‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 68 sur 96 · I. Voyez ]i» Notes marginales df Spinoza^ note · texte numérisé non relu

I. Voyez ]i» Notes marginales df Spinoza^ note

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vers. 4 8] c'est que je pense, et plusieurs autres semblables. Outre cela, on trouve d'autres locutions bieu éloignées de l'autorité prophétique ; telles que celles-ci : Je dis ceci en homme faible, et non pas par commandement (voyez Epitre I aux Corinthiens, chap. vu, vers. 6); et encore : Je donne mon avis comme un homme qui est fidèle par la grâce de Dieu (même chap., vers. 25] ; on pourrait citer encore beaucoup d'autres expressions. Il faut remarquer que, lorsqu'il dit dans ce chapitre qu'il n'a pas de commandement de Dieu, il n'entend par là ni précepte ni commandement que Dieu lui aurait révélés, il parle seulement des enseignements donnés par le Christ sur la montagne à ses disciples. D'ailleurs, si nous prenons garde à la manière dont les apôtres nous transmettent dans leurs Ëpitres la doctrine évangélique, nous verrons qu'elle est bien différente de celle qu'ont employée les prophètes pour nous transmettre leurs prophéties. Car les apôtres raisonnent sans cesse de telle sorte qu'ils ne semblent pas prophétiser, mais discuter. Les prophéties ne contiennent que de purs dogmes et des décrets ; parce que Dieu est représenté comme prenant lui-même la parole, non pas pour raisonner, mais pour imposer des ordres , sejon le pouvoir absolu qui appartient à sa nature. L'autorité du prophète ne doit pas en en effet souffrir la discussion; car quiconque veut conûrmer ses dogmes parla raison, les soumet par cela même au libre jugement de chacun. C'est bien ainsi que Paul parait Tentendre, lui qui a l'habitude de raisonner , quand dans VEpitre 1 aux Corinthiens (chap. X, vers. 45) il s'exprime en ces termes : Je vous parle comme à des personnes sages; jugez vous-même la vérité de ce que je dis. Il faut dire ensuite que les prophètes percevaient les choses révélées sans les secours de la lumière naturelle, c'est-à-dire sans le raisonnement, comme nous l'avons vu au chap. i. Bien que certaines conclusions dans le Pentateuque semblent le résultat du raisonnement, on verra, si on y prend garde, qu'on ne peut nullement les prendre pour des ariî;uments rigoureux : par exemple , lorsque Moïse, dans le Deutéronome (chap. xxxi, vers. 27), dit aux Israélites : Si vous avez été rebelles contre Dieu tandis que fai vécu parmi vous, vous le serez bien plus après ma mort, il faut bien se garder de croire que Moïse veuille prouver aux Israélites par le raisonnement qu'ils abandonneront nccessaiicmont après sa mort le

vrai culte de Dieu ; car cet argument serait faux, comme on peut le prouver par TÉcriture elle-même. Les Hébreux ont en effet persévéré constamment dans leur foi, du vivant de Josué et des anciens, et depuis sous Samuel, David, Salomon, etc. Ainsi ces pa~ rôles de Moïse ne sont qu'un enseignement moral, une espèce de mouvement oratoire qui lui fait prédire la rébellion du peuple, que son imagination se représente vivement dans l'avenir. Ce qui m'empêche de dire que Moïse ait prononcé ces paroles par une inspiration personnelle et dans le but de montrer au peuple la vraisemblance de sa prédiction , ce qui me porte à croire , au contraire, qu'elles lui ont été suggérées par révélation, et en tant que prophète, c'est qu'au vers. 2i de ce même chapitre on lit que Dieu révéla celte même chose à Moïse en d'autres termes, quoiqu'il ne fût évidemment pas nécessaire de lui confirmer cette prédiction et ce décret par des raisons vraisemblables, et qu'il suflrtt de les représenter vivement à son imagination (ainsi que nous l'avons montré au chap. i) ; ce qui ne pouvait mieux se faire pour Moïse qu'en lui faisant imaginer comme future une rébellion qu'il avait si souvent éprouvée. C'est ainsi qu'il faut entendre tous les arguraenls de Moïse qui se trouvent dans les cinq livres qu'on lui attribue; ce ne sont pas des déductions de la raison , mais seulement des façons de parler par lesquelles il exprimait avec plus de force les décrets de Dieu qu'il se représentait vivement. Je ne veux pas cependant nier d'une manière absolue que les prophètes n'aient pu raisonner d'après les révélations qu'ils recevaient; j'affirme seulement que plus les prophètes raisonnent juste, plus la connaissance qu'ils ont des choses révélées approche des connaissances naturelles, et que rien ne prouve plus évidemment le caractère surnaturel de leur science que de voir que leurs paroles sont ou de purs dogmes, ou des décrets, ou des sentences; et de tout cela je conclus que ce grand prophète, Moïse, n'a fait aucun argument en forme, tandis qu'au contraire les longues déductions et argumentations de Paul, telles qu'on les lit dans VEpitre aux RomainSy n'ont nullement été écrites sous l'inspiration d'une révélation divine. Ainsi les locutions, tout aussi bien que les raisonnements des apôtres dans leurs Épîtres, démontrent très-clairement que ces ouvrages ne furent point comjxysés d'après des révélations et dos

