‹ Œuvres de Saint François de Sales (volume 3)Chapitre 87 sur 322 · XLVII. POUR LA FÊTE DE LA VISITATION · texte numérisé non relu

XLVII. POUR LA FÊTE DE LA VISITATION

Mais que faire pour estre parente de nostre amiable Souveraine? O Dieu, il y a mille moyens pour cela. Voulez-vous estre parente de la Vierge ? Communiez, car en recevant le saint Sacrement vous recevrez la chair de sa chair et le sang de son sang, puisque le pretieux corps du Sauveur, qui est dans la divine Eucharistie, a esté fait et formé de son plus pur sang par l’operation du Saint Esprit. Ne pouvant estre parente de Nostre Dame en la mesme facon qu'Elizabeth, soyez-le en imitant ses vertus et sa tres sainte vie.

Je finiray par deux exemples, et bien que le temps soit desja passé, neanmoins un petit quart d'heure en fera la rayson. Le premier est de saint Gregoire Thaumaturge, le faiseur de miracles. Celuy cy ayant esté fait Evesque d’un diocese où il y avoit beaucoup à travailler à cause des heretiques qu’il failloit convertir, entra en de grandes apprehensions et craintes de n’avoir pas assez de science et d'eloquence pour refuter leurs erreurs. Lors la Sainte Vierge s'apparut à luy et l'enseigna, luy donnant toute asseurance de l'assister. Elle avoit avec soy son cher fils de la Croix, à sçavoir saint Jean l'Evangeliste, auquel elle commanda d'escrire la protestation de foy qu'elle donna ensuite à saint Gregoire ; celuy cy la fit despuis escrire en ses Opuscules où on la voit encores aujourd'huy *.

Mais voyci une autre histoire ; saint Gregoire le Grand la rapporte en ses Dialogues * comme chose advenue de son temps. Je ne scay si je l'ay desja racontée en ce lieu, je n'en ay pas bonne memoire ; mais encores que je l'aye ja dite, je ne laisseray pas de la repeter, parce que je ne suis pas devant des personnes si degoustées qu'elles ne puissent entendre deux fois une mesme chose; car ceux qui ont bon appetit mangent bien d'une mesme viande deux fois. Mais il faut que j'adjouste aussi ce mot, d'autant qu'il peut estre bon et utile. Il s'en est trouvé quelques uns qui ont voulu railler et discourir sur les escrits de ce glorieux Saint, et certes à tort *, car saint Gregoire a esté l'un des plus grans Papes qui ayent siegé en la chaire de saint Pierre; peu d'années apres son exaltation il se retira en solitude et fit le livre de ses Dialogues.

vil ositio Fidei.

ideS.Greg. .

Vita S. Greg. Th. * Lib. IV, c. xvi Cf. tom. VIII huju:

Edit.,Serm.XCVII, ad finem.

* Cf. Defense, etc., 1. III, c. x.

Il raconte donques en iceluy qu’il y avoit dans la ville de Rome une petite vierge aagée de sept ans, laquelle s'appelloit Muse. Cette petite Musette estoit grandement devote à nostre sacrée Maistresse et luy baysoit tous les jours ses saints pieds. Or, Nostre Dame s'apparut un jour à elle, parée comme une reyne, extremement bien habillée, et accompagnée d'une multitude de jeunes filles toutes vestues de blanc. Elle s'addressa à la petite Muse et luy dit de s'approcher de ces vierges; mais elle s'en excusa, respondant qu'elle n'osoit pas. Voyez-vous, elle estoit bien humble et civile. Nostre Dame adjousta : Or sus, ma fille, sois bien sage et modeste, et ne sois point coquette. Tu ne vivras plus que trente jours, car je te viendray querir et t'emmeneray avec ces vierges. Puis elle disparut, et la petite Muse s'esveillant se trouva toute changée ; elle vesquit avec une si grande sagesse et modestie qu'on en estoit tout estonné, tant cette sagesse surpassoit son aage. Ses parens la prindrent et luy demanderent quelle estoit la cause de cela ; elle leur respondit que Nostre Dame s'estoit apparue à elle avec une troupe de vierges et luy avoit dit de n'estre plus coquette, mais modeste, parce qu'elle la viendroit querir au bout de trente jours pour l'emmener avec elle. Ses pere et mere ne la contraignirent pas pour l'honneur qu'ils portoyent à la sainte Mere de Dieu. Au bout de vingt cinq jours l'enfant fut saisie d'une fievre continue qui luy dura cinq jours, apres lesquels elle mourut et Nostre Dame la vint reprendre.

Il nous faut maintenant tirer ce qui nous revient de cette histoire. Voyez-vous, la Vierge visita la petite Muse, la changea et transforma toute entiere. C'est la vraye marque de la divine visite que la transformation. Nous voudrions bien avoir des revelations, mais que ce fust par forme de recreation, pour passer le temps, parce que c'est une chose bien douce et aggreable ; or, Dieu ne les donne pas ainsy, il faut tousjours qu'il nous en couste quelque chose. Il en cousta la vie à la petite Muse. Qui eust dit à la Vierge : Hé bien, Madame, comme est-ce que vous laissez tant souffrir cette petite fille? I] est

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