Une autre condition de grande importance pour le
maintien de la paix et de la concorde, c'est qu'aucun
citoyen n'ait de biens fixes (voyez l'article 12 du chapitre
précédent). Par ce moyen, tous auront à peu près le
^ème péril à craindre de la guerre. Tous en effet se
livreront au compierce en vue du gain et se prêteront
Mutuellement leur argent, pourvu toutefois qu'à l'exem-
Ple des anciens Athéniens on ait interdit à tout citoyen
P^ une loi de prêter à intérêt à quiconque ne fait pas
P^ïlie de l'État. Tous les citoyens auront donc à s'occuper
" affaires qui seront impliquées les unes dans les autres
®^ qui ne pourront réussir que par la confiance réci-
Pi'Oque et par le crédit ; d'où il résulte que la plus grande
P*ï^e du Conseil sera presque toujours animée d'un
^^^1 et même esprit touchant les affaires communes et
^®^ arts de la paix. Car, comme nous l'avons dit à l'arti-
^^^ 4 du présent chapitre, chacun ne défend l'intérêt
**B.iitrui qu'autant qu'il croit par là même assurer son
Propre intérêt.
9. Que personne ne se flatte de pouvoir corrompre le Ponseîl par des présents. Si, en effet, on parvenait à déduire un ou deux conseillers, cela ne servirait à rien, puisqu'il est entendu que tout avis qui n'aura pas réuni pour le moins cent suffrages sera nul.
10. Il est également certain que le Conseil une fois établi, ses membres ne pourront être réduits à un nombre moindre. Cela résulte en eûet de la nature des passions humaines» tous les hommes étant sensibles au plus haut
9it
402 TBÂIT£ POUTIQUE*
degré à Tainour de la gloire, et tous aussi espérank^ quand ils ont un corps sain , pousser leur vie jusqu'à une longue vieillesse» Or, si nous faisons le calcul de ceux qui auront atteint réellement Tâge de cinquante ou soixante ans, et si m>us teiM)nfi compte, en outre, du grand nombre de mea^bres qui sont élus annuellement, nous verrons qvie parmi les citoyens qui portent les armes, il en est à peine um qui ne nourrisse un grand espoir de s'élever à la dignité de conseiller; et par eouséquenrt, tous déf^odront de to^itea leurs forces rintégiàté du Conseil. Car il faut remarquer que la corruptioa est aisée à prévenir, quand elle ne s'insinue pas peu à peu. &r GOfnme c'est une combinaison plus simple et moins sujette à exciter la jalousie, de faire élire un membre du Conseil dans chaque famille que de n'accorder ce droit qu'à, mi petit jMkEnbre de familles ou d'exclure ceUe-ci ou celle-là, il s'ensuit (j^ l'ardcla 15 du chapitre précédent) que le norabce des conseillers ne pourra être diminué que si on vient à supprimer tout à coup un tiers, un quavt ou un cimquièEne de l'assemblée, mesure exorbitante et par conséquent fort éloignée de la pratique commune. Et il n'y a pas à craindre non plus de retard oui de négligence dans l'élection; car en pareil cas,, nous avons vu que le Conseil lui-même, élâità la place du Eoi (article 16 du chapitre précédent),.
li. Le Hoidonc^, soit que la crainte de la multitude le fasse agir ou qu'il veuille s'attacher la plus grande partie de la multitude armée , soit que la générosité de son cœur le porte àveiller à l'intérêt public, confirn^ra toujours l'avis qui aura réuni Le plus de suffrages, c'estr ârdire ( par l'article 5 du précédent chapitre ) celui qui est le plus utile 4 la majeure partie de l'État. Quand des avis ditférents lui seront soumis, il s'efforcera de les mettre d'accord, si la chose est~ possible, aûa de se concilier tous les citoyens ; c'est vers ce but qu'il tendra.de toutes ses forces, afin qu'on fasse l'épreuve, dans la. paix comme dans la guerre^ de tout ce qu'on a gagné à cou-
centrer les forces de tous dans les mains d'un seul. Ainsi donc le Roi s'appartiendra d'autant plus à luir môme et sera d'autant plus roi qu'il veillera mieux au salut commun.
