‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 77 sur 96 · Voyex lei NoUm fâargituUes dé Spinota, note · texte numérisé non relu

Voyex lei NoUm fâargituUes dé Spinota, note

violences des sujets r]6sarinés ? or,/:V.sl un rlroit que personne n n jamais pensé, j'imagine, â lui accorder. Donc il faul convenir qno chacun se réserve plein pouvoir sur cerlaines choses qui , ccliappant aux décisions du gouvernement, ne dépendent que de la propre volonté du cioyen. Toutf^fois, pour comprendre exactement l'éteniluo des droits et de la puissance du gouvernement, il faul remarquer que la puissance du gouvernement ne consiste pas seulement â contraindre les hommes par la frayeur, mais qu'elle consiste dans Tobéissance des sujets, quels qu'en soient les motif;:. Car réagence d'un sujet, œ n'est pas d'obéir par telle ou telle raison, c'est d'obéir, par quelque motif qu'il s'y résolve : ?oit rrainlo de quelque châtiment , soit espérance de quelque bien , soit amour de la patrie, soit toute autre passion, toujours il se n- 80ut librement , et toujours , cependant , il obéit aux ordres du souverain (mouvoir. De ce qu'un homme prend conseil de luimômo pour agir, il n'en faut donc pas tirer aussitiM cette conclusion , qu'il agit à son gré et non pas au gré du gonvernemonl. En effet, puisque l'homme, soit qu'il agisse par amour ou par crainte d'un mal <n venir, prend toujours, en agissant , conseil do Boi-môme, il faut dire, ou bien qu'il n'existe ni gouvernement ni droit sur les sujets, ou bien que ce droit s'étend nécessairement à tous les motifs qui peuvent déterminer les hommes à o])éir: et, par suite, toutes les actions des sujets conformes aux ordres (in souverain, qu'elles soient dictées par l'amour ou par la crainte, on. ce (pii est plus fréquent, par l'espoir et la crainte à la fois, ou pr le respect, sentiment composé de crainic et d'admiration, ou cfilin par quelque autre motif, doivent être considérées comme d<»s marques do soumission au gouvernement et non comme de purs caprins de l'individu. C'e qui met encore ce princi|>o en évidence, c'est que l'obéissance ne concerncî pas tant l'action extérieure que l'ailion intérieure de l'amo : et c'est pourquoi celui-là est le plus complétrment soimiis à autrui, qui so résout de son plein gré à exécuter k^ ordres d'autrui, et par suite celui-là exerce le souverain empire qui régne sur l'Ame de ses sujeLs. Si le souverain empire appartenait à ceux qui inspirent le plus de crainte, il appartiendrait certainementaux sujets des tyrans, (pii sont |>our lui-môme un objet dï'jx'uvnnle. HnsuiU» , bien qu*(m ne commando pîi» h l'esprit (-(tnime '-n

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commande à la langue , cependant les esprits dépendent en quelque façon du souverain, qui, de mille manières, peut faire en sorte que la plus grande partie des hommes croient, aiment^ haïssent, etc., à son gré. Aussi, quoique le souverain ne puisse proprement commander ces dispositions de Tesprit, souvent cependant elles se produisent, comme l'atteste abondamment Texpérience, par le fait du pouvoir, sous son impulsion, c'est-à-dire à son gré; et l'intelligence ne répugne pas à concevoir des hommes recevant du gouvernement leurs croyances, leurs amitiés, leurs haines, leurs dédains, et en général toutes les passions dont ils sont agités.

Cependant, bien que de cette manière nous concevions le gouvernement disposant d'une assez grande puissance, il ne saurait jamais être assez fort pour étendre un pouvoir absolu sur toutes choses: c'est ce que j'ai démontré , je pense, avec une clarté suffisante. Maintenant, quelle devrait être la constitution d'un gouvernement qui voudrait obtenir sécurité et durée, j'ai déjà dit qu'il n'était pas dans mon dessein de l'expliquer. Cependant, pour atteindre le but que je me propose, j'indiquerai les dispositions que Dieu révéla à Moïse relativement à cet objet. J'examinerai ensuite l'histoire du peuple hébreu et ses vicissitudes , par où l'on verra au prix de quelles concessions le souverain pouvoir doit acheter la sécurité et la prospérité de l'État.

