‹ Œuvres de SchillerChapitre 20 sur 71 · LETTRE L · texte numérisé non relu

LETTRE L

Vous daignez donc me permettre de vous exposer , dans une série de lettres , le résultat de mes recherches sur le beau et l*arL Je sens vivement Timportance , mais aussi le charme et la

1. Ces lettres, adressées et dédiées au duc Chrétien-Frédéric de Holstein- Augostenbourg , parurent pour la première fois dans les Heures de 1795 (lettres I à IX dans le l" cahier ; X à XVI , dans le 2* ; XVII à XXVII , dans le 6*). — Voyez la Fie (te Schiller y p. 107, 109, 127.— Elles furent réimprimées, en 1801, dans les Opuscules en prose j t. III, p. 44-209.

Dans les Heures, la première lettre est précédée de cette épigraphe française, ponctuée à la manière allemande : « Si c'est la raison, qui fait Thomme , c'est le sentiment, qui le conduit. » Rousseau. — Dans les ojpuscules en prose et dans les OEuvres complètes, a été supprimée la note suivante, qui se rapportait au titre : « Ces lettres ont été réellement écrites : à qui ? Cela ne fait rien à l'affaire, et peut-être Papprendra-t-on au lecteur quand il en sera temps. Comme on a

186 LETTRES SUR L'ÉDUCATION ESTHÉTIQUE dignité de cette entreprise. Je vais traiter un sujet qui se rattache à la meilleure part de notre bonheur par des liens immédiats, et à la noblesse morale de la nature humaine par des rapports qui ne sont pas très-éloignés. Je vais plaider la cause du beau devant un cœur qui en sent et exerce toute la puissance, et qui, dans des investigations où l'on est obligé d'en appeler aussi souvent aux sentiments qu'aux idées , se chargera de la partie la plus di£SciIe de ma tâche.

Ce que je voulais implorer de vous comme une faveur, vous m'en faites généreusement un devoir, et, lorsque j'obéis seulement à mon inclination, vous me laissez l'apparence d'un mérite. Loin d'être une gène et une contrainte , la liberté d'albire que vous me prescriveE est bien plutôt un besoin pour moi. PcB exercé dans l'emploi des formales de l'école, je ne courrai guère le danger de pécher contre le bon goût par l'abus que j'en pourrais faire. Puisées dans un commerce uniforme avec moi-même , plutôt que dans la lecture ou dans ime riche expérience du monde, mes idées ne renieront pas leur origine ; l'esprit de secte sera le dernier défaut qu'on pourra leur reprocher, et elles tomberont par leur propre faiblesse plulAt que de se soutenir par l'autorité et la force étrangère.

A la vérité , je ne vous dissimulerai pas que c'est en trèsgrande partie sur des principes de Kant que s'appuieront les assertions qui vont suivre j maie $j, dans le cours de ces recherches, je devais vous rappeler une école particulière de philosophie, ne vous en prenez qu'à mon impuissance , et non à ces principes. Non, la liberté de voire esprit doit être sacrée pour moi. Votre propre seotimeat me fournira les faits sur lesquels je flODstniis mon édifice; la libre foculté de penser qui est en vous me dictera les lois qui doivent me diriger.

Sur les idées qui domiaeiit dans la partie pratique du système de Kant, les philosophes seuls sont dinsés, mais la 1, je me &is fort de le prouver , ont loi^ours été à'K-

jugé néMMdre i'y supprimer lont ce qui anil rapport im personnes on lui liaaz, al que cependant il n'a pu convenu de meure autre chose & la pUw, eUet ifunt preagus rien garda de la toraie Ëpistolaîre que la division tout eilélieure : incoaiténieai qu'il eût étA lUile d'Ëtitar, ai l'on «Tait Uiàciié moiu d'importaoee t ne lea {«iiit dénaturer. ■

cord. Qu'on dépouille ces idées de leur forme technique, et elles apparaîtront comme les décisions prononcées depuis un temps immémorial par la raison commune , comme des faits de rinstinct moral , que la nature , dans sa sagesse , a donné à l'homme pour lui servir de tuteur et de guide jusqu'au moment où une intelligence éclairée le rend majeur. Mais précisément cette forme technique qui rend la vérité visible à Tintelligence, la cache au sentiment ; car , malheureusement y il faut que Tintelligence commence par détruire î'<Ajet du sens intime si elle veut se l'approprier. Comme le chimiste, le philosophe ne trouve la synthèse que par l'analyse ; il ne trouve que par les tortures de l'art l'œuvre spontanée de la nature. Pour saisir l'apparition fi^gitive, il fiiut qu'il la meÉte dans les chaînes de larè^e, qu'il dissèque en Qoticms 'abstraites son beau corps, et qu'il conserve dans un squelette décharné son esprit yrrant Quoi d'étonnant si le sentiment naturel ne )se reoonnaft pas àiDs une pareille copie , et si^ dans l'exposé de l'aiialyste , la vérilé ressemble à un paradoxe?

Ainsi donc, ayez aussi pour moi quelque indulgence s'il arrivait aux recherches suivantes de dérober leur objet aux sens en essayant de le rapprocher de l'intelligence. Ce qwe Je dis^ tout à l'heure de l'expérieiice morale peut s'appliquer arec plus de vérité encore à la manifestation dn beau. C'est le mystère qui en fait toute la magve, et^ avec le lien néœssure de ses élémes^ts, disparaît aussi son essaice*

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