Trailé théologico-poïUique, ch. xit
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ture (le TÉtat; il clierclie Torigine et le fondement delà souveraineté, quels sont les droits, les devoirs, les garanties du citoyen, que valent les différentes formes du gouvernement ; en un mot il aborde tous les problèmes essentiels de la science politique.
Cette science était bien jeune alors*, et Spinoza se plaint qu'elle n'ait encore été traitée que par des utopistes ou par des empiriques. Il est plein de dédain pour les utopistes : « Ces sortes d'esprits (dit-il, en songeant sans doute à Thomas Morus et à Campanella) croient avoir fait une chose divine et attemt le comble de la sagesse, quand ils ont appris à célébrer en mille façons une prétendue nature humaine qui n'existe nulle part et à dénigrer celle qui existe réellement. Car ils voient les hommes, non tels qu'ils sont, mais tels qu'ils voudraient qu'ils fussent. D'où il est arrivé qu'au lieu d'une morale, le plus souvent ils ont fait une satire et n'ont jamais conçu une politique qui pût être réduite en pratique, mais plutôt une chimère bonne à être appliquée au pays d'Utopie ou du temps de cet âge d'or pour qui l'art des politiques était assurément très superflu. On en est donc venu à croire qu'entre toutes les sciences susceptibles d'application, la politique est celle où la théorie diffère le plus de la pratique et que nulle sorte d'hommes n'est moins propre au gouvernement de l'État que les théoriciens ou les philosophes'. »
Spinoza se montre plus indulgent pour les empiriques, parmi lesquels il donne une place à part à Machiavel K
1 . Voyez sur Tétai de la science politique au ttii* siècle les savantes et profondes recherches de M. Paul Janet dans son Histoire de la philosophie morale et politique, tome II.
2. Traité politique, chap. i, art. 1 , page 337 de notre tonte II.
3. On remarquera la manière dunt Spinoza juge Machiavel, notamment ceUc
Ceux-là du moins ne se font pas illusion sur la nature humaine : « Ils ont appris à Técole des faits qu'il y aura des vices tant qu'il y aura des hommes. » Le tort de ce genre d'esprits, c'est (Le croire que les affaires de ce monde vont à l'aventure; ils ne connaissent que la surface des choses et ne savent pas que sous ces accidents fugitifs que le vulgaire nomme caprice, fortune, hasard, règne un ordre caché, aussi certain, aussi inflexible que l'ordre de la géométrie.
« Pour moi, dit Spinoza, lorsque j'ai résolu d'appliquer mon esprit à la politique, mon dessem n'a pas été de rien découvrir de nouveau, ni d'extraordinaire, mais seulement de démontrer par des raisons certaines, ou, en d'autres termes, de déduire de la condition même du ^enre humain un certain nombre de principes parfaite- JOdent d'accord avec l'expérience; et pour porter dans cet ordre de recherches la même liberté d'esprit dont on ^iise en mathématiques, je me suis soigneusement abstenu <[e tourner en dérision les actions humaines, de les 2)rendre en pitié ou en haine ; je n'ai voulu que les com-
kion du Prince : ■ Quels «oat pour un prince aumié de la Betde passion éé dominer les moyens de conserver et d'affermir son gouvernement, c'est ce qu*a ^^OMmtré fort au long le très>pénétraAt MarhiaTel ; mai» à quelle fin a-t-ii écrit son Mvm ? voilà qui ne se découvre pas assez clairement. S'il a eu un but honnête, comme '^n doit le croire d'un homme sage, il a voulu apparemment faire voir quelle est ^imprudence de ceux qui s'efforcent de supprimer un tyran, alors qu'il est impossible de supprimer les causes qui ont fait le tyran, ces causes elles-mêmes devenant ^^«tttuit phffi puissantes qu'on donne «a ' tyran d« plus grands motifs d'avoir peur. C-'cst là ce qui arrive quand une multitude prétend faire un exemple, et se réjouit ^*un régicide comme d'une bonne action. Machiavel a peut-être voulu