i2. Le Roi ne peut, en effet, à lui seul, contenir tous les citoyens par la crainte ; sa puissance, comme nous l'avons dit , s'appuie sur le nombre des soldats, et plus encore sur leur courage et leur fidélité, vertus qui ne se démentent jamais chez les hommes, tant que le besoin, honnête ou honteux , les tient réunis. D'où il arrive que les rois ont coutume d'exciter plus souvent les soldats que de les contenir, et de dissimuler plutôt leurs vices que leurs vertus ; et on les voit la plupart du temps, pour opprimer lejs grands, rechercher les gens oisifs et perdus de débauclie , les distinguer , les combler d'argent et de faveurs, leur prendre les mains, leur jeter des baisers, en un mot, faire les dernières bassesses en vue de la domination. Afin donc que les citoyens soient les premiers objets de l'attention du Roi et qu'ils s'appar* tiennent à eux-mêmes autant que l'exige la condition sociale et l'équité, il est nécessaire que l'armée soit composée des seuls citoyens et que ceux-ci fassent partie des Conseils. C'est se mettre sous le joug, c'est semer les germes d'une guerre éternelle que de souffrir que l'on engage des soldats étrangers pour qui la guerre est une affaire de commerce et qui tirent leur plus grande importance de la discorde et des sédilions.
13. Que les conseillers du Roi ne doivent pas être éloa à. vie, mais pour trois, quatre on cinq ans au plus, c'est ce qui est évident, tant par l'article 10 que par l'article 9' da présent chapitre. Si, en effet, ils étaient élus à vie, Ofutre que la plus grande partie des citoyens pourrait à peine espérer cet honneur, d'où résulterait une grande inégaUlé^ et par suite l'envie, les rumeurs continuelles etfinalemeat des séditions dont les rois ne manqueraient pas de profiter, dans l'intérêt de leur domination, il arriverait en outre que les conseillers, ne craignant plus
404 TRAITÉ POIITIQUE.
leurs successeurs , prendraient de grandes licences en toutes choses , et cela sans aucune opposition du Roi. Car, plus ils se sentiraient odieux aux citoyens, plus ils seraient disposés à se serrer autour du Roi, et à se faire ses flatteurs. A ce compte un intervalle de cinq années paraît encore trop long, cet espace de temps pouvant suffire pour corrompre par des présents ou des faveurs la plus grande partie du Conseil, si nombreux qu'il soit, et par conséquent le mieux sera de renvoyer chaque année deux membres de chaque famille pour être remplacés par deux membres nouveaux (je suppose qu'on a pris dans chaque famille cinq conseillers), excepté Tannée où le jurisconsulte d'une famille se retirera et fera place à un nouvel élu.
14. Il semble qu'aucun roi ne puisse se promettre autant de sécurité qu'en aura le Roi de notre État. Car outre que les rois sont exposés à périr aussitôt que leur armée ne les défend plus, il est certain que leur plus grand péril vient toujours de ceux qui leur tiennent de plus près. A mesure donc que les conseillers seront moins nombreux , et partant plus puissants , le Roi courra un plus grand risque qu'ils ne lui ravissent le pouvoir pour le transférer à un autre. Rien n'effraya plus le roi David que de voir que son conseiller Achitophal avait embrassé le parti d'Absalon'. Ajoutez à cela que lorsque l'autorité a été concentrée tout entière dans les mains d'un seul homme, il est beaucoup plus facile de la transporter en d'autres mains. C'est ainsi que deux simples soldats entreprirent de faire un empereur, et ils le firent ^. Je ne parle pas des artifices et des ruses que les conseillers ne manquent pas d'employer dans la crainte de devenir un objet d'envie pour le souverain naturellement jaloux des hommes trop en évidence ; et quiconque a lu l'histoire ne peut ignorer que la plupart du temps ce qui a perdu les conseillers des rois , c'est un