‹ Œuvres de Saint François de SalesChapitre 49 sur 64 · FRANÇ® DE SALES · texte numérisé non relu

FRANÇ® DE SALES

A Monsieur Monsieur Sarazin.

Revu sur l'Autographe conservé à Genève, Bibliothèque publique.

(1) Noble Jean Sarasin (1574-1632) qui déjà à cette époque était à Genève un personnage marquant, devait l'être plus encore dans la suite. Il devint membre, puis auditeur du Conseil des Deux-Cents (1600), secrétaire d'Etat (1603-1621", fut huit fois syndic et quatre fois lieutenant de la justice. Sarasin publia, de concert avec Jacques Lect, l'ouvrage intitulé : Ze Cifadin de Geneve (1606). Pendant la longue période où il fut investi de fonctions publiques, il eut à remplir presque chaque année des missions importantes en Savoie, en France et auprés des divers cantons suisses.

Mais avant de le charger de ces négociations, les magistrats de Genéve le choisirent en 1598 pour traiter en leur nom des préliminaires de la conférence demandée par le P. Chérubin. C'est à ce sujet qu'il regut du Saint le billet ci-dessus.

356 L&rTRES DE SAINT FRANÇOIS DE SALES

A MONSEIGNEUR JULES-CÉSAR RICCARDI ARCHEVÉQUE DE BARI, NONCE APOSTOLIQUE A TURIN

Recours à la protection du Nonce. — Pouvoirs spéciaux nécessaires aux missionnaires. — Mesures à prendre contre les Chevaliers des Saints Maurice et Lazare. — Admirables résultats des Quarante-Heures de Thonon. — Zéle des Evéques de Genéve et de Saint-Paul-Trois-Cháteaux. — Alarmes au sujet de Genéve.

Thonon, 13 octobre 1598.

Illustrissimo et Reverendissimo Signore mio osservandissimo,

La felice raccolta di molte migliaia d' anime qual si é fatta questi giorni passati in questo balliagio di Tonone, ci ha data una incredibile consolatione, et veramente compita, se la lettera di V. S. Il1"* et R"“ ricevuta hoggi dal P. Cherubino fosse capitata all' hora. Ma è forza ch'io glie dica che Monsignor di Geneva et di San Paolo (1) et

Mon trés honoré, Illustrissime et Révérendissime Seigneur,

L'heureuse moisson de plusieurs milliers d’àmes qui s'est faite ces jours passés dans ce bailliage de Thonon, nous a donné une consolation incroyable ; consolation qui eüt été vraiment à son comble, si la lettre de Votre Seigneurielllustrissime et Révérendissime, reçue aujourd'hui par le P. Chérubin, nous füt arrivée en ce méme temps. Mais je suis contraint de dire que Nosseigneurs de Genéve et de Saint-Paul (1) et

(1) Thomas Pobel, fils de Catherin, qui fut le premier président du Sénat de Chambéry (1559), avait été en 1578 nommé à l'évéché de Saint-Paul-Trois-

áteaux en Dauphiné ; mais les hérétiques étant maitres de cette ville, il ne put jamais prendre possession de son siége épiscopal qu'il résigna en 1585. Ce Prélat, aprés un long séjour à Rome, revint en Savoie (1592), oà il cumula les dignités ecclésiastiques; c'est ainsi qu'il était simultanément doyen de Ceyserieu, prieur de Ripaille (157 1), de Peillonnex (1585-1619) et Abbé d'Entremont (1596-1605). Thomas Pobel fut en 1602 l'un des consécrateurs de saint François de Sales. Il mourut à Chambéry où il fut inhumé le 30 septembre 1619.

quanti siamo qui de suoi divoti havevamo non poca maraviglia et altro tanto di ramarico in non haver nuova veruna della sanità sua, laquale se mai ci é stata cara, adesso ci deve esser carissima, quando sonno le cose nostre venute in tal stato che piü che mai han bisogno di un tale protettore et promotore quale si é sempre mostrata V. S. Ill" et R"*. Poichè dal canto di Sua Altezza altro né sperare, né desiderare si puó né deve, senon la perseveranza delle christianissime opre quali ha già fatte, et non cié altro da domandare senon un favor fervente, pronto et liberale dalla Santa Sede Apostolica, acciò abbracci questa impresa con quelle favorevole (sic) braccia colle quali suole stringer le cose del Signore. Hora, se questo bene non ci viene per mezzo di V. S. Ill" et R"*, non vedo per qual strada possa venire.

