LII. POUR LA FÊTE D& LA CIRCONCISION
essentiellement. Le premier est celuy de souverain Estre, qui luy est tellement reservé qu’il ne se peut attribuer à pas un autre * ; en ce nom il se connoist luy mesme par luy mesme. Le second est celuy de Createur qui ne peut estre aussi donné qu'à luy, car nul n'est createur que luy ; en ce nom il se connoist soy mesme par soy mesme, mais il se connoist encores en ses creatures. Le troisiesme nom c'est Jesus, lequel semblablement n'appartient qu'à luy seul, puisque autre que luy ne pouvoit estre Sauveur *. Mais en outre, il en a encores un qui est celuy de Christ *, qui signifie grand Prestre, oint de Dieu. Or voyez-vous, nous autres Chrestiens participons à ces deux derniers noms *. Nous portons à cette heure le nom de Christ, à scavoir Chrestien, et nous sommes tous oints par les Sacremens que nous recevons ; quand nous serons au Ciel nous porterons celuy du Sauveur, d'autant que là nous jouirons tous du salut et nous serons tous des sauvés. Voyla comme nous serons nommés de l'autre nom de Nostre Seigneur, car là haut nous serons appellés les sauvés.
(1) Mais comment faut-il prononcer ce nom sacré de Jesus à fin qu'il nous soit utile et profitable ? C'est ce que je vous vay dire et monstrer par une histoire avec laquelle je finis. Ce nom ne doit pas estre seulement prononcé tellement quellement ; il n'est pas suffisant de sçavoir qu'il est composé de deux syllabes, ni moins encores de le dire seulement de bouche; les perroquets en font bien autant, les mahometains et autres infidelles le nomment bien de la sorte, et ils ne sont point sauvés pour cela. Nostre Seigneur nous monstre comme il le faut repeter lors qu'en le prenant il donne son sang, car il tesmoigne par là qu'il est prest à faire ce que ce saint nom signifie, à scavoir sauver les hommes. Ce n'est pas assez de le redire de bouche, mais il le faut avoir gravé dans le cœur. O que nous serions heureux si nous avions en nous tout ce que nous signifient nos noms! Ce n'est pas le tout de
(1) Les deux alinéas qui suivent sont inédits, ainsi que les lignes 8-15, p. 153; 38, 39, p. 157; 1-4; P. 158, et 5-10, p. 163.
Sarx. IV i"
* Exod. , 111, 14, 15; Is., xrn, 8.
* Cf. Act., 1v, 12.
* Matt., 1, 16.
* I Petri, 1,9; Act., ubi supra.
* Cf. tom. praeced.
Pn Edit.,pp.407,
M Cap. XJ, XII.
* Cf. Les Controverses,tom.lhuj.Edit., PartieII,c.1,art.11.
162 SRRMONS RECUBILLI!S
se nommer Prestre, Evesque, Religieux ou Religieuse, mais il faut considerer si la vie que l'on mene est conforme au nom que l'on porte, prendre garde à la charge qu'on exerce, à la vocation en laquelle on vit, quelle est nostre profession, en somme regarder comme sont reglées nos passions et affections, comme nostre jugement est sousmis, si nos ceuvres s'accordent avec nostre estat *.
I] est rapporté dans le Livre des Juges * que Jephté, grand capitaine, remporta la victoire contre les Ammonites par le vœu qu'il fit au Seigneur. Mais apres avoir sacrifié sa fille et fait tout ce que porte l'histoire, alors qu'il pensoit estre en paix et en repos, voicy qu'une sedition s'esleve ; les enfans d'Ephraim se prindrent à luy reprocher qu'il ne les avoit pas invités ni menés avec luy à la guerre, combien qu'ils fussent de braves soldats, et que sans doute il avoit agi ainsy pour les mespriser. Le bon Jephté, estonné de recevoir cette nouvelle esmotion, leur dit : Hé, mes chers amis, vous scavez bien que voulant aller à la guerre je vous ay invités, mais vous vous estes excusés d'y venir; c'est pourquoy, le moment arrivé auquel il me failloit de necessité livrer la bataille, je l'ay fait. Mais ceux d'Ephraim ne voulans point entendre de raysons luy declarerent la guerre. Cependant, Dieu qui tenoit le parti de Jephté parce que sa cause estoit juste, le favorisa en telle sorte qu'il en massacra quarante deux mille, laissant Ephraim et tout le reste du peuple bien estonné de se voir ainsy mis en vau de route. Or Jephté placa un corps de garde et des sentinelles sur le quay du Jourdain et leur donna le mot du guet, disant : Demandez à ceux qui voudront avoir le passage quels ils sont ; s'ils vous respondent qu'ils sont d'Ephraim, massacrez-les, et s'ils le nient faites-leur dire vostre mot du guet : Scibboleth. Que s'ils prononcent sibboleth, mettez-les à mort, mais s'ils disent scibboleth, donnez-leur libre passage. Remarquez que scibboleth et szbboleth sont quasi un mesme mot (scibboleth signifie espi et sibboleth charge), mais scibboleth se dit grassement et sibboleth se dit plus delicatement et mignardement *.