure grace et non par tes sueurs, (X) une bonne recolte : dépens donc entierement de sa divine bonté. Il est vray, c'est à nous de bien cultiver, mais c'est à Dieu de faire que nostre travail soit suivi d'un bon succés. La sainte Eglise le chante en chaque feste des saints Confesseurs : Dieu a honnoré vos fravaux en faisant que vous en tirassiez du fruict*; pour monstrer que de nous mesmes nous ne pouvons rien sans la grace de Dieu, en laquelle nous devons mettre toute nostre confiance, n'attendant rien de nous mesmes. Ne nous empressons point (1) en nostre besogne, je vous prie ; car pour la bien faire il faut nous appliquer soigneusement, mais tranquillement et paisiblement, sans mettre nostre confiance en nostre peine (m), ains en Dieu et en sa grace. Ces anxietés d'esprit que nous avons pour avancer nostre perfection et pour voir si nous avancons ne sont nullement agreables à Dieu, et ne servent qu'à satisfaire l'amour propre, qui est un grand tracasseur qui ne cesse jamais d'embrasser beaucoup, bien qu'il ne fasse guere. Une bonne ceuvre bien faite avec tranquillité d'esprit vaut beaucoup mieux que plusieurs faites avec empressement.

La colombe s'amuse simplement à sa besogne pour la bien faire, laissant tout autre soin (2) à son cher colombeau : l'ame qui est vrayement colombine, c'est à dire qui ayme cherement Dieu, s'applique tout simplement, sans empressement, aux moyens qui luy sont prescrits pour se perfectionner, sans en rechercher d'autres, pour

(k) par fes sueurs, — une bonne prinse et

(1) pas tant

(m) en — icelle

(n) bien fasre, — sans se charger d'autre soin superflu, qu'elle laisse tout

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