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ordres de Dieu, mais qu'ils furent simplement le fruit du jugement naturel des apôtres ; qu'ils ne contiennent d'ailleurs que des avis fraternels pleins d'une douceur bien contraire à la rudesse de l'autorité prophétique : je citerai, par exemple, cette expression respectueuse de Paul dans son Épître aux Romains, cbap. xv, vers. \ 5 : Je vous ai écrit, mes frères, un peu trop librement. Nous pouvons en outre arriver à cette même conclusion au sujet des apôtres, en voyant que nulle part il n'est dit qu'ils aient reçu l'ordre d'écrire, mais seulement celui de prêcher partout où ils iraient et de conGrmer leurs prédications par des signes. Car il fallait absolument la présence des apôtres, et il fallait aussi des signes qui témoignassent de leur mission^ pour convertir les Gentils à la religion et les y confirmer, ainsi que Paul l'énonce expressément dans son Epitre aux Romains (chap. i, vers. 4i) : Parce que f ai, dit-il, grand désir de vofis voir et de vous distribuer le don de l'Esprit, pour que vous soyez confirmés dans la foi. Mais on objectera ici peut-être que nous pourrions de la même manière conclure que les apôtres n'ont pas non plus prêché en tant que prophètes; car, lorsqu'ils allaient prêcher çà et là, ce n'était pas par ordre exprès qu'ils le faisaient, comme autrefois les prophètes. Par exemple, nous lisons dans l'ancien Testament que Jonas alla prêcher à Ninive , et en même temps, qu'il y fut envoyé exprès et qu'il avait su par révélation ce qu'il devait y prêcher. Il y est dit aussi très -longuement au sujet de Moïse qu'il partit pour l'Egypte comme ambassadeur de Dieu, qui lui avait fixé d'avance et le langage qu'il tiendrait au peuple hébreu et au roi Pharaon, et les signes qu'il produirait en leur présence pour les convaincre de sa mission. C'est par un ordre exprès qu'Isaïc, Jérémie, Ézéchiel prêchent les Israélites. Et enfm l'Écriture atteste que les prophètes n'ont rien prêché que ce qu'ils avaient reçu de Dieu. Mais le nouveau Testament ne nous dit rien de semblable, ou du moins cela est très-rare , au sujet des apôtres qui allaient prê^ cher de côté et d'autre. Nous y trouvons au contraire certains passages qui annoncent positivement que les apôtres choisissaient eux-^ mômes les lieux où ils voulaient prêcher : et cela est si vrai qu'à ce sujet un différend qui dégénéra en querelle s'éleva entre Paul et Barnabas ( voyez Actes des apôtres, chap. xv, vers. 17, 18). On voit môme que les apôtres ont plusieurs fois tenté vainement d'aller 1. 20