Que la conservation de l'État dépende de la fidélité des sujets, de leurs vertus, de leur persévérance dans l'exécution des ordres émanés du pouvoir, c'est ce que la raison et l'expérience enseignent avec une parfaite évidence; mais par quels moyens, par quelle conduite, le gouvernement mainliendra-t-il dans le peuple la fidélité et les vertus, c'est ce qu'il n'est pas aussi facile de déterminer. Tous en effet , gouvernants et gouvernés, sont des hommes, et partant naturellement enclins aux mauvaises passions. C'est au point que ceux qui ont quelque expérience de la multitude et de celte infinie variété d'esprits, désespèrent preque d'atteindre jamais le but; ce n'est pas en effet la raison, mais les passions seules qui gouvernent la foule, livrée sans résistance à tous les vices et si facile à corrompi-e par l'avarice et par le luxe. Chaque homme s'imagine tout savoir, veut tout gouverner d'après

l'inspiration de son esprit, et décider de la justice ou de Tinjustice des choses, du bien et du mal, selon qu'il en résulte pour lui profil ou dommage ; ambitieux, il méprise ses égaux et ne peut 8up|)orter d'ôtre dirigé par eux ; jaloux de Testime ou de la fortune , deux choses qui ne sont jamais également réparties, il désire le malheur d*aulrui et s'en réjouit; à quoi bon achever cette peinture? Qui ne sait combien le dégoût du présent, l'amour des révolutions, la colère effrénée, la pauvreté prise en mépris, inspirent souvent de crimes aux hommes, s'emparent de leurs esprits, les agitent et les bouleversent? Prévenir tous ces maux , constituer le gouvernement de façon à ne point laisser de place à la fraude , établir enfm un tel ordre de choses que tous les citoyens, quels que soient leur carac tore et leur esprit , sacrifient leurs intérêts au droit public , voilà l'ouvrage, voilà la difficile mission du pouvoir. On s'est livré à mille recherches, on s'est épuisé en combinaisons qui n'ont pas empoché que les périls de l'Élat ne vinssent toujours du dedans plutôt que du dehors , et que les gouvernants n'eussent plus à craindre leurs concitoyens que les ennemis. Témoin la républitjue romaine, invincible à ses ennemis, si souvent vaincue et misérablement opprimée par ses propres citoyens , principalement dans la guerre civile de Vespasien contre Vilellius. (.)n peut sur ce point s'en rapporter ù Tacite, qui, dans ses Histoires (liv. IV, iiiit.)^ dépeint le déplorable aspect de Rome à cette époque. — « Alexandre (dit Quinte-Curce ù la fin du livre VIII) croyait plus à l'autorité de son nom sur les ennemis que sur ses concitoyens , puisqu'il les jugeait capables do ruiner toute sa puissance, etc., et que, redoutant le destin (|ui l'attendait, il parlait ainsi à ses amis : Vous, défendezr-mui amtre la fourberie et contre les piêyes dea yn/cws, ha ijuerre naura ni dan- (fers ni hasards que je n affronte hardiment. Philippe eut moins à craindre sur le champ de bataille (juau milieu du thëdtre: il échappa souvent aux mains des ennemis ^ et tomba nous les coups dt*s siejis Hajtpelez-vous la mort de vos rois : combien plus sont morts de la main de leurs sujets que de celle des ennemis! » (voyez Quinle- Curce , liv. IX , *:} 6). Voilà pounpioi les rois qui avaient usurpé le pouvoir, dans l'intérêt de leur sécurité, se sont efforcés de |H.*rftUiider aux hommes ({u'ils étaient issus de la race des dieux innnurlels. Ils pensaient siins doute ({ue leurs sujets et tous les honiniir*,