Habbiam bisogno di gratie spirituali per le assolutioni, acció si possano far con ogni libertà fra questi rozzi et novitii popoli, non solamente da Monsignor et R"? Vescovo et da me, ma da quanti sarà bisogno di commettere,

nous tous qui vous sommes dévoués ici, avions été fort étonnés et non moins affligés de ne recevoir aucune nouvelle de votre santé. Si toujours elle nous fut chère, elle doit maintenant nous être tres chère, puisque nos affaires sont dans un tel état que nous avons besoin plus que jamais d'un protecteur et promoteur tel que Votre Seigneurie Illustrissime et Révérendissime l'a toujours été à notre égard ; car du cóté de Son Altesse on ne peut, on ne doit méme espérer ni désirer que la continuation des œuvres tres chrétiennes qu'elle a déjà accomplies. ll n'y a autre chose à demander sinon un concours actif, prompt et libéral du Saint-Siège Apostolique, afin qu'il embrasse cette entreprise du méme bras favorable avec lequel il a coutume de soutenir les ceuvres de Dieu. Or, si ce bien ne nous arrive par l'intermédiaire de Votre Seigneurie, je ne sais par quelle voie il peut nous venir.

Nous avons besoin de grâces spirituelles relativement aux absolutions, afin qu'elles puissent étre accordées en toute liberté à ces peuples grossiers et nouvellement convertis, non seulement par Ms" notre Révérendissime Evéque et par moi, mais aussi par tous

* Cf. Matt., rx, 3 38; Lucæ, x, 2. 7

* Inter leges perditas XII Tabularum (juxta plures).

non bastando a tanta messe se non gran numero di messori *. Cosi anco habbiam bisogno di qualche authorità da communicarsi, secondo le particolari occurrentie, ad uno o piü persone ; et se non fossimo cosi vicini dell'anno del Giubilæo, io diria una parola, che per noi saria bisogno per un anno di un perfetto et gran Jubilaeo. Et non solamente per le gratie spirituali, ma per le temporali, habbiam bisogno di Giubilæo ; et questo non si puó differire senza un gran danno della conscientia. Cioè, che Sua Santità, conforme alla buona mente di Sua Altezza, faccia restituir li beneficii tenuti da” signori Cavaglieri alli pastori et ecclesiastici, li quali si stabiliranno adesso per modo di provisione in questo balliaggio. Ne è necessario di procedere in questo con quelle formalità ordinarie che richiedono un gran tratto di tempo, perché fra tanto si perdono le anime redente da Christo, et é pur vero che salus populi suprema lex esto *. Né bisogna in questo usar rispetti, perchè periculum est in mora. Sonno le cose di Christo a tal segno in queste provintie adesso, che se habbiam

ceux qu'il sera nécessaire de déléguer à cet effet ; car pour recueillir une telle moisson un grand nombre de moissonneurs peut à peine suffire. De méme encore, nous avons besoin de quelques pouvoirs qui puissent étre communiqués, selon les occurrences particulieres, à une ou plusieurs personnes ; et si nous n'étions pas aussi proches de l'année du Jubilé, je dirais qu'il serait nécessaire pour nous d'obtenir une année de parfait et grand Jubilé.

