‹ Œuvres de Spinoza (volume 3)Chapitre 94 sur 96 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

Note XXVIII (page 272 de la traduction). — Personne ne promettra sincèrement de renoncer au droit naturel qu'il a sur toutes choses.

Dans l'état social où le droit commun établit ce qui est bien et ce qui est mal , on a raison de distinguer les ruses légitimes de celles qui ne le sont pas. Mais dans l'état naturel, où chacun est à soi-même son juge, et dispose d'un droit absolu pour se donner des luis, pour les interpréter à son gré, ou les abroger s'il le juge convenable , on ne conçoit pas que la ruse puisse être considérée comme coupable.

Note XXIX ( page 276 de la traduction ). — C/Mcun y peut, quand il le veut, être libre.

Dans quelque état sçcial que l'iiommc puisse se trouver, il peut être libre. L'iiomme est libre, en effet, en tant qu'il agit selon la raison. Or la raison (remarquez que ce n'est point ici la théorie de Hobbes), la raison , disje , conseille à l'homme la paix , et la paix n'est possible que dans l'obéissance au droit commun, lin conséquence, plus un homme se gouverne selon la raison , c'est-à-dire plus il est libre et plus il est (idèle au droit commun , ])his il se conforme aux ordres du souverain dont il est le sujet.

Note XXX ( page 279 de la traduction). — La nature n'a appris à personne qu'il doive à Dieu quelque obéissance.

Quand Paul nous dit que les hommes n'ont en eux- mêmes aucun ro- I. 30

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fuge , il parle à la façon des hommes ; car, aa chap. ii de cette même Epitre où il tient ce langage , il enseigne expressément que Dieu fait miséricorde à qui il lui plaît, et endurcit à son gré les impies, et que, la raison qui rend les hommes inexcusables , ce n*6st pas qu'ils aient été aiertis d'avance , mais c'est quMls sont dans la puissance de Dieu comme Targile entre les mains du potier, qui tire de la même matière des vises destinés à un noble usage , et d'autres à un usage vulgaire.

Pour ce qui est de la loi divine naturelle, dont la substance est , selon moi, qu'il faut aimer Dieu, je lui ai donné le nom de loi, dans le môme sens où les philosophes appellent de ce nom les règles universelles selon lesquelles toutes choses se produisent dans la nature. L'amour de Dieu , en effet, ce n'est pas l'obéissance : c'est une vertu que possède né* cessai rement tout homme qui connaît Dieu. Or l'obéissance a rapport à la volonté de celui qui commande, et non pas à la nécessité et à la vérité des choses. .Or, comme, d'une part, nous ne connaissons pas la nature de la volonté de Dieu , et que, de l'autre, nous sommes certains que tout ce qui arrive arrive par la seule puissance de Dieu, il s'ensuit que la révélation seule peut nous dire si Dieu entend recevoir certains honneurs de la part des hommes à titre de souverain.

Ajoutez à cela que nous avons démontré que les ordres divins nous apparaissent sous le caractère d'un droit et d'une institution positive tant que nous en ignorons la cause ; mais aussitôt que nous la connaissons , ces ordres , ce droit deviennent pour nous des v^ités étemelles , et l'obéissance devient Tamour de Dieu ; amour qui découle de la vraie connaissance de Dieu , aussi nécessairement que la lumière émane du soleil. La raison nous apprend donc à aimer Dieu , elle ne peut nous apprendre à lui obéir ; puisque, d'un côté, nous ne pouvons comprendre les commandements de Dieu comme divins tant que nous en ignorons la cause, et que, de l'autre, la raison est incapable de nous faire concevoir Dieu comme un prince qui établit des lois.

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