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les considérant non plus comme leurs pareils, mais comme des dieux , se laisseraient volontiers gouverner par eux et leur abandonneraient facilement leur liberté. C'est ainsi qu'Auguste persuada aux Romains qu'il descendait d'Énée, considéré comme fils de Vénus et placé au rang des dieux, et qu'il voulut avoir ses temples , ses statues, ses ûamines , ses prêtres , son culte (Tacite , Annales, liv. I). Alexandre voulut être salué fils de Jupiter, et cela par sagesse et non par orgueil, comme le prouve assez sa réponse aux reproches d'Uermolalis : a N'était-ce pas y dit-il, une chose ridicule qu'Hermolaiis exigeât de moi que je reniasse Jupiter, dont V oracle me proclame son fils? Disposai-je donc de la réponse des dieux? Le dieu m' a offert le nom de son fils; Vétat des affaires me faisait une loi de V accoter; puissent les Indiens, eux aussi, me considérer comme un dieu I C'est la renommée qui décide du sort des batailles, et souvent une croyance erronée a joué le rôle de la vérité. » (Quinte- Curce, liv. VllI, g 8. ] Ici Alexandre laisse voir clairement les motifs qui le portent à tromper le vulgaire. C'est aussi ce que fait Cléon dans le discours où il s'efforce de persuader aux Macédoniens de se soumettre aux volontés du roi. Après avoir célébré avec admiration la gloire d'Alexandre, après avoir récapitulé ses hauts faits, et par là donné à l'illusion qu'il veut répandre les apparences de la vérité, il arrive à montrer les avantages de cette superstition : « Ce n'est pas seulement par piété, c*est aussi par prudence que les Perses placent leurs rois au rang des dieux : la majesté, voilà la sauvegarde des rois. » Et il termine en disant que lui-même , quand le roi entrera dans la salle du fesiin, il se prosternera à terre ; que tous les soldats doivent en faire autant, ceux surtout qui pren* nent conseil de la sagesse^ [voyai le même auteur, liv. VIH, § B). Mais les Macédoniens étaient trop éclairés pour être dupes; et il n'est pas d'hommes, à moins qu'ils ne soient entièrement barbares, qui se laissent tromper si grossièrement, et qui de sujets consentent à devenir esclaves et à renoncer à eux-mêmes. D'autres peuples cependant se laissèrent persuader que la majesté des rois est chose sacrée, qu'ils représentent Dieu sur la terre, qu'ils sont envoyés par Dieu et ne dépendent pas du suffrage et de l'assentiment des hommes, qu'une providence particulière veille sur eux, et que Dieu les protège de son bras. Et de cette manière les monarques ont jwurvu

à leur sécurilé par mille dispositions , que je passe sous silence , pour arriver aux choses dout je me propose de Irailer. Je me bornerai, comme je l'ai dit, à indiquer et à examiner les disposilions que Dieu révéla autrefois à Moïse.

J'ai déjà dit ci-dessus, chap. v, qu'après la sortie d'Egypte, les Hébreux n'étaient plus assujettis aux lois d'aucune nation, et qu'il leur était loisible d'instituer des lois nouvelles , et de choisir les terres qui seraient à leur convenance. En effet, délivres de l'intolérable oppression des Égyptiens, sans engagement avec personne , ils étaient rentrés dans leur droit naturel sur toutes choses; et chacun pouvait se poser la question de savoir s'il se conserverait ce droit , ou bien s'il s'en dépouillerait et le conûerail à autrui. C'est donc lorsqu'ils étaient rétablis dans cet état de nature que, d'aprèâ le conseil de Moïse, auquel avait foi le peuple entier, ils prirent la résolution de déposer leurs droits dans les mams, non pas d'un homme, mais de Dieu lui-même; et que, sans hésilalioo, unanimement, ils promirent d'obéir absolument à tous les ordres de Dieu , et de ne reconnaître d'autre droit que celui que Dieu révélerait lui-même par ses prophètes. Et cette promesse, ou cet abandon du droit de chacun à Dieu, s'opéra de lu môme façon que nous avons conçu que cela arrive dans les sociétés ordinaires, lorsque le peuple se détermine à se dépouiller de ses droits naturels. C e*t en '' effet en vertu d'un pacte ( voyez VExode, chap. xxiv, vers. 7}, et en s'obligeant par serment, qu'ils renoncèrent librement, et non par force ou par crainte, à leurs droits naturels, et les transférèrent ù Dieu. Ensuite , pour que ce pacte fût solidement établi et à l'abri de tout soupçon de fraude, Dieu ne ratifia rien avec les Hébreux avant qu'ils n'eussent fait l'épreuve de son admirable puissance, à qui soûle ils avaient dû leur salut, et qui, seule aussi, pouvait les maintenir dans un état prospère ( voyez V Exode, chap. XIX, vers. 4, 5) ; et c'est parce qu'ils furent convaincus qu'il n'y avait pour eux de salut que dans la puissance divine , qu ils abdiquèrent la puissance naturelle qui leur avait été donnée i)Our se conserver , et que peut-ôlrc autrefois ils s'étaient attribuée comme venant d'eux-mêmes, pour la remettre à Dieu avec tous leurs droits. Aussi le gouvernement des Hébreux n'eut d'autre chef «pio Dieu, et, en vertu du pacte primitlT, leur rovaume seul put ila*

