‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 138 sur 322 · LIII. POUR LA PÉTE DE LA PURIFICATION · texte numérisé non relu

LIII. POUR LA PÉTE DE LA PURIFICATION

tout cela, cette loy n'estoit pas une loy generale, ains seulement legale, instituée par Moyse? Il y a mille et mille raysons de cecy chez les anciens Peres, c'est à dire chez les anciens Docteurs ; mais nous en trouvons en la Genese desquelles je me serviray pour vous monstrer pourquoy la sacrée Vierge, n'estant point obligée à la loy de la purification, s'y est neanmoins voulu assujettir.

Je vous diray donques briefvement l'histoire de la cheute de nos premiers pere et mere, Adam et Eve* : elle ne sera pas hors de propos, puisque Nostre Seigneur, dont il est fait mention en cette feste, est appellé le nouvel Adam *, qui est venu pour reparer la faute du premier, et par son obeissance satisfaire à la desobeissance d'iceluy, et que Nostre Dame est nommée la nouvelle Eve *. Or, il est escrit ** que Dieu avoit creé l'homme et la femme en la justice originelle, ce qui les rendoit extremement beaux et tellement capables de la grace qu'il n'y avoit point en eux de peché, ni par consequent de rebellion de la chair à l'esprit. Ils n'avoyent aucune repugnance ni aversion au bien, aucun appetit ni inclination au mal; tout estoit paisible et tranquille, ils jouissoyent d'une douceur et suavité nompareille ; ils vivoyent avec une pureté et innocence tres grande, non pas en une pureté et innocence simple, mais revestue de la grace. Le Seigneur les mit en cet estat là dans le paradis terrestre et leur fit un seul commandement et defense, à scavoir qu'ils ne mangeroyent point du fruit de l'arbre de science du bien et du mal ; que s'ils en mangeoyent, ils mourroyent.

Or Satan, cet esprit malin qui avoit tresbuché du Ciel par une desobeissance procedante de son amour propre et de sa propre estime, considerant la beauté de la nature humaine s'advisa d'essayer de la faire descheoir de cette justice originelle qui la rendoit si belle et aggreable ; et comme l'amour propre et l'estime de soy avoyent causé sa desobeissance et par consequent sa perdition, il presenta la mesme tentation à nos premiers parens pour voir si, moyennant ses ruses, cet amour propre et vaine estime auroyent autant de prise sur eux comme ils en avoyent

* Gen., 1, 1$-17, rrI, he) Fai tom. P uj. Edit.,pp.823-84 et Serm. Vcr. '

* Rom., v, 14; I Cor., xv, 45.

* Cf. supra, p. 68.

** Gen., 1, 37; cf.

Sap., 1, 33.

* Cf. tom. præced.

hujus Edit., p: us . ,

et Serm initio.

eu sur luy *. Le voyla donques qu’il prend à cet effect un corps de serpent ; il s'entortille à un arbre, et s'addressant à Eve comme à la partie la plus foible, il commence à l'arraisonner en cette sorte: Pourquoy Dieu qui vous a mis dans ce lieu vous a-t-il defendu de manger de tous les fruits qui y sont? Elle luy respondit ainsy, mais certes tout effrayée et tremblottante : Il ne nous a pas defendu de manger de tous les fruits, mais seulement de ne point toucher ni manger de celuy cy. Grande tentation que celle cy, car c'estoit une tentation de desobeissance. Mais voyez-vous la malice et la ruse de cet esprit infernal et menteur ? Pourquoy, dit-il, Dieu vous a-t-il defendu de manger de tous ces fruits? Voyez-vous comme il exagere la defense de Dieu? Il n’avoit pas defendu de manger de tous les fruits ains d’un seul, mais il parloit ainsy à Eve à dessein de luy faire haïr le commandement du Seigneur ; car le premier degré de la desobeissance c'est de hair la chose commandée, et cette haine est une tres grande tentation contre l'obeissance. «Lucifer en sa cheute vint premierement à se degouster du commandement avant de desobeir; voyla pourquoy, connoissant la force de cette tentation, quoy qu'il sceust bien que Dieu n'avoit pas defendu à nos premiers parens de ne point manger de tous les fruits, il ne laissa pas de le leur dire à fin de leur faire hair cette ordonnance. Remarquez, je vous en prie, combien cette tentation s'accroist par la responce d'Eve: Nous mangeons bien, dit-elle, de tous les fruits, mais pour celuy de science, il nous a defendu d'en manger et de le toucher ; et vous me demandez pourquoy ? C'est, adjouste-t-elle, de peur que nous ne mourtons. Voyez un peu la grande menterie de la femme. Dieu avoit voirement defendu de ne bas manger du fruit de cet arbre, mais de ne Ie pas toucher ni regarder il n'en avoit rien dit ; c'estoit un mensonge aussi grand que celuy du malin esprit, lors qu'il demanda pourquoy Dieu leur avoit defendu de manger de tous ces fruits. C'est à quoy tendoit en premier lieu sa tentation, que de faire faire cette responce à Eve, car par icelle, elle tesmoignoit du degoust

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