‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 2)Chapitre 85 sur 267 · VII. DE TROIS Loix SPIRITUELLES INI · texte numérisé non relu

VII. DE TROIS Loix SPIRITUELLES INI

Communions qu'il faisoit ou les Confessions ? il n'en fit que deux en sa vie. Estoit-ce les conferences ou les predications? il n'en avoit point, et ne vid nul homme dans le desert que saint Antoine, qui l'alla visiter à la fin de sa vie. Scavez-vous qui le rendit saint? Ce fut la fidelité qu'il eut à s'appliquer en ce qu'il entreprit au commencement, à quoy il avoit esté appellé, et ne s'amusant (1) à autre chose.

Ces grands saints Religieux qui vivoyent sous la charge de saint Pachome, avoyent-ils des livres, des predications ? nulles. Des conferences? ils en avoyent, mais rarement. Se confessoyent-ils souvent ? quelque fois aux bonnes festes. Oyoient-ils force Messes ? les Dimanches et les festes; hors de là, point (Y). Mais que veut dire donc que mangeant si peu de ces viandes spirituelles qui nourrissent nos ames à l'immortalité, ils estoyent neantmoins tousjours si en bon point, c'est à dire si forts et courageux pour entreprendre l'acquisition des vertus, et parvenir à la perfection et au but de leur pretention ? Et nous autres, qui mangeons beaucoup, sommes tousjours si maigres, c'est à dire si lasches et languissans à la poursuite de nos entreprises, et semble, sinon tant que les consolations spirituelles marchent (vw), que nous n'avons nul courage ni vigueur au service de Nostre Seigneur ? Or il faut donc imiter ces saints Religieux, nous appliquant à nostre besogne, c'est à dire à ce que Dieu requiert de nous selon nostre vocation, fervemment et humblement, et ne penser qu'en cela (x), n'estimant pas de trouver nul moyen de nous perfectionner meilleur que celuy-là.

(u) à s'appliquer — à Celuy qui luy avoit une fois fait entendre pour quoy il lavoit appellé, et ne s'amusoit

(v) des livres ? — nullement. Des predications? nulles. Des conferences? {ils en avoyent, mais rarement. Communioyent-ils souvent ? rarement. Se confessoyent-ils souvent? quelque fois aux bonnes festes; hors de là, point. Oyoient-ils souvent la Messe? les Dimanches et les festes seulement.

(w) et semble — qu'aussi tost que les consolations spirituelles nous manquent

(x) penser — à rien autre

* Luca, x1, 13.

112 Les VRAYS ENTRETIENS SPIRITUELS

Mais, me pourra-t'on repliquer, vous dites fervemment : mon Dieu, et comme pourray-je faire cela! car je n’ay point de ferveur. Non pas de celle que vous entendez, quant au sentiment, laquelle Dieu donne à qui bon luy semble, et qui n’est pas en nostre pouvoir d’acquerir quand il nous plaist. J'adjouste aussi humblement, à fin que l’on n’ayt point de sujet de s’excuser; car ne dites pas : Je n'ay point d’humilité, il n'est pas en mon pouvoir de l'avoir; car le Saint Esprit, qui est la bonté mesme, la donne à qui la luy demande *. Non pas ceste humilité, c’est à dire ce sentiment de nostre petitesse qui nous fait si fort humilier en toutes choses si gracieusement ; mais je veux dire l’humilité qui nous fait cognoistre nostre propre abjection, et qui nous la fait aymer l’ayant (Y) recognué estre en nous; car cela est la vraye humilité.

(z) Jamais l'on n’estudia tant que l'on fait maintenant. Ces grands Saints, Augustin, Gregoire, Hilaire, duquel nous faisons la feste aujourd'huy, ni beaucoup d'autres n'ont point tant estudié ; ils n'eussent sceu le faire, composant tant de livres qu'ils ont fait, preschant et faisant tout le reste qui appartenoit à leurs charges ; (2°) mais ils avoyent une si grande confiance en Dieu et en sa grace, et une si grande mesfiance d'eux-mesmes, qu'ils ne s'attendoyent (^) ni confioyent nullement en leur industrie ni en leur travail, si qu'ils firent toutes les grandes ceuvres qu'ils ont faites purement par la confiance qu'ils avoyent mise en la grace de Dieu et en sa toute-puissance : C'est vous, disoyent-ils, è Seigneur, qui nous faites travailler et pour qui nous travaillons;

(y) ef — qui consiste à aymer souverainement ceste abjection que nous avons

(z) Qnand nous nous amusons à desirer cet exercice, et puis tantost un autre, et puis dans peu de temps nous voudrions entreprendre quelque autre chose, cela monstre bien que nous mettons en quelque façon nostre confiance en nos ceuvres, et que nous n'attendons pas nostre perfection immediatement de la grace de Dieu, mais de nostre industrie : ce qu'il ne faut faire.

(2°) à leurs charges, — qui requeroit beaucoup de temps;

(b') s'arrestoyent

Page 1