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appelé à bon droit le royaume de Dieu , et Dieu le roi des Hébreux. Par conséquent les ennemis de ce gouvernement étaient les ennemis de Dieu ; les citoyens qui cherchaient à usurper le pouvoir étaient coupables de lèse-majesté divine , et les droits de TÉtat étaient les droits et les commandements de Dieu lui-même. C'est pourquoi, dans cet État, le droit civil et la religion, qui consiste , comme nous l'avons montré, dans la simple obéissance à la volonté de Dieu, n'étaient qu'une seule et môme chose ; en d'autres termes, les dogmes de la religion, chez les Hébreux, ce n'étaient pas des enseignements, mais des droits et des prescriptions; la piété, c'était la justice; l'impiété, c'était l'injustice et le crime. Celui qui renonçait à la religion cessait d'être citoyen, et par cela seul était réputé ennemi ; mourir pour la religion , c'était mourir pour la patrie ; en un mot, entre le droit civil et la religion, il n'y avait point de différence. Et c'est pour cette raison que ce gouvernement a pu être appelé théocratique, les citoyens n'y reconnaissant pas de droit qui n'eût été révélé par Dieu. Du reste, toutes ces dispositions existèrent plutôt dans l'opinion que dans la réalité ; car les Hébreux conservèrent effectivement un droit politique indépendant , comme cela ressort évidemment de la manière dont l'État hébraïque était administré, et c'est ce que nous allons expliquer.

Puisque les Hébreux no transférèrent leurs droits à aucune personne déterminée, maison cédèrent réciproquementune égale partie, comme dans une démocratie, et s'engagèrent, d'un cri unanime, à exécuter tout ce que Dieu ordonnerait (sans désigner aucun médiateur), n'en résulte-t-il pas qu'après ce pacte ils demeurèrent tous égaux comme auparavant, que chacun eut également le droit de consulter Dieu, d'accepter et d'interpréter les lois; et en général , que toute l'administration do l'État fut également dans les mains do tous? Et c'est pour cela que la première fois ils allèrent tous ensemble consulter Dieu , pour apprendre de lui sa volonté; mais telle fut leur frayeur lorsqu'ils se prosternèrent devant Dieu , tel fut leur étonnement lorsqu'ils l'entendirent parler, qu'ils se crurent tous à leur dernière heure. Éperdus, saisis de crainte , ils vont de nouveau trouver Moïse : « Nous avons entendu parler Dieu au milieu des llammes , et nous ne vouhiis pas mourir ; point de doute que ces flammes ne nous décorent : si nous I. 2J *

entendons wte seconde fois la voix de Dieu^ nous n'échapperons pas à la mort Va donc, écoute la parole de Dieu, et c'est toi (et non plus Dieu ) qui nous parleras. Tout ce que Dieu t'aura dit, nous Vaccepterons, nous lexécuterons. » Par ces dispositions, évidemment I ils abolirent leur premier pacte, et abandonnèrent complétemeot à \ Moïse le droit qu'ils avaient de consulter Dieu par eux-mêmes, et ( d'interpréter ses ordres. Car ce n'était plus, comme auparavant, -, aux ordres dictés par Dieu au peuple , mais aux ordres dictés par ' Dieu à Moïse , qu'ils s'engageaient à obéir (voyez le Deutéronomf, chap. V, après le Décalogue, et chap. xviii, vers. 15, 16). C'est ainsi que Moïse demeura seul le dispensateur et l'interprète des lois divines, par conséquent le juge souverain, ne pouvant être jugé lui-môme par personne , représentant lui seul Dieu parmi les Hébreux, et possédant à ce titre la majesté suprême. A lui seul, on effet, api)artenait le droit de consulter Dieu, de transmettre les . ordres au peuple et d'en exiger l'exécution; à lui seul, dis-je: car si quelqu'un, du vivant de Moïse, voulait annoncer quelque chose au peuple au nom de Dieu; fiU-il véritablement prophète, il n'en était pas moins déclaré coupable d'usurper le droit suprènie ' (voyez los Nombres, chiip. xxii, vers. 28). lit il faut remarquer ici que les mômes hommes qui avaient élu Moïse n'avaient pas le droit de lui élire un successeur. Car en abandonnant à Moïse le droit quil!< avaient de consulter Dieu, et en s'engagcantà le considérer comme l'oracle do Dieu, ils perdirent par le fait môme tous leurs droits, cl durent considérer l'élu de Moïse comme l'élu de Dieu lui-môme. Or si Moïse se fût choisi un successeur qui, comme lui, eût tenu dans sa main l'administration entière de l'État, à savoir, le droit de consulter Dieu, seul, dans sa tente, et par suite celui de faire les lois et do les abroger, de décider de la paix et de la guerre, d'envoyer des députés, de nommer des juges, de se choisir un successeur, cl enlin d'administrer d'une manière absolue toutes les choses qui sont du ressort du souverain pouvoir, le gouvernement eût été une pure monarchie ; avec cette seule différence ; que les monarchies ordinaires se gouvernent et doivent être gouvernées selon certaines lois, en vertu d'un décret de Dieu inconnu du monarque lui-même, au

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