dans quelque lieu, comme le prouvent ces paroles de Paul, {EpUre aux Romains, chap. i, vers. 43) : Souvent j'ai voulu aller vous trouver etfen ai été empêché; et (chap. xv, vers. 22) ; Cest pour cela que j'ai souvent été empêché d'aller vous trouver; et enCn dans le dernier chapitre de VEpitre aux Corinthiens, vers. M: J'ai souvent prié mon frère Apollon d'aller vous trouver avec ms frères, mais il n'en avait nullement la volonté; cependant, lorsqu'il ie pourra, etc. C'est pourquoi, me fondant tant sur ces façons de parler et sur les discussions des apôtres que sur ce fait remarquable, que, lorsqu'ils allaient prêcher quelque part, TÉcriturene témoigne nullement de leur mission divine, comme elle le fait pour les anciens prophètes, je devais conclure qu'ils ont prêché en tant que docteurs et non en tant que prophètes. Mais on résoudra plus facilement encore cette question , si on prend garde à la différence do vocation des apôtres et des prophètes de l'ancien Testament. Ceux-ci en effet n'ont pas été appelés à prêcher et à prophétiser chez toutes les nations, mais seulement chez quelques unes en particulier ; ce qui exigeait conséquomment pour chacune d'elles un mandat spécial et particulier. Mais les apôtres étaient appelés à prêcher indistinctement toutes les nations; leur vocation s'étendait à la conversion religieuse de tous les peuples. Partout donc où ils allaient , ils exécutaient les ordres du Christ; et ils n'avaient pas besoin, avant de partir, d'une révélation qui leur fît connaître ce qu'ils prêcheraient, aussi bien ils étaient ces disciples à qui Jésus-Christ avait dit : Quand ils vous livreront, ne vous im^uiétez ni de ce que vous direz ni de la manière dont vous le direz; car à celle heure-là ce qm vous aurez à dire vous sera inspiré, etc. (voyez Matthieu, chap. x, vers. 19, 20). Nous concluons donc que les apôtres n'ont eu de révélation spéciale (lue pour ce qu'ils ont prêché de vive voix et confirmé [)ardes signes (voyez ce que nous avons démontré au commencement du chap. Il) ; et que, pour ce qu'ils ont enseigné simplement par écrit et de vive voix, sans recourir à aucun signe qui fût comme un témoignage de la vérité de leur parole, ils l'ont dit ou écrit d'après une cx)nnaissance toute naturelle (voyez à ce sujet VEpttre [aux Corinthiens , chap. \iv, vers. 6) : et ici nous ne nous embarrassons pas de cette circonstance, que toutes les Ëpitres commencent par Topologic dt^ rAi)ostolat ; car les aiiôircs ont reçu,

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savoir, en faisant un simple récit de la vie du Christ ^ ne soit pas accessible à la raison , il n*est personne du moins qui par la lumière naturelle n'en puisse facilement saisir le principal (qui consiste principalement en instructions morales , comme la doctrine tout entière du Christ). Enûn les apôtres n'avaient pas besoin d*èlre éclairés par une lumière surnaturelle pour prêcher une religion qu'ils avaient auparavant confirmée par des signes, et la mettre si bien à la portée des intelligences ordinaires que chacun pût facilement l'embrasser; et c'est le propre but des Ëpitres, savoir, d'enseigner et d'apprendre aux hommes les voies que chacun des apôtres a jugées les meilleures pour les conûrmer dans la religion. Maintenant il est bon de se rappeler ce que nous avons dit tout à l'heure, que les apôtres avaient reçu non-seulement le pouvoir de prêcher l'histoire du Christ en tant que prophètes, c'est-à-dire de la confirmer par des signes, mais aussi l'autorité de choisir pour leur enseignement les moyens que chacun d'eux estimerait les meilleurs : c'est ce double don que Paul indique clairement dans son Epftre I à Timoth, (chap. i, vers. 44] : En quoi j'ai été institué héraut , apôtre et docteur des Gentils. Et dans la môme au mômo, chap. ii, vers. 7 : De qui j'ai été institué htraut et apôtre [je dis la vérité au nom du Christ, je ne mens pas , docteur des nations dans la foi et dans la vérité. Ces passades, je le répèle, montrent clairement la double apologie de l'apostolat et du doctorat ; quant à l'autorité de donner des ordres en toute circonstance et à tous, elle est prouvée en ces termes dans r£pitre a Philém. vers. 8 : Quoique j'aie un grand pouvoir en Jêsuf- Christ de te prescrire ce qui sera convenable, cependant ^ etc., où il faut remarquer que, si Paul eût reçu do Dieu en tant que prophètes et dû prescrire à ce titre à Philémon ce qu'il fallait lui prescrire, il ne lui eût certainement pas été permis de changer en simple prière le précepte formel de Dieu. Il faut donc admettre de toute nécessité qu'il parle du pouvoir qui lui était attribué en tant que docteur et non en tant que prophète. Cependant il ne résulte pas de là assez clairement que les apôtres aient pu choisir la manière d'enseigner que chacun d'eux aurait jugée la meilleure, mais seulement qu'en vertu de leur apostolat ils étaient à la fois apôtres et docteurs; à moins que nous n'ayons ici recours à la raison, qui montn*