C'est non seulement pour les grâces spirituelles, mais encore pour les temporelles que nous avons besoin d'un Jubilé, et ceci ne se peut différer qu'au grand détriment des consciences. ll faudrait que Sa Sainteté, conformément à la bonne intention de Son Altesse, fit restituer les bénéfices détenus par MM. les Chevaliers, aux pasteurs et ecclésiastiques qui s'établiront maintenant en ce bailliage par maniere de provision. Il n'est pas nécessaire de procéder en ceci selon les formalités ordinaires qui exigent beaucoup de temps, puisque en attendant les âmes rachetées par Jésus-Christ se perdent, et il est tres vrai que « le salut du peuple doit étre la supréme loi. » En cela il ne faut point user de ménagements, car tout délai est un péril. Les intéréts de Jésus-Christ sont maintenant en tel état dans ces provinces, que

modo di farle splendidamente, il capo del serpente se ne va spezzato. Guai a chi darà impedimento a cosi santa opra.

Le Bulle di Sua Santità, per le quali concede a quelli.

della Religione li beneficii di questa provincia *, vogliono che in caso che la santa fede si restituisca, diano ad ogni curato cinquanta ducati di provisione. Ecco restituita poco meno la santa fede per tutto generalmente ; ma le chiese sono rovinate, senza paramenti, senza calici, senza croci : dove ne pigliaremo ? Li curati da stabilire qui non devono esser persone di cinquanta ducati; devono haver compagnia di un altro sacerdote. Ve homini soli*, massime nella vicinanza de' pardi, ursi et lupi. Bisogna, si (sic) fia necessario, vender i calici et altre gioie non necessarie dell' altre chiese, per fare queste spese et dar da mangiar a queste anime fameliche, lequali altrimente sonno hora per hora per morire, acció non si possa dire di noi : Quem non pavisti occidisti *. Voglio dire che Sua Santità, havendo rispetto all' importantia di questo negotio, darà ordine che li Cavaglieri si contentino di

si nous pouvons donner au culte la splendeur convenable, la téte du serpent sera brisée. Malheur à qui s'opposera à une œuvre aussi sainte !

Les Bulles par lesquelles Sa Sainteté concede aux Chevaliers de Saint-Lazare les bénéfices de cette province exigent que dans le cas ou la sainte foi y serait rétablie, ils donnent à chaque curé une provision de cinquante ducats. Voici que la sainte foi est rétablie à peu pres partout, mais les églises sont ruinées, sans ornements sacrés, sans calices, sans croix. Où en prendrons-nous ? Les curés que l'on aura à placer ici ne doivent pas étre des personnes à cinquante ducats ; ils doivent avoir un autre ecclésiastique avec eux. Malbeur à l’homme seul, surtout dans le voisinage des léopards, des ours et des loups! Il faut méme, au besoin, vendre les calices et objets précieux non nécessaires aux autres églises, pour faire ces dépenses et nourrir ces âmes affamées, qui autrement sont exposées d'heure en heure à périr, afin qu'on ne puisse pas nous appliquer ces paroles : « Vous avez tué ceux que vous n'avez pas nourris, » Je veux dire qu'il faut que Sa Sainteté, ayant égard à l'importance de cette affaire, intime des ordres pour que les Chevaliers permettent

* Vide supra, p.235 not. ( 1), ad finen

* Eccles., 1v, 10.

* Decreti I* Par Dist. xxxvi, c. xx ubi hec verba ‘ Ambrosio tribuui tur.

permettere (1) che sia servito Christo Signore nostro dalle intrate delli beni che a questo effetto sonno dati dalli pii et religiosi padri et antichi nostri. Mi perdoni per bontà sua V. S. Ill" se io, rapito dal desiderio di veder questo principio glorioso capitar in un fine gloriosissimo, glie Scrivo con questa gran libertà et forse importunità ; é avezza alli miei sconci et semplici concetti, et non li haverà per male.

