VU
les Gentils ne l'avoyent pas encores receué : Nostre Seigneur venoit donques pour leur imposer son joug, voyla pourquoy il monta l'asnon *. C'est assez touchant cecy ; revenons au motif pour lequel le Sauveur choisit cette sorte de monture.
La premiere fut l'humilité ; car l'asne ou l'asnesse est un animal qui veritablement est lourd, pesant et paresseux ; neanmoins il a aussi cette proprieté d'estre grandement humble. Il n'a point d'orgueil ni de vanité, il n'est point comme le cheval, qui est orgueilleux ; pour cela l'homme vain et superbe est comparé aux chevaux* qui sont fiers et morgans, car non seulement ils donnent des ruades, ains encores ils mordent, et il s'en trouve de si furieux qu'on n'ose les approcher. Quand ils ont leurs chevaliers sur eux ils dressent les oreilles en telle sorte que vous diriez qu'ils veulent escouter ce que l'on dit d'eux. Ils levent la teste, dressent le crin, marchent à courbelles, en somme ils donnent de la vanité à celuy qui les monte ; celuy-cy n'entend pas plus tost son cheval jetter les pieds sur le pavé qu'il se brave avec luy, et leve la teste pour regarder s'il verra point aux fenestres quelques dames ou damoyselles qui l’admirent; en fin l'on ne scait lequel est le plus vain, ou le cheval ou son chevalier *. O folie et niaiserie grande que celle cy!
Or, Nostre Seigneur, qui venoit destruire l'orgueil, ne voulut point se servir de cette beste pour sa monture, car il estoit humble ; il choisit donques entre tous les animaux le plus simple et le plus humble, parce qu'estant grandement amoureux de l'humilité et de la bassesse, nul ne luy peut servir de monture qu'il ne soit humble. Dieu n'habite ni ne se repose que dans le cœur humble et simple * ; c'est pourquoy, voulant faire monstre de cette vertu, il a choisi cette bassesse et abjection pour le jour de son triomphe. 71 s'est humilié et aneanti soy mesme*; on ne l'a point humilié ni mesprisé qu'il ne l'ayt voulu, c'est luy mesme qui s'est abaissé et qui a fait choix des abjections ; car luy, qui estoit en tout et par tout esgal à son Pere, sans laisser de demeurer ce qu'il estoit, a voulu estre Je rebut et rejet de tous les hommes*. Neanmoins,