montrer cornélien une multitude libre doit se donner de g«nle de confier exclusivement sou salut ■^ un seul homice, lequel, à moins d'être plein de vanité et de se croire capable de ipliire aboutit monde^ doit redouter dtscpic jour îles eoibâniies, ce qui r oblige de "veiller à «a propre sécurité, et d'être plus occupé à tendre des pièges à la multitude ^*à prendre soin de ses intérêts. JMaeline d'aaCent plus à interpréter ainsi la ^[tensée de cet habile homme qu'il a toujours été pour la liberté et a donné sur les ^Doyens de la défendre les conseils les plus salutaires, • ( Traité politiqwj cbap. ▼,
prendre. En face des passions, telles que l'amour, la haine, la colère, Tenvie, la vanité, la miséricorde, et autres mouvements de Tâme, j'y ai vu, non des vices, mais des propriétés qui dépendent de la nature humaine, comme dépendent de la nature de Tair le chaud, le froid, les tempêtes, le tonnerre, et autres phénomènes de cette espèce, lesquels sont nécessaires, quoique incommodes, et se produisent en vertu de causes déterminées par lesquelles nous nous efforçons de les comprendre. Et notre âme, en contemplant ces mouvements intérieurs, éprouve autant de joie qu'au spectacle des phénomènes qui charment les sens*. »
L'ambition de Spinoza serait donc de se tenir à égale distance des utopistes et des empiriques, entre Morus et Machiavel ; il voudrait satisfaire à la fois la raison qui seule donne de vrais principes, et l'expérience quiles met à l'épreuve des faits.
Quelle est pour la science politique l'idée fondamentale, celle de qui dépendent toutes les autres? c'est l'idée du droit. Spinoza cherche l'origine de cette idée et, pour la découvrir, il remonte jusqu'à Dieu. Dieu, c'est la'Substance, l'être universel, l'universelle activité. Par conséquent, cette puissance en vertu de laquelle chaque être de la nature existe et agit n'est autre chose que la puissance même de Dieu.
Cela est vrai de l'homme tout aussi bien que du reste des êtres. « La plupart des philosophes, dit Spinoza, s'imaginent que les ignorants, loin de suivre l'ordre delà nature, le violent au contraire, et ils conçoivent les hommes dans la nature comme un État dans un Etat. A
i. Traité politiqiAe, chap. i, art. 4, page 339 de notre tome H,
les en croire, en effet, Tâme humaine n'est pas produite par des causes naturelles, mais elle est créée immédiatement par Dieu dans un tel état d'indépendance par rapport au reste des choses qu'elle a un pouvoir absolu de se déterminer et d'user parfaitement de la raison. Or l'expérience montre surabondamment qu'il n'est pas plus en notre pouvoir de posséder une âme saine qu'un corps sain '... »
L'homme est donc une partie de la nature, rien de plus; en d'autres termes, la puissance en vertu de la quelle chacun de nous existe et agit est, comme celle de tous les autres êtres, une partie de la puissance de Dieu. Cela posé, il est clair que Dieu ou la Nature a droit sur toutes choses. Car puisqu'il n'y a rien en dehors de son être et de sa puissance, il n'y a aucune limite possible à son droit. Est-ce à dire que ce droit universel de Dieu supprime tous les droits des êtres particuliers? Non, dit Spinoza, tout être particulier est un fragment de Dieu. Sa puissance est un fragment de la puissance de Dieu. Il a donc aussi son droit qui est un fragment du droit universel de Dieu, et cette portion de droit que possède chaque individu se mesure exactement sur sa puissance. Dieu est tout, peut tout, et son droit est illimité comme sa puissance et comme son être; chaque individu, homme, plante ou caillou, peut quelque chose, un peu plus, un peu moins, et autant il a de puissance, autant il a de droit.
« Les poissons, dit Spinoza, sont naturellement faits pour nager; les plus grands d'entre eux sont faits pour manger les petits ; et conséquemment, en vertu du droit