Vorrei poter et saper dar rilatione a V. S. Ill“ di quello che Iddio ha fatto qui nel tempo delle prime 40 hore celebrate il 20 et 21 del mese passato, inanzi che fosse giunta Sua Altezza, et nelle seconde celebrate nel primo et 2 del presente ; son certo che io glie cavaria il fastidio che gli ho dato colli miei desiderati Jubilæi. Vorrei poterglie dire l’allegrezza che ha ricevuto Monsignor Vescovo nostro di Geneva, vedendosi ritornare nelle braccia tanti figlioli prodighi, et con quanta faticha si adopra in si felice impresa. Vorrei poterglie dar conto della desterità, prudentia et buon animo col quale

que les revenus des biens donnés à cet effet par la piété et la religion de nos pères et de nos ancêtres soient employés au service de Notre- Seigneur Jésus-Christ. Que la bonté de Votre Seigneurie Illustrissime veuille bien me pardonner si, transporté du désir de voir ce glorieux commencement aboutir à une fin plus glorieuse encore, je lui écris avec une si grande liberté et peut-être méme trop d'importunité ; mais Votre Seigneurie, habituée à recevoir la confidence de mes pensées souvent bien mal exprimées, ne le prendra pas en mauvaise part.

Je voudrais pouvoir et savoir vous donner la relation de ce que Dieu a fait ici pendant les premières Quarante-Heures célébrées le 20 et 21 du mois dernier, avant l'arrivée de Son Altesse, et pendant les secondes célébrées le 1°" et le 2 courant ; je suis sûr que je vous dédommagerais de l'ennui que je vous ai causé par mes désirs de Jubilés. Je voudrais pouvoir vous dire la joie de M*' de Genève, notre Evéque, en voyant revenir entre ses bras tant d'enfants prodigues, et avec quelle peine il se dévoue à cette heureuse entreprise. Je voudrais pouvoir vous rendre compte de la dextérité, de la prudence et du

(1) C'est sans doute par distraction que le Saint a écrit fromettere. On a cru nécessaire de rétablir le mot exigé par le sens.

Monsignor R"° di San Paolo si è affaticato per incaminar queste conversioni et opre pie, il zelo col quale ne ha trattato et appresso Sua Altezza et in ogni occasione ; ché se crescer poteva l'amicitia che V. S. Ill"* tiene verso di questo Prelato, son certo che d' altro tanto cre- "scerebbe. Lascio il Padre Cherubino, il quale é tanto consolato sin adesso, che se non fossero le fatighe grandissime che sente, crederebbe che Tonone fosse Paradiso, vedendo tante conversioni et il frutto maturo delli suoi sudori.

Direi ancora di me che sto consolatissimo, se un rumore sparso di qua non mi desse noia : cioé, che il Re Christianissimo vuole che nell' honorata pace fatta dalla Santa Sede fra li potentati catholici vi sia compresa la vituperosa Babilonia di Geneva. Non la posso creder, perché l’ho per troppo disdicevole che quella terra maledetta habbia pace per mano della Santa Sede ; senza altro, assolutamente non la posso capire. Iddio ci darà nuove più grate. Ad ogni modo glie faremo guerra colle prediche, et già che ci chiamano ad una conferentia, ci

courage avec lesquels M*' de Saint-Paul a travaillé pour avancer ces conversions et œuvres pies, le zèle avec lequel il a traité cette affaire aupres de Son Altesse et celui qu'il déploie en toute occasion. Si l'amitié de Votre Seigneurie pour ce Prélat pouvait s'accroitre, je suis sûr qu'elle s'augmenterait d'autant. Je ne parle pas du P. Chérubin, tellement consolé jusqu'ici, que, n'étaient les fatigues tres grandes qu'il ressent, il croirait que Thonon est un paradis, voyant tant de conversions et recueillant en pleine maturité le fruit de ses sueurs.

Je dirais encore de moi-méme que je suis trés consolé, si un bruit qui se répand de nos cótés ne m'attristait beaucoup : c'est que le roi trés chrétien veut que l’infàme Babylone de Genève soit comprise dans la paix honorable faite par la médiation du Saint-Siège entre les puissances catholiques. Je ne puis y croire, car il serait trop inconvenant que cette terre maudite reçût la paix par l'entremise du Saint-Siège ; je ne puis absolument pas le comprendre. Dieu nous donnera de plus réjouissantes nouvelles. Quoi qu'il en soit, nous lui ferons la guerre par la prédication, et puisqu'on nous appelle à une conférence nous nous préparons à faire tous nos efforts. Mais,

* I Reg., 1, 15; Ps.

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