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parfaitement que celui qui a Tautorité d'enseigner a aussi celle do choisir à cette 6n les moyens les plus convenables. Mais il vaut mieux démontrer tout cela par TÉcriture seule. II résulte évidemment en effet de l'Écriture que chaque apôtre choisit ses voies particulières; on peut s*en assurer par ces paroles de Paul ( EpÙre aux Romains, chap. xv, vers. 20) : 3f efforçant de prêcher là où n avait pas encore été invoqué le nom du Christ, afin de ne pas édifier sur des fondements étrangers. Certes , si les apôtres n'avaient eu qu'une seule et môme manière d'enseigner et qu'ils eussent tous édifié la religion chrétienne sur le môme fondement, il n'y avait pas de raison pour que Paul pût dire que les fondements d'un autre apôtre étaient des fondements étrangers, puisque ç*auraient été les mômes que les siens. Mais puisqu'il les appelle étrangers, il faut conclure nécessairement que chacun d'eux édifia la religion sur des fondements particuliers, et qu'il arriva aux apôtres dans leur mission de docteurs ce qui arrive aux docteurs ordinaires, qui ont chacun une manière d'enseigner qui leur est propre, de telle sorte qu'ils aiment toujours mieux enseigner ceux qui sont tout à fait ignorants, et qui n'ont commencé à apprendre sous aucun maître les langues ou même les sciences mathématiques, dont la vérité n'est mise en doute par personne. Ensuite, si nous parcourons les Épîlres avec quelque attention , nous verrons que les apôtres sont d'accord sur la religion elle-même , mais qu'ils sont loin de l'être sur ses fondements. Car Paul, voulant confirmer les hommes dans la religion et leur montrer que le salut dépend de la seule grâce de Dieu, a enseigné que personne ne peut se glorifier de ses œuvres, mais de la foi seule, et que personne ne peut se justifier par ses œuvres (voyez Epiire aux Romains, chap. m, vers. 27, 28), et a développé toute celte doctrine sur la prédestination. Jacques dit, au contraire, dans son Épitre, que l'homme se justifie par ses œuvres et non pas seulement par la foi (voyez son Epitre, chap. ii, vers. 24) ; et il comprend en très-peu de mots toute la doctrine de la religion, après avoir mis de côté toutes ces discussionsspéculatives de Paul. Ensuite il n'est pas douteux que c'est pour avoir édifié la religion sur divers fondements que les apôtres ont donné lieu à ces nombreuses discordes et à ces schismes qui, depuis eux, ont sans cesse déchiré l'Église, et qui certainement cor-

tinueront de la déchirer, jusqu'à co qu'enfin la religion soit dégagée un jour des spéculations philosophiques, et ramenée à ce petit nombre de dogmes très-simples que le Christ a enseignés à ses disciples. Cela fut impossible aux apôtres, parce que TÉvangile était inconnu aux hommes, et que pour éviter d'offenser leurs oreilles par la nouveauté de ses doctrines , ils approprièrent cet enseignement, autant que cela pouvait se faire, à Fesprit du temps (voyez Epitre I aux Corinthiens^ chap. rx, vers. 49, ÎO etc.), et l'édifièrent ainsi sur les principes les plus connus à cette époque et les plus vulgairement reçus : c'est pourquoi il n'est pas un apôtre qui ait plus philosophé que Paul, appelé particulièrement à prêcher les Gentils. Mais les autres qui prêchèrent les Hébreux. c'est-à-dire des contempteurs de la philosophie, s'accommodèrent aussi à leur esprit sur ce point (voyoz Epitre aux GalaU, chap. ii. vers. 44, etc.), et enseignèrent la religion dégagée des spéculations philosophiques. Et certes notre siècle serait bien heureux s'il était libre aussi de toute superstition.

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