‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 230 sur 322 · LXIII. Pour Le DIMANCHE DE LA PASSION · texte numérisé non relu

LXIII. Pour Le DIMANCHE DE LA PASSION

s'enflamme tout incontinent et conçoit de grandes affections de contreschanger autant qu'elle pourra cet amour. Lors ces ardeurs font un brasier de desirs de plaire à cet Amant sacré, si qu'il luy semble qu'elle ne pourra jamais rien trouver de difficile à faire ou à souffrir; rien ne luy paroist impossible ; les Martyrs n’ont rien fait pour Dieu au prix de ce qu'elle voudroit faire. Cela est bon ; demeurez donques en cette verité et tout ira bien. Mais nous ne le faisons pas, car de cette verité que nous avons apprise en l'oraison nous passons à la vanité en l’action; de là vient que nous sommes anges en l'oraison et bien souvent diables en la conversation et en l'action, offencant ce mesme Dieu que nous avons reconneu estre si aymable et si digne d'estre obei.

De mesme nous considerons que Nostre Seigneur s’est aneanti * et abaissé d'un abaissement tel que nul ne le peut comprendre ; sur quoy Dieu prononce cette verité en nostre cœur, que si nostre doux Sauveur s'est tant humilié pour nous donner exemple, c'est une chose toute certaine que nous devons nous humilier si profondement que nous demeurions tout abismés en la connoissance de nostre neant. Alors il nous semble que jamais nous ne pourrons avoir aucune repugnance à estre humiliés; mais quand ce vient à l'occasion, nous ne pensons plus à nos resolutions, ains nous sommes si vains que la moindre ombre d'abjection nous fait fremir et nous nous armons à la defense de peur de la recevoir *.

Nostre Seigneur nous a enseigné * que bienheureux sont les bauvres, et un chacun rejette cette verité pour embrasser la vanité ; tous desirent et pourchassent d'estre riches et que rien ne leur manque. Il a dit, ce souverain Maistre: Bienheureux sont les debonnaires, et tous se veulent faire craindre et redouter ; bienheureux ceux qui sont persecutés pour la justice, et tous se veulent venger et ne rien souffrir de peur d'estre mesprisés ; bienheureux ceux qui pleurent, et tous neanmoins se veulent resjouir en cette vie perissable et mortelle, comme si c'estoit le lieu de nostre allegresse. Et ainsy des autres beatitudes *. Pourquoy donc, nous pourroit-il demander

Sans, IV 23

* Philip., 11,7.

* Matt., v, 3-11.

* Cf. supra, p.144.

. Rom., 1, 20, 31.

*Cf.tom.VII hujus Edit, Serm. ,

* Cf. Tr.del'Am. de Dieu, 1. X, c. vi.

comme il faisoit aux Juifs, pourquoy ne me croyez-vous pas, puisque je vous enseigne la verité ?

Nous la croyons bien, pourrions-nous respondre, mais nous ne l'ensuivons pas ; en quoy nous ne serons nullement excusables, non plus que les payens, lesquels ayans reconneu qu'il y avoit un Dieu ne l'ont pourtant pas honnoré comme tel *. Nous serons dignes d'une tres grande punition, si ayant sceu que nous avons esté si cherement aymés de nostre doux Sauveur, nous sommes si miserables que de ne pas l'aymer de tout nostre cœur et pouvoir, et de ne pas suivre de toutes nos forces et avec tout nostre soin les exemples qu'il nous a donnés en sa vie, en sa passion et en sa mort, car il nous addressera le mesme reproche qu'il fait en l'Evangile d'aujourd'huy : Si je vous ay enseignés, moy qui ne puis estre accusé de peché, moy dont la vie est irreprochable, moy qui vous ay presché /a verité que j'ay apprise de mon Pere celeste, bourquoy donques ne me croyeq-vous pas? Ou si vous croyez que je dis la verité, pourquoy ne la recevez-vous pas et ne demeurez-vous pas en icelle, ains vivez tout au contraire de ce qu'elle requiert de vous? Nous serons alors convaincus par sa divine Majesté, et il faudra qu'à nostre confusion nous confessions que le defaut vient de nostre costé et que c'est nostre malice qui en est la cause. Pour obvier à cela, mes cheres ames, il nous faut scavoir comme quoy nous devons nous disposer à ouyr et recevoir la parole de Dieu * ; et cecy est le troisiesme point.

Premierement, nous devons nous y preparer, et non pas l'entendre avec un esprit de negligence, comme nous ferions quelque vain discours. Car tout ainsy que la femme qui n'aymeroit pas davantage son mary que son laquais ne l'aymeroit pas assez ni comme elle doit *, non plus que l'enfant qui aymeroit son pere d'un amour esgal à celuy qu'il porteroit à son valet, de mesme celuy qui ouyroit la predication avec le mesme esprit et la mesme attention qu'il feroit un conte de recreation ou tel autre propos, ne l'entendroit pas comme il faut ; et s'il prenoit un playsir esgal en l'un comme en l’autre l'on pourroit

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